‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 204 sur 357 · ACTE V, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE II

veux ; car je suis à même de les rendre aussi riciies que la sei gneurie. % HW*«' •

FAT-INGTON.

Oui, mon vieux camarade, mais tu ne le feras pas ; car ce serait agir en chrétien, et je veux mourir, si tu n’es un ours mal léché.

SIR VENTRU

Ventyebleu! encore six paroles comme celles-là, et je leur pardonne à l’instant même.

Vive Dieu I sir Ventru, faites-Ie, et vous n’en serez pas fâché. — Qu’en dites-vous, mesdames?

ASUNDA.

Mon bon sir Ventru, donnez votre consentement.

BÉRINTHIA.

Allons, sir Ventru, songez que vous aussi vous avez été jeune.

SIR VENTRU

Allons, puisqu’il le faut, il le faut; mais qu’on mette à la porte ce lord goguenard, et que du moins je jpe venge |jp quelqu’un.—Mais auparavant, jugez si je suis, oui ou non, un ours mal léché. Tenez, mes enfans, je joins vos mains ; quand je serai de meilleure humeur, je vous donnerai ma bénédiction.

loveless. * "**

C’est noblement agir, sirjentru, et nous vous verrons avant peu danser au baptême de votre petit-fils,

* GEORGETTE

Merci de moi, je ne comprends rien à tout cela. Comment ! est-ce que je ne serai pas lady au bout du compte ? Eh quoi! tout bonnement madame — Comment se nomme mon mari, nourrice ?

LA NOURRICE

4 Fashion, écuyer.

Ah 1 il est écuyer ? Allons, cela vaut toujours mieux quo rien. £

fat-ïngton, à part. - ‘ v

Prenons ufl air de philosôphe, et montrons à ces gens-là qu’il n’est pas facile de décontenancer un homme de ma qualité. — (Haut.) Mon cher Tom, après la tournure que les événemens ont prise, permets-moi de te présenter mes félicitations; je veuj mourir, si je ne le fais de bon cœur ! tu t’es marié dans une famille d’une grande politesse, d’une élégance de misères peu commune; et ta femme me parait une dame belle de sa per-

tonne, modeste dans son air, ayant une grande délicatesse de

sentiment, et une exquise moralité, ou le diable m’emporte!

GEORGETTE

Pardienne, mon mari, brisez-lui les os, puisqu'il m’injurie.

FASHIOX.

Votre seigneurie peut faire bonne contenance et force grimaces si cela lui convient; pour moi, je me console avec la bienveillance de sir Ventru, la main de sa fille, et trois mille livres sterling de revenu.

FAT-INGTON.

Adieu donc, Tora. Mesdames, je voua baise les mains. — Sir Ventru, je vais quitter ta demeure, ou plutôt ta tanière; mais aussi long-temps que je conserverai l’usage de mes hras, je me rappellerai que tu es un horrible et damné sauvage, Dieu me damne !

Il fort.

Sur ma parole, il a bien fait de sortir, car l’impatience commençait à me prendre, et il serait arrivé quelque malheur. Allons, si c’est là un lord, je pense, en vérité, que Georgetle l'a échappé belle.

TOWNLEY.

Oui, certes, sir Ventru. — Mais j’entends les violons; sa seigneurie, je le sais, les avait commandés.

« LOVELESS.

•'* La bouteille et la danse, sir Ventru ; venez.

. j-.illR VENTRU.

J’avais oublié la compagnie qui est en bas ; allons, il faut nous mettre en joie, danser et boire 1 Ah ! par Saint-Georges, vous ne direz pas que je fais les choses à moitié. Mon gendre m’a tout l'air d’un gaillard qui a le cœur au ventre ; nous nous en donnerons ce soir. Laquelle de ces deux dame||youdra pour cavalier un vieillard tel que moi? Vive Dieu! je ne me suis senti de ma vie d’aussi joyeuse humeur.

BÉRIXTHIA.

Sir Ventru, mon amie et moi nous tâcherons dé vous maintenir dans ces bonnes dispositions; vous avez jait une action généreuse, et nos attentions vous sont dues. Si trous êtes à court de divertissemens pour amuser vos convives, nous vous aiderons à leur raconter l’histoire du mariage de votre fille et de la mortification méritée infligée à sa seigneurie, sujet qui ne manquera pas sans doute d’égayer la soirée.^*

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