ACTE III, SCÈNE III
SIR OLIVIER
Fort bien, — mais quelles garanties pouvez-vous offrir? vous n’avez point de terres, je présume?
CHARLES SURFACE
Pas une taupinière, ni un fétu, sauf les pots à Heurs qui sont sur la fenêtre.
SIR OLIVIER
Point de rentes sur les fonds publics ?
CHARLES SURFACE
Aucune. — Je ne possède en tout et pour tout qu’un petit nombre de chiens d'arrêt et des poneys. Mais, dites-moi, monsieur Laprime, êtes-vous renseigné sur ma famille ?
SIR OLIVIER
Je dois dire que je le suis.
CHARLES SURFACE
En ce cas, vous devez savoir que j’ai aux Indes un oncle énormément riche, un nommé sir Olivier Surface, sur la fortune duquel je fonde le plus grand espoir?
SIR OLIVIER
J’ai effectivement entendu dire que vous aviez un oncle opulent; mais jusqu’à quel point vos espérances doiventse réaliser, c'est à mon avis ce que vous ne sauriez dire.
Oh ! il ne saurait y avoir de doute a cet égard. On m’assure que je suis au mieux dans son affection, et qu’il parle de me léguer toute sa fortune.
SIR OLIVIER
En vérité! Voilà le premier mot que j’en entends dire.
CHARLES SURFACE
La chose est positive : — Moïse le sait; n’est-il pas vrai , Moïse ?
sir olivier, à part.
Parbleu, ils me persuaderont bientôt que je suis au Bengale.
CHARLES SURFACE
Je vous propose donc, monsieur Laprime, si la chose peut vous être agréable, de vous fairo un billet payable à la mort de sir Olivier; toutefois, le bonhomme en a usé avec moi avec tant de libéralité, que je serais désolé, je vous en donne ma parole, qu’il lui arrivât la moindre chose.
SIR OLIVIER
Pas plus que je ne le serais moi-même, je vous assure. Mais le billet dont vous parlez est justement la pire de toutes les ga-
ranties que vous puissiez m’offrir ; — car je pourrais vivre cent ans sans en voir arriver l’échéance.
CHARLES SURFACE
Pardonnez-moi; à la mort de sir Olivier, vous aurez le droit d'exiger votre payement.
SIR OLIVIER
Je serais alors le créancier le plus désagréable que vous eussiez jamais eu.
CHARLES SURFACE
Vous ne craignez pas, sans doute, que sir Olivier n’ait la vie trop dure ?
SIR OLIVIER
Non, assurément ; quoique j’aie entendu dire qu’il est aussi robuste et aussi bien portant que peut l’être un homme de son âge.
CHARLES SURFACK.
Vous êtes encore dans l’erreur. Non, non, le climat a fait un tort considérable à mon pauvre oncle Olivier. On m’assure qu’il décline rapidement; et depuis peu il est tellement changé, que ses plus proches parens auraient de la peine à le reconnaître.
sir olivier, riant.
Vraiment? lia! ha! ha! — Ah! il est tellement changé depuis peu que ses plus proches parens auraient de la peine à le reconnaître! En vérité? — Ha! ha! ha !
Charles surface, riant.
Ha! ha! ha! — Je vois que cette nouvelle vous fait plaisir, mon petit Laprime ?
sir olivier.
Non, non, nullement.
CHARLES SURFACE
Oui, oui, je le vois, — ha ! ha ! ha ! — Vous savez que c’est une circonstance de plus en votre faveur?
Mais on m'assure que sir Olivier est en route pour revenir, quelques-uns même prétendent qu’il est arrivé.
CHARLES SURFACE
Allons donc! je dois savoir mieux que vous s’il est ou n’est pas arrivé. Non, non, croyez-moi, il est en ce moment à Calcutta; u’est-il pas vrai, Moïse ?
moïse.
Oh ! oui, certainement.
SIR OLIVIER
H est vrai, comme vous le (dites, que yous devez le savoir mieux