ACTE U1 , SCÈNE VII
ISA AC
Mon Dieu, c'est sa fille, et il a le coeur assez dur pour refuser de lui pardonner 1
ANTONIO et I.OU ISA entrent et s'agenouillent devant don Jérôme.
JÉROME
Malédiction ! que vois-je? Qui vous a envoyé quérir, seigneur? El qui diantre êtes-vous?
ANTONIO
L’époux de cette dame, seigneur.
ISA AC
Il vous dit vrai, je le jure; car je l'ai laissé avec le prêtre; et c'est moi qui dans la cérémonie devais représenter le père de la demoiselle.
JÉROME
Vous?
ISAAC
Oui; e’est mon digne ami Antonio; et voici la jeune personne dont je l'ai empêtré, ainsi que je vous l’ai dit.
JÉROME
11 faut que tu sois ivre ou fou; cette jeune personne est ma fille.
ISAAC
Non, non; c’est plutôt vous qui êtes ivre et fou tout ensemble; voici votre fille.
Il montre ia Duègne.
jérome, à la Duègne.
Vieux vase d’iniquité, voudriez-vous bien nous expliquer celle énigme?
LA DUÈGNE
Allons, je le veux bien, don Jérôme, quoique les vêtemens que nous portons suffisent pour vous tout apprendre; regardez votre fille que voilà, et regardez-moi.
JÉROME
Qu’entends-je?
l.A DUÈGNE.
La vérité est que. dans votre colère, ce matin, vous avez commis une légère méprise; vous avez mis votre fille à la porte, et vous avez enfermé sous clef votre humble servante.
Voilà un drôle de personnage, qui prend sa fille pour une vieille duègne, et la chasse du logis.
LA DUÈGNE
JÉROME
Voilà un drôle de personnage, qui épouse une vieille duègne, croyant épouser ma fille! — Mais dites-moi comment s’est fait tout le reste.
LA DUÈGNE
Permettez-moi d’ajouter que je suis restée à la place de votre fille, et que j’ai eu le bonheur de captiver les affections de mon aimable époux... que vous voyez.
ISAAC
Son époux! — Crois-tu donc, vieille sorcière, que je serai ton mari maintenant! C'est une surprise, une fraude, et vous devriez tous rougir de ce que vous avez fait.
ANTONIO
Écoutez-moi, Isaac : osez-vous bien vous plaindre d’avoir été pris pour dupe? — Don Jérôme, je vous affirme sur l’honneur que ce rusé Portugais s’est lui-même attiré tout ce qui lui arrive; car il a cherché à vous duper, en s’appropriant la fortune de votre fille, sans lui rien apporter en retour.
JÉROME
Mè duper?
Rien de plus vrai, mon père, et nous avons les moyens de vous le prouver.
JÉROME
. Morbleu! il faut bien qu’il en soit ainsi; sans cela il n’aurait jamais pu s’accommoder d’une face pareille à celle de Marguerite.—Mon petit Salomon, je vous fais compliment de votre épouse, de toute mon àme.
Isaac, la ruse est permise en amour. II n’y a que vous pour ourdir un complot.
ANTONIO
Vous êtes un fin matois! un rusé petit scélérat I
Un peu mauvais sujet; mais rusé en diable.
JÉROME
Oui, oui; sa tante l’avait surnommé le petit Salomon.
ISAAC
Que les plaies d’Égypte tombent sur vous tous ! — Mais me croyez-vous homme à me soumettre à une pareille imposture ?
ANTONIO
Isaac, je vous le dis sérieusement : — ce que vous pouvez faire