‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 69 sur 311 · I.E COMTE DE HABSBOURG · texte numérisé non relu

I.E COMTE DE HABSBOURG

liC comte alors le place sur sa monture de chevalier et lui présente les rênes superbes, afin (]u’il soulage le malade qui le réclame, et ne maïujue pas l’heure de son saint devoir. Pour lui, sur le cheval de .son écuyer, il continue de se livrer au plaisir de lâchasse. Le prêtre achève son voyage, et, dès la matinée jirochaine, il vient, avec un regard reconnaissant, ramener au comte son coursier, qu’il conduit modestement par la bride.

• A Dieu ne plaise, s’écria le comte avec humilité, que je monte désormais, au combat ou à la chasse, ce coursier qui porta mon Créateur! Et si tu ne veux le garder pour ton propre avantage, qu’il demeure consacré au service de Dieu : car ne l'ai-je pas donné à celui de qui je tiens, en vassal, l’honneur, les biens terrestres, le corps, le sang, et l’ilme, et le souffle, et la vie?

« — Oue Dieu donc aussi, le refuge tout-puissant. Dieu qui entend la prière des faibles, vous élève aux honneurs ici et làliaut, comme vous l’avez honoré -maintenant. Vous êtes un puissant comte, connu dans la terre de Suisse par votre conduite chevaleresque; six filles aimables fleurissent autour de vous; puissent-elles donc, s’écria-t-il inspiré, vous apporter six couronnes dans votre maison, et que vos neveux les plus reculés brillent glorieusement ! >

Et l’empereur était assis, le front rêveur, comme s’il songeait à des temps passés. Tout à coup il regarde dans les yeux le chanteur , et le sens de ses paroles le saisit. 11 reconnaît soudain les traits du prêtre, et cache dans les plis de [Hjurpre de son manteau la source de larmes qui jaillit de ses yeux. Et tous regardèrent l’empereur, reconnurent le comte qui avait fait cette sainte action, et adorèrent les voies divines'.

1. Tschudi (chroniqueur suisse), qui nous a transmis cette anecdote, raconte au.ssi que le prêtre à qui ceci était arrivé avec le comte de Habsbourg, devint dans la suite chapelain prés de l’Électeur de Mayence, et que, dans la prochaine élection à l’empire, qui mit lin au long interrègne, il ne contribua pas peu à diriger sur le comte de Habsbourg les pensées de l’Électeur. — Pour ceux qui connaissent Phistoire de ce temps, ju ferai encore remarquer que je sais fort bien que le roi de Bohême n’cxerça pas son office do grand dignitaire au cou> ronnement de l’empereur Hodolphe. (.Vofe de SchiUer.)

POÉSIKS DÉTACHÉES.

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Au bord du précipice régne un sentier qui donne le vertige; on y marche entre la vie et la mort. Les Géants * ferment la route solitaii-e et éternellement te menacent de ta perte. Veux-tu ne pas éveiller la lionne* endormie? [tarcours sans bruit le chemin des épouvantes ‘.

Un pont s’arrondit et llotte au-dessus, bien haut, de l’effrayant abîme *. Ce n’est pas la main des hommes qui l’a bâti, aucun mortel ne l’eût osé. Au-dessous, soir et matin, le torrent gronde et sans cesse lui lance son humide poussière et ' ne le détruit jamais.

Devant toi s’ouvre une voûte noire et affreuse*, et tu te croirais dans le royaume des ombres ; puis soudain se présente une riante contrée* où le printemps se marie à l'automne. Ah! je voudrais , écliappant aux peines de la vie , à son éternel tourment , me réfugier dans cette heureuse vallée !

Quatre fleuves 'descendent, en grondant, dans la campagne;

1. Ce petit poime, où est décrite U route qui monte, le long de laReuss, au Saint-Gotbard, est, ainsi que le suivant (te Chatteur dei Alpes), du commencement de 1804, c'est-à-dire du temps où Schiller écrivait son Guillaume Tell.

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