‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 104 sur 357 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Due bibliothèque.

Entrent DON JÉROME et UN DOMESTIQUE.

JÉROME

Parbleu 1 je n’ai de ma vie éprouvé un pareil étonnement! Louisa partie avec Isaac Mendoza! Comment! s’enfuir avec l’homme même que je lui destinais pour époux ! — Se faire enlever par son maril — C’est impossible!

LE DOMESTIQUE

Sa femme de chambre prétend, seigneur, que vous leur aviez permis de se promener dans le jardin pendant que vous étiez sorti. La porte qui est près du bosquet a été trouvée ouverte, et depuis on n’a plus eu de leurs nouvelles.

Le domestique sort.

JÉROME, Seul.

Yoilà bien la chose la plus inconcevable! il faut qu’il y ait làdedans quelque mystère que je ne puis pénétrer.

Rentre LE DOMESTIQUE, tenant une lettre la main.

LE DOMESTIQUE

Seigneur, voici une lettre du seigneur Isaac.

Il remet ta lettre cl sort.

JÉROME, seul.

Tout ceci va s'expliquer, — oui, Isaac Mendoza, — voyons. [Il Ut.) «Mon très-cher seigneur, ma fuite avec votre fille a dû vous » surprendre beaucoup. » — Oui certes, et ce n’est pas sans cause. — «J’ai eu le bonheur de me concilier son affection, à notre pre-

<48 LA DllÈGNE.

» mière entrevue.» — Diable! —« Mais malheureusement elle » avait fait vœu de ne point accepter un époux de vos mains; » et je me suis vu contraint de me conformer a son caprice.» — En vérité !—« Nous irons bientôt nous jeter à vos pieds, et » j’espère que vous ne refuserez pas votre bénédiction à celui qui » alors sera votre gendre, Isaac Mendoza.» Drôle de caprice, en effet! Est-ce que ma fille a le diable au corps? ce matin, elle jurait de mourir plutôt que d’accepter sa main; et avant que la nuit soit venue, la voilà qui s’enfuit avec lui! N’importe, mes intentions sont remplies, quels que soient les motifs qui aient amené ce résultat, — et assurément, le Portugais ne refusera pas d’accomplir le reste de nos conventions.

Entre un second DOMESTIQUE , porteur d’une lettre.

LE DOMESTIQUE

Seigneur, il y a en bas un homme qui vous apporte, dit-il, cette lettre de la part de ma jeune maîtresse, dona Louisa.

11 ivmet la Uilrccl sort.

JÉROME, seul.

Comment donc! mais oui, c'est l’écriture de ma fille! Mon Dieu, il était inutile de m’écrire tous deux. N’importe, voyons ce qu’elle dit. {Il lit.) «Mou cher père, comment implorer de » vous le pardon de ma démarche imprudente? — comment » vous en avouer les motifs ?» — Bah ! est-ce qu’Isaac ne vient pas de me les apprendre? On dirait qu’ils n'étnient point ensemble lorsqu’ils écrivaient. — «Autant les mauvais procédés » irritent ma fierté, autant mon cœur se laisse facilement tou- » cher par la bienveillance. » — Voilà l’explication de toute cette énigme. Le ressentiment excité en elle par les mauvais procédés d’Antonio l’a rendue sensible à l’affection d’isaac. Oui, oui, tout cela est clair comme le jour. — «Je ne suis pas encore mariée, » bien que je sois avec un homme qui m'adore, j’en ai la con- » viction.» — Oh ! oui, je ne doute pas qu’il ne lui soit fort attaché. — «J’attends avec anxiété votre réponse, et si je suis assez » heureuse pour obtenir votre consentement, vous aurez mis le » sceau à la félicité de votre affectionnée fille, Louisa.» — Mon consentement? Assurément elle l’aura ! Parbleu, je suis au comble de la joie. J'ai atteint mon but; j'en étais sûr d’avance. Obi il n’y a rien de tel que l’opiniâtreté! — {Il appelle.) Louis!

Entre UN DOMESTIQUE.

Jérôme, continuant.

Dis au porteur de cette dernière lettre d’attendre, et apporte

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