ACTE II , SCENE IV. i
ANTONIO
En toute sincérité. ,
ISAAC
11 vous reste encore là, dans le cœur, quelque chose pour elle.
ANTONIO
Rien, sur mon Ame!
ISA AC
Je veux dire pour sa fortune.
ANTONIO
Non, croyez-moi, je vous verrai sans regret maître de tout ce qu’elle possède.
ISAAC
Assurément, pour ce qui regarde la beauté, vous êtes de beaucoup le mieux partagé. Maintenant je vais vous confier un secret. — Je dois, ce soir même, enlever Louisa.
LOOISA.
En vérité?
ISAAC
Oui, elle a fait serment de ne jamais prendre un époux des mains de son père; j’ai obtenu de lui de la laisser se promener avec moi dans le jardin, et c’est alors que nous décamperons.
Et cela doit se faire à l’insu de don Jérôme?
ISAAC
Oui, pardieu! et c’est justement en cela que le tour est excellent. Ne voyez-vous pas que, par là, je mets ses calculsen défaut? La fortune de la future me reviendra tout entière, sans que je sois obligé, de mon côté, de lui assigner un seul ducat. (/i rit.) Ha ! ha ! ha ! en voilà un tour, j’espère, — je suis un fin matois, n’est-il pas vrai, un rusé petit scélérat?
antonio, riant.
Ha ! ha ! ha ! c’est bien vrai.
ISAAC
Je suis un peu mauvais sujet, c’est vrai, mais rusé en diable.
ANTONIO
Oui, certes, vous êtes fin, très-fin.
ISAAC
Comme nous rirons aux dépens de don Jérôme, quand tout va se découvrir; n’est-il pas vrai?
Je vous réponds que nous rirons bien, quand tout sera connu. Ha! ha! ha!
Entre CARLOS.
CARLOS
Voici les danseurs qui Tiennent faire la répétition du fandango que vous tous proposiez de faire exécuter en l’honneur de doua Louisa.
ISAAC
Oht je n’en aurai pas besoin; mais puisqu’il faut que jo les paye, je veux leur voir faire un entrechat ou deux pour mon argent. Aurez-yoms la bonté de m’excuser?
Volontiers.
ISAAC, montrant Carlos.
Voici mon ami, qui est tout à votre service. Madame, je suis votre humble serviteur. — Antonio, je fais des vœux pour votre félicité. — (A part.) Voilà un tour de main de maître.
Il sort.
Carlos, voulez-vous de nouveau me prendre sous votre garde, et me conduire au couvent de Sainte-Catherine?
ANTONIO
Mais, Louisa, pourquoi iriez-vous là?
J’ai mes raisons pour cela, et il ne faut pas qu’on vous voie avec moi. De là j’écrirai à mon père; quand il verra à quelles extrémités il m’a poussée, peut-être s’adoucira-t-il à mon égard.
ANTONIO
Je n’espère rien de lui. 0 Louisa! ne cherchez pas d’asile ailleurs que dans mes bras.
Patientez quelque temps encore; — mon père ne pourra m’arracher du couvent devenu mon refuge. Venez m’y voir avant la nuit ; je m’expliquerai avec vous.
ANTONIO
Je vous obéirai.
louisa, à Carlos.
Venez, ami. — Antonio, Carlos a lui-même connu l’amour.
ANTONIO
Alors il connaît tout le prix de la confiance que nous plaçons en lui.
CARLOS
Vous ne me trouverez pas infidèle.