ACTE I, SCÈNE I
LOHY.
Ah! monsieur, si c’eût été pour assister à son enterrement ■ nous serions venus avec plaisir.
• TOWNLEÏ.
Eh! mon brave Lory, tu es donc toujours avec ton maître?
LORV.
Oui, monsieur, nous mourons de faim de compagnie depuis la dernière fois où j’ai eu l’honneur de vous voir.
FASHION
Lory est un maraud qui s’attache ; il n’y a pas moyen de se dépêtrer de lui.
LORY
Mon maître dit vrai, monsieur ; rien ne saurait me détacher de son service, {à part) jusqu’au jour où il lui sera possible de ine payer mes gages.
FASHION
Allons, va, et prends soin des bagages.
LORY
Oui, monsieur — les bagages! bon Dieu! 11 faudra, n’est-ce pas, que je dise à l’aubergiste de prendre des précautions en serrant cette valise ?
FASHION
Va-t’en, maraud. (Lory sort emportant la valise.) Eh bien, colonel, connaissez-vous ma future belle-sœur?
TOWNLEY'.
Seulement de réputation.— Son père, sir Ventru Lourdoff, habite à un quart de mille d’ici, dans une vieille maison solitaire dont personne n’approche. Elle ne sort jamais, et ne reçoit jamais compagnie; crainte d’accideng, son éducation se fait à la maison; le ministre de la paroisse lui enseigne à jouer de la viole, le clerc à chanter, sa nourrice à faire ses robes, et son père à danser; eniin nul n’est admis dans cé'lieu, si ce u’est une vieille connaissance, la mère Laressource, qui a procuré ce parti à votre frère, et qui est, je crois, une parente éloignée de sir Ventru.
FASHION
Mais la fortune de la demoiselle est-elle importante?
TOWNLEY.
Trois mille livres sterling de revenu , outre une somme considérable en dehors du contrôle de son père.
FASHION
l'este! il est fàcheui que pour une si belle occasion, ma vieille
connaissance madame La ressource u'ait pas songé à inoi plutôt qu’à mon frère.
TOWXLEY.
Je ne jurerais pas qu'il soit encore trop tard pour vous : sa seigneurie, je le sais, n’a pas encore vu la demoiselle; et, si je iic me trompe, il est en mésintelligence avec sa patronessc.
FASHION
Mon cher colonel, quelle idée vous me donnez !
TOWNLEY.
Suivez-la jusqu’au bout si vous pouvez, et je vous promets mon assistance; car, outre mon mépris naturel pour ce lord, j'ai maintenant contre lui l’hostilité d'un rival.
FASHION
Eh quoi ! aurait-il adressé ses hommages à l'ancien objet de ’ votre flamme, la veuve Bérinthia ?
TOWNLEY.
Ce qu'il y a de certain, Tom, c’est que je suis maintenant dans la plus bizarre des positions. Je suis arrivé ici il y a un mois pour y rejoindre la dame dont vous parlez ; mais elle me manqua de parole, et moi, de dépit et peut-être aussi faute d’autre occupation, j'ai fait diversion à mes chagrins, en offrant le tribut de mes adorations aux attraits d’Amauda, femme de notre ami Loveless.
FASHION
Je ne l’ai jamais vue ; mais j’ai entendu parler d’elle comme d'un jeune miracle de beauté et de prudence.
TOWNLEY.
Elle l’est en effet; et Loveless, dans son indifférence, ne sachant pas apprécier le trésor qu’il possède, mon logement dans le même hôtel m’a fourni mille occasions de faire agréer mes soins : si bien qu’au bout d'une quinzaine je commentais à supporter l’absence de ma veuve avec la plus évangélique résignation.
FASHION
Et Bérinthia n’a plus reparu?
TOWNLEY.
Oh ! voilà justement le point embarrassant. Au moment où je commentais à ne plus m’inquiéter si je la reverrais ou ne la reverrais pas, elle est arrivée hier soir.
FASHION
Et sans doute elle a immédiatement repris son empire?