SCÈNE IV
Un appartement chez sir Ventru LourdolT.
MISS GEORGETTE se promène A grands pas.
' . GEORGETTE
Certes, jamais personne n’a été traitée comme moi. On a beau me regaVder comme une sotte, je sais fort bien ce que font les autres filles. Il est fort heureux que j’aie un mari en route, sans quoi je serais fille à épouser le boulanger, oui, le boulanger! Personne ne peut frapper à la porte, qu’aussitôt on ne m’enferme ; et on laisse notre chien parcourir la maison librement tout le long du jour. — C’est fort bien.
la nourrice, de la pièce voisine.
Miss Georgette! miss! miss! miss! miss Georgette! 3
Entre LA NOURRICE.
GEORGETTE
Eh bien! pourquoi faire un pareil tintamare? pourquoi m’as- ~ sourdir ainsi les oreilles ? Ne me laisseras-tu jamais en paix?
LA NOURRICE
Pourquoi je vous assourdis les oreilles? Il est arrivé quelqu’un qui va vous les assourdir.
GEORGETTE
Que m’importe qui est arrivé? Qu’ai-jc besoin de m’enquérir qui vient ou qui part, aussi long-temps qu’on m’enfermera sous clef dans ma chambre, comme la bière forte dans le caveau?
LA NOURRICE
Mademoiselle, c'est pour empêcher qu’on ne vous boive avant que vous ne soyez mûre. ■»
GEORGETTE
Va, ne l’embarrasse pas de cela ; je suis aussi mûre que toi, quoique pas aussi blette.
LA NOURRICE
Fort bien. J’ai bonne envie de vous enfermer de nouveau, et de ne pas vous laisser voir mylord ce soir.
Mylord! quoi! mon mari est arrivé?
LA NOURRICE
Oui, certes, il est arrivé ; et je vous assure que c’est un bien bel homme.
GEORGETTE
Ah! ma chère nourrice, pardonne-moi encore cette fois, et je ne te fâcherai plus ; non, si cela m'arrive, tu me donneras trois tapes fur le dos, et tu me pinceras la joue jusqu’au sang.
LA NOURRICE
Ah! la pauvre enfant! elle se radoucit maintenant; elle est pleine de bon naturel; pleine comme un œuf dans sa coque.
GEORGETTE
Mais, ma chère nourrice, ne me mpns pas? — c’est bien vrai, n’est-ce pas qu’il est arrivé?
LA NOURRICE
Oui, je vous l’assure.
GEORGETTE
O mon Dieu ! je vais vite mettre mon tour de gorge de dentelle, quand on devrait pour cela m’enfermer pendant un mois.
Ellei torlent.