‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 186 sur 357 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Un appariement chei sir Yentru LourdolT.

Entrent MISS GEORGETTE et LA NOURRICE.

LA NOURRICE

Eh bien! mademoiselle, comment trouvez-vous votre futur?

GEORGETTE

O mon Dieu ! nourrice, si tu savais comme je suis joyeuse ! je puis à peine me contenir !

LA NOURRICE

Oh ! mais n’allez pas vous attacher trop ; les hommes, par le temps qui court, détestent la femme qui les aime.

GEORGETTE

Moi l’aimer ! crois-tu donc que je l’aime, nourrice? Bah ! je le laisserais se pendre sans difficulté, si j’étais une fois mariée avec lui. Non, ce qui me ravit, c'est de penser au train que je vais mener q^and je serai à Londres; car une fois mariée et mylady, je veux être pimpante comme les plus huppées. Oui, et pour cela, l’argent ne me manquera pas, nourrice.

* LA NOURRICE

Ah! c’est ce qui n'est pas certain, mademoiselle; car, bien que ces lords aient de l’argent gros comme eux, je me suis laissé dire qu’ils le donnent tout à des coquines qui se pavanent dans leurs carrosses, pendant que, merci de moi! madame reste chez elle à soupirer et à gémir, sans avoir à sa disposition un écu pour s '»* acheter un manuel de piété.

Ah! pour cela, tu es dans l’erreur, nourrice; car, c’est une justice que je dois rendre à mylord, il est large et généreux comme une maison où l’on tient table ouverte à Noël ; pas plus tard que ce matin il m’a dit que j’aurais six cents livres sterling par an pour mes épingles ; or, s’il me donne six cents livres sterling par an pour acheter des épingles, juge de ce qu'il me donnera pour acheter des jupes.

LA NOURRICE

Ah ! ma chère, il vous trompe impudemment, ét il n’est, après tout, au’un scélérat. Ces beaux messieurs de Londres ont un

jargon qui confondrait une bohémienne ; ce qu’ils appellent des épingles, est un argerit destiné à tout vous acheter indistinctement, jusqu’aux cordons -de vos souliers ; j’ai même entendu dire que certaines dames, si elles veulent des galans, c’est ainsi qu’on les nomme, sont forcées de s’en procurer avec l’argent de leurs épingles. — Mais je vois sa seigneurie qui s’avance : si j’étais sûre que vous vous conduirez bien, et que vous ne jetterez sur moi , qui vous ai élevée, aucun discrédit, je vous laisserais ensemble.

GEORGKTTE.

Je reconnais là ma bonne nourrice ; fais comme tu voudrais qu’on te fit. Laissc-nous ensemble cette fois; et si je ne me conduis pas en fille bien élevée, puissé-je ne me marier jamais, et mourir vieille fille.

LA NOURRICE

Eh bien! pour cette fois, je vais vous laisser libre. Mais si vous me discréditez, —

GEORC.ETTB.

Ne crains rien.

La nourrice sort.

Entre LE JEUNE FASÜION.

FÀSHION.

Votre serviteur, mademoiselle ; je suis charmé de vous trouver seule, car j’ai quelque chose d’important à vous dire.

GEORGETTE

Monsieur, — je veux dire, mylord, — vous pouvez me dire ce qu’il vous plaira, je vous répondrai poliment.

FASHION

Votre réponse est si obligeante, qu’elle m’encourage à vous dire en peu de mots ce que m’inspirent votre intérêt et le mien. Votre père, vous le savez sans doute, a résolu de faire de moi votre heureux époux; et j’espère obtenir votre consentement pour l’accomplissement de son désir.

♦ GEORGETTE

Mylord, je n’ai jamais désobéi à mon père, si ce n’est en mangeant des groseilles qui n’étaient pas mûres.

FASHION

Une fille si excellente sera certainement une admirable épouse. Il me tarde donc que vous m'apparteniez ; et j’espère que, prenant en considération la violence de mon amour, vous n’aurez pas la cruauté de différer mon bonheur aussi long-temps que votre père en a l’intention

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