‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 261 sur 357 · ACTE IV, SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE HI

CHARLES SURFACE

Derrière le paravent! Parbleu! démasquons sa retraite.

SIR PÉTRUS

Non, non, le voici qui monte ; — non faites rien.

CHARLES SURFACE

Oh ! parbleu, il faut que nous jetions un coup d’œil sur la petite marchande de modes.

Il vcul s’avancer vers le paravent, air Pélrus le retient.

SIR PÉTRUS

Gardez-vous-en bien, Joseph ne me pardonnerait jamais.

CHARLES SURFACE

Je prends tout sur moi.

* • sin PÉTRUS.

Merci de moi ! le voici.

JOSEPH SURFACE entre au moment où Charles jette à terre le paravent,

CHARLES SURFACE

Lady Aigremont! ô surprise!

Lady Aigremont! damnation!

CHARLES SURFACE

Sir Pétrus, voilà l’une des plus séduisantes marchandes do modes que j’aie jamais vues. Comment, diable! il semblerait que vous venez tous de vous amuser à jouer à cache-cache, et je ne vois guère que moi qui ne sois pas dans le secret de la comédie. Mylady voudrait-elle m’instruire? — Pas un mot. — Mon frère, voudrais-tu avoir la complaisance de m’expliquer la chose? — Eh quoi ! monsieur le moraliste aussi reste muet? — Sir Pétrus, quoique je vous aie surpris dans un cabinet noir, peutêtre y voyez-vous clair maintenant! — Tous gardent le silence! — Allons ! quoique je ne comprenne rien à tout ce mystère, je pense que vous vous entendez parfaitement entre vous. Je vais vous laisser ensemble. — Mon frère, je regrette que vous ayez donné à ce digne homme d’aussi graves motifs d’inquiétude. — Sir Pétrus, il n'y a rien au monde de si noble qu’un homme pioral.

Charles sort. — Les autres, immobiles, restent quelque temps à sc regarder les uns les autres.

JOSEPH SURFACE

Sir Pétrus, — bien que, — je l’avoue, — les apparences soient contre moi, — néanmoins, — si vous voulez bien m’entendre, — je ne doute pas que je ne vous donne de tout ceci une explication satisfaisante.

Comme il vous plaira, monsieur.

JOSEPH SURFACE

Le fait est, monsieur, que lady Aigremont connaissant mes vues sur votre pupille Maria, — c’est-à-dire, monsieur, que lady* Aigremont craignant les effets de votre caractère jaloux, — et connaissant mon amitié pour la famille, — lady Aigremont, dis-je, — est venue me voir, — afin de me donner l’occasion de lui expliquer mes prétentions; — mais à votre arrivée, — craignant, comme je l’ai dit, votre caractère jaloux, — elle s'est cachée, — et voilà, croyez-moi, la vérité toute pure.

SIR PÉTRUS

Voilà, sur ma parole, une explication fort claire, et je ne doute pas que madame n’en confirme jusqu’au moindre mot. lady aigremont, s' avançant.

Tas une syllabe, sir Pétrus.

SIR PÉTRUS

Comment donc! vous ne croyez pas même nécessaire de mettre de l’accord dans vos mensonges?

LADY AIGREMONT

Dans tout ce que vous a dit monsieur, il n’y a pas un mot de vrai.

SIR PÉTRUS

Certes, madame, je vous crois.

. Joseph surface, bas, à lady Aigremont.

Morbleu! madame, voulez-vous donc me trahir?

LADY AIGREMONT

Monsieur l’hypocrite, avec votre permission, je me défendrai moi-même.

Oui, laisscz-la faire, monsieur; vous verrez qu’elle va composer une histoire mieux que vous, et sans avoir besoin qu’on la sou file.

LADY AIGREMONT

Écoutez-moi, sir Pétrus; votre pupille n’était pas le motif de ma visite en ce lieu; j’ignorais même les vues de monsieur sur elle. Mais j’y suis venue, séduite par ses argumens insidieux, pour prêter l’oreille à sa passion prétendue, sinon pour sacrifier votre honneur à sa bassesse.

SIR PÉTRUS

Voilà, je crois, la vérité qui se fait jour.

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