FRÈRE AUGUSTIN
Non. Baptista, ce riche avare qui est mort la semaine dernière, nous a légué mille pistoles, ainsi que sa lampe d’argent, qu’il destine à brûler devant l’image de saint Antoine.
FRÈRE PAUL
L'intention est bonne; mais nous donnerons à son argent un meilleur emploi. La générosité de Baptista servira à éclairer, non les morts, mais les vivans. Saint Antoine n’a pas peur des ténèbres, bien que, — Voyez qui vient.
Od frappe à la porte. Frère François va l'ouvrir.
Entre LE PORTIER du couvent.
LE PORTIER
11 y a quelqu'un dehors qui demande à parler en toute hèle à frère Paul.
frère François, appelant.
Frère Paul!
Frère Paul, qui tient de passer derrière un rideau, en sort tenant d’une main un verre, de l’autre uu biscuit.
FRÈRE PAUL
Me voici! oses-tu bien, drôle, venir ainsi brusquement troubler nos dévotions?
LE PORTIER
Je les croyais terminées.
FRÈRE PAUL
Non, elles ne le sont pas encore, — n est-ce pas, frère François?
FRÈRE FRANÇOIS
11 s’en faut d’une bouteille pour chacun.
FRÈRE PAUL
Mais ni vous ni vos pareils vous ne faites la moindre attention aux heures; vous ne vous occupez que de la satisfaction de vos appétits : vous mangez, buvez, dormez; vous menez une vie de gourmands, vous vous engraissez, pendant que nous desséchons à force de mortifications.
LA DUÈGNE
LE PORTIER
Nous ne demandons que ce que la nature exige.
FRÈRE PAUL
C’est faux ! vous avez plus de convoitises que de cheveux sur la tête, et votre face potelée, rubiconde et fleurie, déshonore notre ordre. Fi donc! si vous avez faim, ne pouvez-vous donc vous contenter des salutaires racines de la terre? et si vous avez soif, n’avez-vous pas le cristal d’une source limpide? {Il boit et lui donne ton verre.) Emporte ceci, et conduis-moi vers ceux qui me demandent. {Le portier achève de boire les demièret gouttes restées au fond du verre. Frère Paul, qui commençait à s’éloigner, se retourne.) Si j’en avais laissé, tu l’aurais bu, je le vois. Ah ! goulu ! goulu !
Ils sortent.