Personnification de l’air et du ciel
POÉSIES DÉTACHÉES
Oui sera aux rives ténébreuses le messager de-nia douleur? éternellement la li.iniue s’éloigne du bord; mais elle ne reçoit que des ombres. X tout nil bienheureux le nocturne empire reste fermé : jamais, dei)uis que coule le Styx, il n’a porté nulle forme vjvante. Mille senliei's mènent en bas; aucun ne ramène au jour. Les pleurs qu’elle verse, nul témoin ne les rapporte aux regards inquiets de sa mère.
I^es mères qui sont nées mortelles, delà race.de Pyrrha, peuvent suivre l’enfant aimé à travers la llamine du sépulcre : seul, ce qui habile le palais de Jupiter n’approche pas du sombre bord. Parques, votre main sévère n’épargne que les Immortels. Précipitez-moi de la salle d’or du ciel dans la nuit des nuits! Ne respectez pas les droits de la déesse ; ils sont, hélas! le supplice de la mère!
L:'i où, sans joie sur le trône, elle siège avec son noir époux, je descendrais ; je paraîtrais sans bruit, parmi les ombres silencieuses, devant la souveraine. Son œil, hélas! humide de larmes, cherche en vain la lumière dorée; errant vers les sphères lointaines, il ne tombe pas sur sa mère, jusqu'à ce qu’enfm sa joie la découvre, que son cœur presse mon cœur, et que, partageant notre émotion, le dur Pluton, lui-même, verse des pleurs.
Vain souhait ! Plaintes perdues ! Le char du jour roule, sùr et paisible, dans son égale ornière : le décret de Jupiter demeure immuable. 11 a détourné de ces ténèbres sa tête fortunée; une fois entraînée dans la nuit, ma fille m’est à jamais ravie, jusqu’à ce que les flots du sombre fleuve se rougissent des feux de l’Aurore, et qu’lris déploie son bel arc au milieu des enfers.
Ne m’esf-il rien resté d’elle, pas un doux gage qui rappelle qu'éloignées, nous nous aimons encore? pas une trace de sa main chérie ? Aucun nœud d’amour ne se peut-il nouer entre la fille et la mère? Entre les vivants et les morts, nulle alliance n’est-elle possible?... Non, elle n’a pas entièrement disparu! Non, nous ne sommes pas entièrement séparées! 11 est encore un langage que les maîtres suprêmes ne nous interdisent pas.