‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 121 sur 357 · ACTE III, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VII

de mieux, c’est de vous résigner à votre sort; apprenez à vos dépens que, dans l’opinion du monde, il n’y a pas de plus légitime objet de mépris et de ridicule, qu’un malhonnête homme devenu la dupe de sa propre malice.

ISA AC

Cela m’est égal , je n’endurerai pas ceci. Don Jérôme, c’est votre faute; pourquoi aussi persistiez-vous à me soutenir la beauté de la personne que vous aviez enfermée sous clef, pendant que je me tuais à vous dire qu’elle était vieille comme ma mère, et laide comme tous les diables ?

LA DUÈGNE

Que dis-tu, méprisable reptile?

' JÉROME

C’est bien; — attaquez-le, Marguerite.

LA DUÈGNE

Un être de ton espèce oser parler de beauté! Un rouleau ambulant I — un corps qui doit tout ce qu’il est à l’hydropisie! — des yeux pareils à deux grillons morts dans une huchée de pâte de pain bis! — une barbe comme un artichaut, ayec un museau ridé qui ferait honte à la momie d'un singe.

JÉROME

Bravo, Marguerite!

LA DUÈGNE

Mais je te ferai savoir que j’ai un frère qui porte une épée, et si tu ne te conduis pas convenablement avec moi...

1SAAC.

Que le feu d’enfer brûle ton frère et toi ! Pour éviter ta présence, je m’enfuirai, s’il le faut, jusqu’à Jérusalem.

Fuis où tu voudras, je t’y suivrai.

JÉROME

Enlacez-Ie de vos bras d’albâtre, Marguerite.

Itaac et la Duègoe «orteiil.

jérome, continuam.

Mais, Louisa, es-tu réellement mariée à ce jeune homme au maintien si modeste ?

Mon père, il n’y a pas une heure, qu’obéissant à vos ordres, je lui ai donné ma main.

JÉROME

Mes ordres !

LA DUÈGNE

antonio, lui montrant un papier.

Oui, seigneur; voici votre consentement signé de vous.

JÉRÔME

Quoi! vous prétendez me voler mon enfant par une fraude, par une supercherie? Vous imaginez-vous obtenir aussi sa fortune par les mêmes moyens? Vive Dieu! vous êtes un coquin aussi fieffé qu’Isaac!

ANTONIO

Non, don Jérôme; quoique j’aie fait usage de ce papier pour obtenir la main de votre fille, je rougirais de devoir sa fortune à la fraude. ( Lui donnant la lettre qu'il tient d la main.) Tenez, don Jérôme. Maintenant, pour toute dot, accordez-moi votre bénédiction, et en retour, je lui apporterai tout ce que je possède. Quand vous l’auriez mariée à un prince, il ne pourrait faire davantage.

JÉROME

Vive Dieu ! vous êtes un drôle fort extraordinaire ! Mais auriez-vous l’impudence de vous croire seul capable d’un acte de générosité? Louisa, dis à cet orgueilleux, à cet insensé, qu'il est le seul homme au monde qui, à ma connaissance, soit capable de renoncer à ta fortune ; et, sur mon âme, il est le seul homme d’Espagne qui mérite de l’obtenir. Recevez tous deux ma bénédiction ; je suis un vieux têtu qui s’opiniâtre dans le mal, mats vous verrez que j’apporte la même obstination dans le bien.

Entrent FERDINAND et CLARA.

JÉROME

Encore une surprise! Comment donc, Ferdinand, est-ce que tu aurais par hasard enlevé une religieuse?

FERDINAND

Elle n’en a que le costume, mon père ; regardez-la de plus près, et vous reconnaîtrez Clara d’Almanza, la fille de Guzman; quitte à me faire pardonner le vol de sa main, elle est maintenant ma femme

JÉROME

Et elle t’apporte une grande fortune par-dessus le marché. Ferdinand, tu es un habile coquin, et je te pardonne; pour vous, mon enfant, je vous trouve une fort jolie demoiselle; allons, friponne au doux sourire, embrassez votre beau-père.

CLARA

Volontiers, mon vieux gentilhomme; mais songez â vous bien conduire avec nous.

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