ACTE 1, SCÈNE H
TOWNLEY.
# Non, ma foi : — nous nous sommes vus ; — mais la dame ne daignant pas me donner une seule raison sérieuse pour m’avoir ainsi leurré pendant un mois, je l’ai plantée là dans un accès d’humeur.
FASHION
Allons, allons, je réponds qu’elle ne tardera pas à ressaisir son pouvoir, attendu surtout que l’amitié vous empêchera de pousser trop loin ailleurs vos avantages. Mais mon fat de frère s’est donc aussi rangé parmi les admirateurs d’Amanda?
TOWNLEY.
Oui, et je crois qu’il en est très-cordialement méprisé; mais venez avec moi, et vous la verrez, ainsi que votre vieil an.i Loveless.
FASHION
11 faut que j’aille présenter mes devoirs à mon frère; — peutêtre pourrez-vous m'enseigner le logement de sa seigneurie.
TOWNLEY.
Venez avec moi ; c’est justement mon chemin.
FASUION.
Je voudrais que vous pussiez faire cette visite à ma place, ou m’enseigner ce que je dois lui dire.
TOWNLEY.
Ne lui dites rien a lui; adressez-vous à son catogan, à son épée, à ses plumes, à sa tabatière ; et quand vous et eux vous serez bons amis, priez-le de vous prêter mille livres sterling, et je vous promets qu’il le fera.
FASHION
Mille bombes! pourquoi faut-il que ce fat soit venu au monde avant moi 1 O fortune ! fortune !
Ils sortent.
Un salon de toilelle.
Entrent LORD FAT-INGTON en robe de chambre et LAMÈCHE.
FAT-INGTON.
Ma foi, c’est un indicible plaisir que d’être homme de qualité. — Vive Dieu ! il n’est pas jusqu’aux grossiers personnages de ce Spa septentrionnal qui n’aient appris à rendre aui gens titrés le respect qui leur est dû. — Lamcche!
LAMÈCHE.
Mylord.
FAT-INGTON.
As-tu été à Bourbeville annoncer mon arrivée?
LAMÈCHE.
Pas encore, mylord .
FAT— INGTOX.
En ce cas, tu n’as pas besoin d’y aller avant samedi. {Lamèche sort.) Comme rien ne me presse pour voir ma prétendue, — je sacrifierai un jour ou deux à faire ma cour à la femme de mon ami Loveless. Amanda est une charmante créature, corbleu! et si J je m’y connais, elle pense de même de mylord Fat-ington.
Rentre LAMÈCBE.
LAMÈCHE.
Mylord, le cordonnier, le tailleur, le bonnetier, la lingère, le perruquier, sont arrivés, et attendent qu'il plaise à votre seigneurie de s’habiller.
FAT-INGTON.
C’est bien ; fais-les entrer.
LAMÈCHE.
Entrez, messieurs.
Entrent LE TAILLEUR, LE CORDONNIER, LE BONNETIER,
LE JOAILLIER, etc.
FAT-INGTON.-
J'espère, messieurs, que vous avez fait tous vos efforts, dans vos professions respectives, pour travailler de main de maître.
LE TAILLEUR
Je crois pouvoir dire, monsieur —
LAMÈCHE.
Mylord, imbécile!
LE TAILLEUR
Mylord, — je demande pardon à votre seigneurie, mylord. — J’espère, mylord, que votre seigneurie daignera reconnaître que j’ai apporté à votre seigneurie les habits les plus élégans que jamais pair d’Angleterre ait portés, mylord; votre seigneurie peut-elle les voir maintenant ?
FAT-INGTON.
Oui; mais que mes gens disposent les glaces de manière que je puisse me voir par devant et par derrière, car j’aime à me voir dans tous le$ sens.