‹ Œuvres de Schiller. Tome 1, Poésies de SchillerChapitre 84 sur 311 · LE BONHEUR · texte numérisé non relu

LE BONHEUR

Heureux celui que les dieux propices ont aimé, même avant sa naissance; que Vénus berça, comme enfant, dans ses bras; dont Phœbus ouvrit les yeux , Mercure les lèvres , et à qui Jupiter imprima sur le front le sceau de la puissance ! Un lot sublime , un lot divin lui est échu ; même avant que le combat commence , ses tempes sont couronnées. La vie complète lui est comptée avant qu’il l’ait vécue; avant d'endurer la peine, il a obtenu la faveur.

Je nomme grand, il est vrai, l’homme qui, se formant et se créant lui-même , triomphe de la Parque par la force de la vertu ; mais il ne peut contraindre la Fortune, et ce que la faveur envieuse lui refuse, son courage, par ses efforts , ne l’atteindra jamais. La volonté, la sérieuse volonté, peut te garantir de toute indignité ; mais les dons sublimes émanent librement des dieux. Comme ta bien-aimée t’aime, ainsi te viennent les présents du ciel. Là-haut, dans l’empire de Jupiter, la faveur règne, comme dans celui de l'Amour.

Les dieux ont leurs penchants; ils aiment les têtes bouclées de la verte jeunesse ; joyeux eux-mêmes, la joie les attire. Ce n’est pas le voyant qu'ils favorisent de leur apparition ; l’aveugle seul a contemplé la splendeur de leur gloire. Volontiers choisissentils des âmes enfantines et simples ; dans un vase modçste , ils

Composé en 1108, et publié d'abonl dans VAlmanach dvs Muses de 1799.

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