ACTE V, SCÈNE III
louent se réconcilier avec Charles, et dès lors ne s’opposera plu» à son union avec Maria? Cette pensée fait mon supplice.
JOSEPH SURFACE
La violence y peut-elle quelque chose?
LADY DAUBENCOUR.
Non, pas plus que la ruse. O l'insensée, la sotte que j’étais,
me liguer avec un pareil maladroit 1
JOSEPH SURFACE
Sans contredit, lady Daubencour, j’y perds plus que vous ; cependant vous voyez que je supporte ce malheur avec calme. ,
LADY DAUBENCOUR.
Parce que le désappointement n’atteint pas votre cœur; l’intérêt seul vous attachait à Maria. Si vous aviez éprouvé pour elle ce que je ressentais pour cet ingrat libertin, ni votre flegme ni votre hypocrisie ne vous empêcheraient de faire éclater l’amertume de votre dépit.
JOSEPH SURFACE
Mais pourquoi faire retomber sur moi vos reproches, à l’occasion de ce désappointement?
LADY DAUBENCOUR.
N’est-il pas votre ouvrage? Votre méchanceté n’avait-elle pas un champ assez vaste? Ne vous suffisait-il pas de supplanter votre frère, et d’en imposer à sir Pétrus ? Fallait-il encore chercher à séduire 6a femme? Je hais une telle avidité dans le crime; c’est un injuste monopole qui jamais ne prospère.
JOSEPH SURFACE
Allons, je reconnais mon tort. J’ai, je l’avoue, dévié de la voie directe du mal ; mais je ne crois pas que pour vous tout soit perdu sans ressource.
. LADY DAUBENCOUR.
Nonl
JOSEPH SURFACE
Depuis notre dernière entrevue, vous avez, dites-vous, sondé Vipère, et vous croyez qu’il nous est resté fidèle ?
LADY DAUBENCOUR.
Je le crois.
JOSEPH SURFACE
Il se fait fort, s’il est nécessaire, d’affirmer sous serment et de prouver que Charles est lié avec vous par un engagement d'houneur, à l’appui duquel on peut produire les lettres qu’il est censé vous avoir adressées.
LADY DAUBE.VCOUR.
En effet, on aurait pu faire usage de ce moyen.
JOSEPH SURFACE
Allons, allons, il en est temps encore. ( On entend frapper à la porte.) Mais, écoutez! C’est probablement mon oncle, sir Olivier. Passez dans celte chambre; nous reparlerons de cela quand il sera parti. s
LADY DAUBES COUR.
Fort bien; mais si lui aussi il parvient à vous pénétrer?
JOSEPH SURFACE
Oh ! je suis sans crainte à cet égard. Sir Pétrus se taira dans l'intérêt même de sa considération, et vous pouvez compter que je ne tarderai pas à découvrir le côté faible de sir Olivier.
LADY DAUBEiVCOUR.
Je ne mets pas en doute vos talens! La seule chose que je vous demande, c’est de yous tenir à une mauvaise action seule, et de ne pas courir deux lièvres à la fois.
Elle tort.
JOSEPH SURFACE
Je ferai ce que vous dites. — ( Seul ,) Il est bien dur, après avoir joué de malheur, comme j’ai fait, de me voir exposé aux reproches de ma complice. N’importe, à tout événement, ma réputation est tellement supérieure à celle de Charles, que sans nui doute — Eh bien! — que vois-je? — Ce n’est pas là sir Olivier; c’est encore le vieux Stanley. Que le diable l’emporte! Faut-il qu’il vienne de nouveau me tourmenter dans un moment comme celui-ci ! —Sir Olivier va venir, il le trouvera ici,— et —
Entre SIR OLIVIER SURFACE Joseph surface, continuant.
Pour Dieu, monsieur Stanley, pourquoi venez-vous m’importuner encore? Vous ne pouvez rester ici, sur ma parole.
SIR OLIVIER
Monsieur, j’apprends que votre oncle Olivier est attendu ici; ~ et bien qu’il se soit montré chiche à votre égard, peut-être ferat-il quelque chose pour moi; j’en veux faire l’essai.
Monsieur, il n’est pas possible que vous restiez ici maintenant ; je vous prie donc — Revenez une autre fois, et je yous promets de vous assister.
SIR OLIVIER
Non ; il faut que sir Olivier et moi nous fassions connaissance.