‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 100 sur 357 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

L'appartement d'Isaac.

Entre LOÜISA.

Jamais lille émancipée se trouva-t-elle dans une position plus singulière que la mienne! J’ai envoyé l’épous qu’on me destinait à la recherche de mon amant; j’ai chargé l'élu de mon père de m’amener l’homme de mon choix. Mais combien est pénible l’intervalle de l’attente !

Elle chante.

O temps ! quel poète menteur Le premier te donna des ailes?

Quelque amant qui jamais, dans son calme bonheur,

> Ne s’était éloigné de ses amours fidèles.

Oh 1 dites-moi, quel est le coeur,

Ayant, fflt-ce un seul jour, enduré la douleur Qu’infligent les maux de l’absence,

Qui tt’a pas quelquefois, dans son impatience,

Des heures et des jours accusé la lenteur?

O temps ! quel poète menteur Le premier te donna des ailes ?

Quelque amant qui jamais, dans son calme bonheur,

Ne s’était éloigné de ses amours fidèles.

Entre CARLOS.

loüisa, commuant.

Eh bien, ami, a-t-on trouvé Antonio?

CARLOS

Je n'ai pu le trouver, mademoiselle ; mais je ne doute pas que mon ami Isaac ne vous l’amène tout-à-l'beure.

LOÜISA.

Fi doncl vous n’avez mis aucune activité dans vos démarches.

Est-ce là votre courtoisie envers une femme qui s’était mise avec

confiance sous votre protection ? - •

CARLOS

Je vous assure, mademoiselle, que j’ai fait tout ce que j'ai pu.

LOÜISA.

d’est fort bien ; mais si vous ou lui, vous aviez su quel poids

142 • LA DUÈGNE

douloureux chaque instant de retard fait peser sur le cœur de la femme qui aime et qui attend l’objet de son amour, vous ne vous seriez point ainsi amusé à mes dépens.

CARLOS

Hélas! je ne le sais que trop.

Vous avez donc aimé ?

. t. CARLOS.

Oui, mademoiselle, mais de ma vie je n’aimerai encore.

Votre maîtresse s’est donc montrée bien cruelle?

CARLOS

Plût à Dieu, dans l'intérêt de mon bonheur, qu’elle se fût touours montrée telle !

Il chaste.

Si la beauté que j'adorais N’avait pas daigné me sourire.

Combien serait moins grand mon douloureux martyre f Oh 1 combien moins je souffrirais !

Mais quelle cruauté d’aller dire à mon âme :

Ne gémis plus ; espère un meilleur sort ;

De venir raviver ma flamme ;

Puis, quand l’espoir est né, de le frapper de mort !

Sur son vaisseau, battu de la mer en furie,

Que poursuit l’ouragan vengeur.

Tel l’infortuné voyageur Se voit près de sombrer sous la vague ennemie.

Alors qu’il s’apprête à mourir,

Soudain il entend crier : Terre 1 igL-f- '' Et voit son vaisseau s’entr’ouvrir

Au moment de toucher la rive hospitalière.

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