‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 167 sur 357 · ACTE 11, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE I

Rentre LE DOMESTIQUE.

LE DOMESTIQUE

Monsieur, mylord Fat-ington vous présente scs humbles respects, et désire savoir des nouvelles de votre santé. Il est à deux pas d’ici, et si cela ne vous dérange pas, il est prêt à venir vous présenter ses devoirs.

’ LOVELESS.

Faites mes complimens à sa seigneurie, et dites-lui que je serai charmé de le voir.

t Ce domestique sort.

loyeless, continuant .

Si vous ne connaissez pas sa seigneurie, madame, scs manières vous divertiront.

AMANDA

C'est pour moi un objet de pitié plus que d'amusement que de voir un homme dont la nature n’a point fait un sot s’efforcer de passer pour tel.

Vous avez tort, Amanda; vous ne devez pas accorder votre "pitié à des gens qui s’appliquent à mériter votre mépris. Ayez pitié de ceux que la nature a maltraités, jamais de ceux qui maltraitent la nature.

Entre LORD FAT-INGTON.

FAT-INGTON.

Mon cher Loveless, je suis votre très-humble serviteur.

LOVELESS.

Mylord, je suis le vôtre.

fat-ixgton, à Amanda.

Madame, je suis votre très-obéissant esclave.

loveless.

Mylord, cette dame est une parente de ma femme. fat-ington, embrassant Bérinthia.

Mort de ma vie! c'est bien la plus belle race qu’il y ait sous le ciel. — Mon cher Loveless, je suis ravi que votre intention soit de passer ici quelque temps. Que je meure si je n’en suis ravi! — {A Amanda.) Pour Dieu, madame, comment avez-vous pu supporter si long-temps les fatigues de la vie de province?

AMANDA

Ma vie, mylord, est loin d’avoir été une fatigue; elle a , au contraire, été fort paisible.

FAT-IXGTON.

C’est justement la fatigue dont je parle, madame; car il est impossible d’être en repos sans penser : or, penser est ce qu’il y a au monde de plus pénible.

AMANDA

Votre seigneurie aime sans doute la lecture?

PAT-INGTON.

Oh! passionnément, madame; mais jamais je ne pense à ce que je lis. Par exemple, madame, ma vie est un perpétuel enchaînement de plaisirs; elle s'écoule au milieu des amusemens les plus di vers, dont les plus avisés d’entre nos ancêtres n’avaient pas la moindre idée. En ville, madame, je me lève vers midi : je ne me lève pas plus tôt, parce qu,'il n’y a rien qui gâte le teint comme de se lever de bonne heure; ce n’est pas que je prétende au titre d’élégant; mais un homme doit s’efforcer de faire une figure décente, s’il ne veut pas paraître hideux au point d’obliger les daines qui sont dans la loge voisine à détourner de lui leurs regards, pour les reporter sur la pièce qu’on joue. Je me lève A donc à midi. Si je vois que le temps est beau, je m’arrange pour faire une promenade à cheval ; si bien donc qu’à deux heures, j’ai bu mon chocolat et mis mes bottes. A mon retour, je m’habille, je dîne, et vais flâner à l’Opéra.

BÉRIMi'HIA.

Votre seigneurie aime sans doute la musique?

FAT-INGTON.

Oh ! passionnément, les mardis et samedis ; car ces jours-là, ou trouve la compagnie la plus choisie, et naturellement, ou n’est pas tenu de se soumettre à la fatigue d’écouter.

AUANDA.

Et votre seigneurie pense qu’il en est ainsi à l’Opéra?

FAT-IXGTON.

Très-certainement, madame; on y trouve lady Caquet, lady Babil, lady Grimace, lady Daubencour, lady Ricane, lady Pincée.— Toutes ces dames ont des loges sur l^dcvant, et, au moment où l’on chante quelque morceau en vogue, elles sont les plus jolies jaseuses du monde, sur ma parole! Pouvons-nous espérer l’honneur de vous voir vous joindre à notre société, madame?

AMA3DA

Hélas! mylord, je suis la société la plus ennuyeuse dans un concert : j'ai le ridicule d'écouter la musique.

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