A GOETHE
QUAND IL MIT SUR U SCLnE I.E MAHOMET DE VOLTAIRE '.
Toi-même, toi qui, de la fausse contrainte des règles, nous as ramenés à la vérité et à la nature; qui, dès le berceau, nou-
\. Ct's stances sont vraisemblablement du mois de janvier 1800, époque où
POÉSIES DÉTACHÉES
vel Hercule, étoullus le serpent qui enlaçait notre génie; toi que l'art, l’art ilivin, ceint depuis longtemps du pur bandeau qui distingue son prêtre : tu sacrilies, sur des autels en ruines, à la fausse Muse que nous n'honorons plus?
Cette scène est consacrée à l’art national : ici l’on ne sert ])liis d'idoles étrangères. Nous pouvons hardiment montrer un laurier qui a verdi sur le Pinde allemand, la» génie allemand s’est enhardi è pénétrer lui-méme dans le sanctuaire des arts, et, sur les traces du Grec et du Breton, il a poursuivi une gloire meilleure.
Car, aux lieux où des esclaves sont à genoux, où commandent les despotes, où s’entle la vaine et fausse grandeur, l'art ne peut produire la noble beauté. 11 n’est pas de roi I.ouis qui la puisse semer; il faut qu’elle s’épanoui.s.se par sa propre .sève. Elle n’eiu])runte rien à une majesté terrestre; elle u’embrasede son amour, de sa flanu le, que des âmes libres, et jamais elle ne s’unira qu'à la vérité.
Aussi n’est-ce pas pour nous charger encore de nos vieilles chaînes que tu renouvelles ce jeu de l’ancien temps; ce n’est pas pour nous ramener aux jours d’une tutelle, d’une minorité sans caractère. Ce .serait une vaine et inutile audace de vouloir arrêter, dans sa révolution, la roue du temps. Les Heures ailées l’entraînent; le nouveau vient, l’ancien a disparu.
L'étroit espace du théâtre est maintenant agrandi , un monde entier se presse dans son enceinte. Ce qui plaît, ce n’est plus la pompe d’une éloquence de rhéteur, mais seulement l’image lidèle de la nature. La fausse sévérité dis mœurs est bannie, et le héros sent en homme , agit en homme. I-a passion élève ses libres accents, et c’est dans la vérité qu’on trouve le beau.
Goethe fit représenter sur le théAtre *ie Weimar sa traduction du Mahomet de Voltaire. Il paraîtrait, d'après certains passages de la correspondance des deux poètes, qu'elles étaient d’abord destinées \ être lues, conme prologue, avant la représentation.