PRONONCEE AU THEATRE DE DRURT-LANE
Un soir d’été, quand le dernier rayon du jour expirant s’efface parmi les pleurs du crépuscule, qui n’a pas senti le charme de cette heure suave djscendre sur son cœur comme la rosée sur la fleuri Plein d'un * *
sentiment pur qui absorbe et saisit l’àme, à cette pause mélancolique de la nature , & ce moment oh elle reprend haleine , pont sublime jeté par le temps entre la lumière et les ténèbres , qui n’a pas éprouvé ce calme profond et solennel , cette pensée muette à qui il faut , pour s’épancher, non des paroles, mais des larmes, cette harmonie sainte , — ce regret, cette sympathie glorieuse pour les soleils qui disparaissent 1 Ce n’est pas une douleur poignante, c’est une douce tristesse qui n’a pas de nom, chère aux âmes tendres , distinctement sentie , — mais sans amertume , mélancolie suave , larme transparente , où n’entre aucune souffrance mondaine, aucun sentiment d’égoïsme , larme versée sans honte , — et sécrétée sans douleur !
Pareil è l’émotion que nous inspire cette heure où la lumière du jour décroît le long des collines , est ce sentiment qui pénètre notre cœur et nos yeux quand meurt tout ce qui dans le génie peut mourir. Une haute intelligence s’est éclipsée , une puissance a passé du jour aux ténèbres, ne laissant après elle aucune lumière égale à la sienne , aucun nom rival de son nom, ce foyer où venaient converger tous les rayons de la gloire l L’éclair del’esprit, — la lumière de l’intelligence, — la flamme de la poésie, — ’ l’éclat de l’éloquence, ont disparu avec leur soleil ; — mais il nous reste les créations durables d’un esprit immortel , fruits d’un matin brillant, d’un midi glorieux , portion impérissable de celui qui est mort trop tèt. Mais ce n’est là qu’une petite partie d’un tout admirable , lumineux segmens du cercle de cette âme qui embrassait tout, — éclairait tout de ses rayons, sachant tour à tour égayer , — émouvoir, — plaire , — ou frapper de terreur. Dans les conseils de la nation , ou à la table des festins , il savait à son gré remuer les sentimens des hommes; les voix les plus hautes l’applaudissaient à l’envi , et les plus superbes renommées sa faisaient
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une gloire de le louer. Quand s’éleva la clameur de l’Indost&n opprimé, appelant au ciel de la tyrannie de l’homme , il fut le tonnerre , — la verge vengeresse , le cli&timent, — la voix • déléguée de Dieu, cette voix qui , parlant par sa bouche , ébranla les nations , et arracha à force de splendeur l'hommage involontaire des sénats vaincus et tremblons.
C’est ici qu'à nos yeux charmés apparaissent dans toute leur jeunesse et leur fratcheur les gaies créations de sa muse, le dialogue incomparable,— l’impérissable saillie dont la source ne tarissait jamais, le3 portraits animés , beaux de ressemblance , et portant à nos cœurs la vérité qui les inspira. Ces êtres merveilleux de son imagination qu’anima le souffle de sa pensée , vous pouvez encore les voir ici dans leur premier séjour : brillons du feu divin de ce nouveau Promélhée , auréole de la lumière des anciens jours , ils attestent encore la splendeur de l'astre paternel. Mais s’il est des hommes à qui les erreurs fatales où tombe la sagesse donnent une lâche joie , des hommes qui triomphent quand des âmes d’uue trempe céleste sont en dissonance avec leur harmonie native, qu’ils s'arrêtent. — Ah 1 ils ignorent que ce qui leur parait vice n’est peut-être que du malheur ; il est dur le destin de celui sur qui le regard du public est constamment fixé, pour lui décerner l’éloge ou le blâme ; point de repos à son nom; et puis, le martyre de la gloire plaît à la sottise; l’ennemi secret , dont l’œil toujours ouvert vous surveille , — tout à la fois accusateur, — juge, —espion ; les adversaires hostiles, -7- les sots, — les jaloux, — les vaniteux, — les envieux qui vivent des douleurs d’autrui , — voilà la meute ardente à tout ravaler , qui traque la gloire jusqu’au tombeau , épie toutes les fautes que le génie audacieux doit en partie à son ardeur innée, dénature la vérité, et, entassant mensonge sur mensonge, élève peu à peu une pyramide de calomnie '. C’est là le partage réservé au talent. Mais si à ces maux se joignent la pauvreté hâve et l'incurable maladie, s1 le génie est réduit à descendre de ses hautes régions pour guerroyer contre la misère qui assiège sa porte, pour apaiser l'exigence insolente , pour faire face à la rage sordide, — lutter contre le déshonneur, et netrouver dans l’espérance qu’un renouvellement de caresses déloyales, que les nœuds dent le serpent de la perfidie vous enlace; si de tels maux viennent assaillir l’homme, faut-il s’étonner que le plus fort succombe ? Les poitrines qui ont le don de sentir avec énergie renferment des cœurs électriques : chargés du feu céleste, noircis par de rudes collisions, déchirés au-dedans, entourés de nuages , l’aile des ouragans les emporte au sein d’une atmosphère pesante où la pensée , devenue foudre , s’allume , éclate et gronde.
Mais si ces choses ont existé, c’est loin de notre scène comique ; une tàihcplus douce nous est dévolue, celle de rendre à la gloire l'hommage
SUR LA MORT DE SIIERIDAN. * xj
qui lui est JA, de pleurer ce flambeau qui vient de s’éteindre , et d'apporter l’obole de nos louanges en payement des plaisirs que nous lui devons depuis si long-temps Vous, orateurs, qui siégez encore dans nos conseils, pleurez l’héroïque vêtira n de vos combats , le digne rival de la merveilleuse constellation des trois ' , celui dont les paroles étaient des étincelles d’immortalité! Et vous, poètes, à qui la muse du drame est chère , il fut votre mettre, soyez ici ses émules 1 Hommes à la parole spirituelle, à la conversation éloquents , il fut votre frère ; — c’est à vous de porter ses cendres! Tant qu’une intelligence presque illimitée, complète autant que diverse , tant que l’éloquence , — l’esprit , — la poésie , — et la gaieté , cette aimable consolatrice des terrestres soucis , — auront des droits sur notre âme, — tant que nous serons fiers de reconnaître la noble prééminence du talent, — nous chercherons long-temps en vain son égal; et, contemplant avec douleur tout ce qui nous reste de lui , nous gémirons que la nature n'ait formé qu'un tel homme, et qu elle ait brisé le moule— où fut jeté Shéridan.
■ Foi, Pill, Tîurkc.
FIN DE LA MOMODIK DE LOItlt HYKON.
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