PLAINTE DE GÉRÉS
L’aimable printemps a-t-il paru? La terre s’est-elle rajeunie? Les collines verdissent au soleil, et l’écorce de glace se brise. Dans le bleu miroir des fleuves Jupiter’ sourit sans nuages; les ailes du zéphyr s’agitent plus doucement; les jeunes branches poussent des bourgeons. Les chants s’éveillent dans le bocage, et l’Oréade me dit : « Tes fleurs reviennent; ta Glle ne revient pas. »
Ah! qu’il y a longtemps que j’erre, la cherchant ici-bas, à travers les campagnes! Titan, j’ai envoyé tous tes rayons à la découverte de cette trace chérie : nul encore ne m’a donné des nouvelles de ses traits bicn-aiinés; et le Jour, qui trouve tout, n’a point trouvé celle que j’ai perdue. O Jupiter, me l’as-tu ravie? Touché de ses charmes, Pluton l’a-t-il entraînée aux sombres fleuves des enfers?
1. Déesso (le la juste mesure et de la répression, ennemie do tout excès et do tout désordre.
2. Ce poème, qui lut d’abord inséré dans l’Àlmanach des Jfuirs de 1797, paraît être du mois de juin 1790.