ACTE III, SCÈNE III
que moi; cependant, ce que je vous ai dit, je le tiens de trèsbonne part, — n’est-il pas vrai. Moïse?
MOÏSE
Oui, sans aucun doute.
SIR OLIVIER
Mais, monsieur, s’il est vrai que, ainsi qu’on me l’assure, vous ayez besoin immédiatemcntde quelques centaines delivres sterling, — n’avez-vous rien dont vous pourriez disposer?
C1URLES SURFACE.
Que voulez-vous dire ?
SIR OLIVIER
Par exemple, on m’a dit que votre père vous avait laissé une grande quantité de vieille vaisselle plate.
CHARLES SURFACE
O mon Dieu! — cela est parti depuis long-temps. — Moïse pourra mieux que moi vous en dire des nouvelles.
sir olivier, à part.
Bonté divine! toutes les coupes gagnées de race en race aux courses de chevaux, ou offertes en récompense de services rendus dans les fonctions municipales! — {Haut.) On pensait aussi que sa bibliothèque était l'une des plus riches et des plus corn plètes.
CHARLES SURFACE
Oui, oui; elle l’était en effet, — beaucoup trop pour un particulier. Pour moi, j’ai toujours eu le caractère communicatif, et j’ai pensé qu’il était honteux de garder tant de science pour moi tout seul.
sir olivier, à part.
Merci de moi ! Une science qui avait été transmise de père en fils comme une propriété de famille! — {Haut.) Dites-moi, je vous prie, que sont devenus les livres ?
CHARLES SURFACE
Demandez-le au commissaire priseur, monsieur Laprime; car je ne pense pas que Moïse lui-même puisse vous donner beaucoup de renscignemens à cet égard.
moïse.
Je n’entends rien aux livres.
SIR OLIVIER
Si bien donc qu'il ne reste absolument rien de ce qui appartenait à la famille?
Il en reste bien peu de chose ; à moins que vous n’ayez le goût des portraits de famille. J’ai là-haut une galerie toute rcm-
plie de mes ancêtres, et si vous aimez les vieux tableaux, je vous
les céderai à bon compte.
sin OLIVIER.
Que diable! votre intention sans doute n’est pas de vendre vos ancêtres?
CHARLES SURFACE
Jusqu’au dernier, au plus haut enchérisseur.
SIR OLIVIER
Quoi ! vos grands oncles et vos grand’tantes ?
CHARLES SURFACE
Oui, et jusqu’à mes bisaïeuls et bisaïeules.
sir olivier, à part.
Maintenant, je désespère de lui. — {Haut.) Que diantre, n’avez-vous donc point d’entrailles pour votre propre race ? Merci de ma viel me prenez-vous pour un Shylock, que vous voulez, en retour de mon argent, engager votre chair et votre sang 1 ?
CHARLES SURFACE
Mon petit courtier, ne vous fâchez pas; que vous importe, si vous en avez pour votre argent?
SIR OLIVIER
Allons, j’achèterai vos portraits de famille ; je trouverai, je pense, à les placer ! — (A part.) Oh t je ne lui pardonnerai jamais ce trait-là !
. Entre SANS-SOCCI.
SANS-SOUCI
Viens donc, Charles; qui diable te retient si long-temps?
CHARLES SURFACE
Je ne puis pas venir encore ; tu sauras que nous allons là-haut procéder à une vente; voici le petit Laprime qui va m’acheter tous mes ancêtres.
SANS-SOUCI
Oh! brûle-moi tes ancêtres.
CHARLES SURFACE
Libre à lui de les brûler ensuite, si cela lui convient. Reste, Sans-souci, nous avons besoin de toi : parbleu! tu seras le commissaire priscur ; viens donc avec nous.
SANS-SOUCI
Si c’est cela, je suis des vôtres ; je puis tenir le marteau tout aussi bien que le cornet à dés.
■Voir U Marchand de Venue, dan» le Théâtre de Shalupcare, par le traducteur de Sheridan.