ACTE III, SCÈNE II
SIR OLIVIER, « Moïse.
Quel est mon nom?
Monsieur La prime.
MOÏSE
LAFLEUR
Laprime , — fort bien.
Lafleur sort cri prenant une prise.
SIR OLIVIER
A en juger par les domestiques, on ne croirait pas que le maître est ruiné. Mais quoi ! — ce doit être ici la maison de mon frère.
MOÏSE
Effectivement. Monsieur Charles l’a achetée de monsieur Joseph, avec le mobilier, les tableaux, enfin en l’état où le vieux gentleman l’avait laissée. Sir Pétrus a jugé que c’était de sa part un acte de prodigalité blâmable.
SIR OLIVIER
A mon avis, le calcul de l’autre, en la lui vendant, était plus répréhensible de moitié.
Entre LAFLEUR.
' LAFLEUR
Mon maître vous prie d'attendre, messieurs ; il est en compagnie, et ne peut pas vous narler encore.
S’il savait qui demande à le voir, il n’enverrait pas un pareil message.
LAFLEUR
Oui, oui, monsieur, il sait qui vous êtes; — je n’ai pas oublié ]e petit Laprime ; non, non, non.
SIR OLIVIER
Fort bien ; et vous, l’ami, quel est votre nom?
LAFLEUR
Lafleur, monsieur ; je m’appelle Lafleur, pour vous servir.
SIR OLIVIER
Eh bien, monsieur Lafleur, autant que je puis en juger, vous avez ici une condition agréable.
LAFLEUR
Mais, oui; — nous sommes ici trois ou quatre qui passons notre temps fort agréablement; il est vrai qu’on est un peu en retard avec nous pour le payement de nos gages, qui d'ailleurs ne sont pas très-élevés ; — nous n’avons que cinquante livres sterling par an, sur quoi il nous faut fournir nos bouquets et nos bourses.
sir olivier, d part.
Des bouquets et des bourses! la corde et la bastonnade! lafleur, s'approchant de Moïse.
A propos, Moïse, avez-vous réussi à me faire escompter le petit billet en question ?
sir olivier, à part.
Lui aussi, il cherche à emprunter ! merci de moi ! Je gage qu’il a tout comme son maître ses nécessités pressantes, ainsi que son cortège de créanciers et de recors.
moïse.
Cela ne m’a pas été possible, monsieur Lafleur.
Il lui remet le billet.
LAFLEUR
Diantre! vous me surprenez 1 Mon ami Labrosse l’avait endossé, et je croyais que lorsqu’il avait mis son nom au dos d’un billet, c’était comme de l’argent comptant.
MOÏSE
Non ! cela n’a pas pu suffire.
LAFLEUR
Une bagatelle, — vingt livres sterling seulement. Dites donc. Moïse, ne pourriez-vous me procurer cette somme par voie d’annuité?
sir olivier, à part.
Une annuité! ha ! ha! un laquais emprunter de l’argent par voie d’annuité ! Parbleu, en voilà du luxe !
MOÏSE
Oui ; mais il faut que vous assuriez votre place.
LAFLEUR
Oh! de tout mon cœur ! J'assurerai ma place, et ma vie aussi, si vous voulez.
sir olivier, à part.
Je n’assurerais pas ton cou contre la potence.
MOÏSE
Mais ne pourriez-vous pas déposer quelque gage?
LAFLEUR
Depuis quelque temps, dans la garde-robe de mon maître, rien qui en vaille la peine n’a été mis à la réforme. — (On sonne.) Mais je puis vous donner hypothèque sur une portion de sa défroque d’hiver, avec faculté de rachat avant novembre , ou vous assurer un droit de réversion sur le velours français, ou la nuepropriété de la livrée bleue et argent. — (On sonne.) En y ajoutant, Moïse, comme sécurité collatérale, quelques paires de man-