‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 166 sur 357 · ACTE II , SCENE · texte numérisé non relu

ACTE II , SCENE

A dire vrai, je n’y ai pas fait grande attention, occupé que j’étais à admirer le rare travail de la nature dans les traits d’une jeune beauté assise à quelque distance de moi. C’était une beauté incomparable.

AMANDA

Une beauté incomparable?...

LOVELESS.

Pourquoi répétez-vous mes paroles, ma chère ?

AMANDA

Vous semblez les prononcer avec tant de plaisir, que j’ai cru vous obliger en les répétant.

LOVELESS.

Auriez-vous des craintes, Amanda?

AMANDA

Je suis tenue d’en avoir, quand vous êtes en péril!

LOVELESS.

Vous ôtes trop prompte àvous alarmer pourmoi. J'ai contemplé cette femme avec une immense admiration, mais sans le moindre amour.

AMANDA

Gardez-vous de faire des distinctions trop subtiles. Mais vos yeux seuls ont-ils témoigné de la curiosité? A votre place, ma langue aussi, je pense, aurait été curieuse. Je lui aurais demandé oit elle demeurait, et cela sans mauvaise intention. Qui est cette dame, je vous prie?

LOVELESS.

En vérité, je l’ignore.

Vous ne voulez pas me le dire.

LOVELESS.

Sur mon honneur, je ne le lui ai pas demandé.

AMANDA

Et vous ne connaissez aucune des personnes qui étaient avec elle?

LOVELESS.

Aucune. Pourquoi y mettez-vous celte insistance?

AMANDA

J’ai cru en avoir le droit.

LOVELESS.

Vous avez été dans l’erreur, Amanda. En effet, mettez-vous à ma place : si, en rentrant, vous me disiez que vous avez vu

un beau cavalier, devrais-je me montrer jaloux, parce que voua

auriez eu des yeux î

AMANDA

Mais si je vous disais qu’il est d’une beauté incomparable et que je l’ai contemplé avec admiration, ne jugeriez-vous pas possible que j’eusse fait un pas de plus et demandé son nom?

loveless, d part. 0

Elle a la raison de son côté; j’ai trop parlé; mais donnonslui le change. — (Haut.) N’admettez-vous, Amanda, aucune différence entre notre sexe et le vôtre pour la mesure du langage? La modestie impose une certaine retenue à vos paroles, et ne vous permet de louer qu’à moitié ; mais nous lâchons la bride à la flatterie, et, en fait d’éloges , nous en disons deux fois plus que nous n'en pensons.

Entre UN DOMESTIQUE.

LE DOMESTIQUE

Madame, une dame vient d’arrêter sa chaise à la porte, et désire savoir si vous pouvez la recevoir. Son nom est Bérinthia.

AMANDA

Oh! c'est une parente que je n'ai pas vue depuis cinq ans. Pricz-la d’entrer.

Le domestique sort.

amanda, continuant.

Voilà encore une beauté qui vous arrive : dans les derniers temps où je l'ai vue, elle était réputée extrêmement belle.

LOVELESS.

Ne soyez pas jalouse ; car celle-là aussi je vais la regarder. Entre BÉRINTHIA.

loveless, continuant, à part.

Juste ciel ! c'est elle !

bérinthia, embrassant Amanda.

Ma chère Amanda, je ne m’attendais pas à te rencontrer à Scarborough.

Ma charmante cousine, je suis ravie de te voir. — Monsieur I.oveless, voici une parente et une amie avec laquelle je désire que vous fassiez plus ample connaissance.

loveless, embrassant Bérinthia.

Si ma femme ne m'impose jamais de tâche plus rude, je lui obéirai avec empressement.

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