‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 75 sur 311 · DIGNITÉ DES FEMMES · texte numérisé non relu

DIGNITÉ DES FEMMES

Honorez les femmes ! Elles tressent et entrelacent les roses du ciel dans la vie terrestre ; elles tressent le lien fortuné de l’amour, et, sous le voile pudique de la grilce, elles nourrissent, d'une main vigilante et sainte, le feu éternel des nobles sentiments.

Toujours, hors des bornes de la vérité , erre la fougueuse énergie de l’homme ; ses pensées flottent incertaines sur l’océan des passions; il étend au loin ses mains avides, jamais son cœur n’est assouvi ; sans relJche , à travers les sphères lointaines , il poursuit l’image de ses rêves.

Mais, d’un regard qui fascine et enchaîne, les femmes rappellent le fugitif, le rapiiellent, sages conseillères, dans la voie du présent. Dans la chaumière modeste de leur mère, elles sont restées avec des mœurs pudiques, tilles fidèles de la nature pieuse.

Les efforts de l’homme sont hostiles ; avec sa force écrasante, il va, fougueux, à travers la vie, sans trêve et sans repos. Ce qu’il créa, il le détruit;. jamais ne repose la lutte de ses désirs,

I. Celle pièce est de 1705. £Ue parut d’abord dans l'Atmanoch des Mutes de 1796.

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jamais ! comme éternellement la tête de l’hydre tombe et se renouvelle.

Mais, contentes d’une gloire plus paisible, les femmes cueillent la fleur du moment, la nourrissent, attentives, avec un zèle, plein d’amour, plus libres dans les liens de leur travail, plus riches, que lui dans les domaines du savoir et le cercle' intini de la poésie

Higide et lier, se suflisant à lui-même, le sein glacé de l’homme ne connaît pas, se pressant cordialement sur un autre c(cur, la divine joie de l’amour*; il ne connaît pas l’échange des âmes ; il ne fond pas en larmes ; même les luttes de la vie durcissent encore la dure trempe de son Ame.

Mais, comme la harpe éolienne, doucement ébranlée par le zéphyr, frémit soudain, ainsi frémit l’Ame sensible de la femme. Tendrement alarmée à la vue des souffrances, son sein aimant palpite, et dans ses yeux rayonnent les perles de la rosée céleste.

Dans le domaine de l’homme, c’est le droit altier de la force qui l’emporte; le Scythe argumente avec le glaive, et le Perse devient esclave. Les passions, dans leur fureur, se combattent, sauvages et féroces, et la rude voix de la Discorde commande aux lieux d’où la Grâce s'est enfuie.

1. Dans V Almanach des Muses, on lit de plus ici la strophe suiranle :

< L’homme imprime sur la nature te sceau de son pouvoir dominateur; dans le miroir faussé du monde, il ne voit que son ombre. Les trésors de la raison , de l’imagination, lui sont ouverts : la seule chose que jamais il ne connaisse , c'est l’image qui se peint dans ses yeux et ce qui le touche de plus près.

c Mais ces images que l’œil obscurci de l'hemme voit flotter incertaines sur les vagues des pensées agitées, l'iimc do la femme, plus douce, les montre et les reflète, claires et fidèles, comme fait le disque de cristal du miroir immobile, a

2. Dans l'Aimanoeh des Muses, ta première moitié de cette strophe' est ainsi conçue :

€ Toujours résistant, toujours créant, le cœur de l'homme ne connaît pas la volupté de la conception, ni la douleur doucement partagée, a

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