ACTE I, SCÈNE II
SIR PÉTRUS
Est ce que par hasard on vous a dit qu’elle fût morte?
ROLLET
Allons, allons, sir Pétrus, vous l’aimez, bien que vos caractères ne cadrent pas toujours parfaitement.
SIR PÉTRUS
Mais la faute est tout entière de son côté, maître Rollet. Quant à moi, j’ai le caractère le plus doux du monde, et je ne puis souffrir les caractères contrarians ; c’est ce que je lui répète cent fois par jour.
ROLLET
En vérité 1
SIR PÉTRUS
Oui; et ce qu’il y a d'extraordinaire, dans nos disputes c’est toujours elle qui a tortl Mais lady üaubencour, et la clique qu’elle voit chez cette dame, encouragent ses mauvaises dispositions. Pour comble de vexation, Maria, ma pupille, sur qui je devrais avoir l’autorité d’un père, a résolu aussi de s’insurger contre moi, et refuse obstinément l'homme que depuis longtemps je lui destine pour mari, dans l'intention, je le suppose, de donner sa main à son libertin de frère.
ROLLET
Vous savez, monsieur, que j’ai toujours pris la liberté d’avoir un avis différent du vôtre, au sujet de ces jeunes gens? Je souhaite beaucoup que vous ne vous trompiez pas dans votre opinion sur le compte de l’alné. Quant à Charles, sur ma vie, il reviendra de ses erreurs. Leur digne père, autrefois mon honoré maître, était, à son Âge, presque aussi mauvais sujet; et pourtant, lorsqu’il mourut, il ne laissa pas après lui un cœur plus bienveillant pour pleurer sa perte.
Vous êtes dans l'erreur, maître Rollet. Vous savez qu’à la mort de leur père, je remplis en quelque sorte à l’égard de tous deux les devoirs de tuteur, jusqu’au moment où la libéralité toute orientale de leur oncle sir Olivier, leur donna une précoce indépendance : par conséquent, personne n’a pu avoir plus que moi l'occasion de juger leurs cœurs, et jamais je ne me spis trompé dans mes jugemens. Joseph est véritablement le modèle des jeunes gens de l’époque. C’est un homme plein de moralité, et sa conduite est conforme aux sentimens qu’il professé. Quant à l’autre, croycz-cn ma parole, si le sang paternel lui a transmis un grain de vertu, il l’a dissipé avec le reste de son héritage. Ah ! mon
3ü4 L’ÉCOLE DE LA MÉDISANCE.
vieil ami sir Olivier sera bien affligé quand il verra combien a
été mai placée une portion de sa générosité.
ROLLET
Je suis fâché de vous voir si violemment prévenu contre ce jeune homme; car voici le moment peut-être qui va décider de son sort. Je vous apporte une nouvelle qui vous surprendra.
SIR PÉTRUS
Quelle est-elle?
ROLLET
Sir Olivier est arrivé, et il est en ce moment en ville.
SIR PÉTRUS
Que me dites-vous là? vous m'étonnez! Je pensais que vous ne l’attendiez que dans un mois d’ici.
ROLLET
Effectivement ; mais sa traversée a été singulièrement rapide.
Parbleu, je reverrai avec bonheur mon vieil ami. Voila seize ans que nous ne nous sommes vus. — Nous avons passé d'heurcui jours ensemble, — mais nous enjoint-il toujours de ne pas instruire ses neveux de son arrivée?
ROLLKT.
Plus strictement que jamais. Avant de la faire connaître, il veut les sonder un peu et mettre leur caractère à l’épreuve.
SIR PÉTRUS
Ah ! il ne faut pas grand art pour reconnaître leurs mérites, respectifs; n'importe; qu’il fasse à sa tête ! mais, dites-moi,. sait-il que je suis marié?
ROLLET
Oui ; et il ne tardera pas à vous présenter ses félicitations.
SIR PÉTRUS
Oui ; comme nous buvons à la santé d'un ami poitrinaire. Ah ! Olivier se moquera de moi. Quand nous étions ensemble» nous prenions le mariage pour texte de nos plaisanteries. Allons» il faut qu’il loge chez moi! — Je vais sur-le-champ faire tout, disposer pour sa réception. Mais, maître llollet, n’allez pas lui dire au moins que ma femme et moi nous ne sommes pas toujours d’accord. Ne lui en soufflez pas un mot.
ROLLET
Je m’eD garderai bien.
SIR PÉTRUS
Je ne me sens pas la force de soutenir les plaisanteries d’Oli—