ACTE V. SCÈNE II
SIR PÉTRUS
Oui, oui, ma mine quand le paravent a été abattu. Ha! ha! ha! — Oh ! je n’oserai plus montrer ma face.
SIR OLIVIER
Mais en voilà assez; c’est mal à nous de rire à vos dépens, mon vieil ami; mais, sur ma parole, je ne puis m'en empêcher.
SIR PÉTRUS
Oh! ne vous gênez pas par considération pour moi; donnez libre carrière à votre gaieté, cela ne me blesse pas le moins du monde! Je ris moi-même de toute cette histoire. Oui, oui, à mon avis, il n’y a pas pour un homme de position plus agréable que de se voir la risée de toutes ses connaissances. Oh, oui ; et quel plaisir, le matin, de lire dans les journaux un paragraphe relatif
à M. S lady A et sir P Ce sera charmant! Je veux
demain sans faute quitter Londres, et ne plus jamais regarder les gens en face.
ROLLET
Sérieusement, sir Pétrus, méprisez, croyez -moi, la moquerie des sots. Mais je vois lady Âigremont qui passe dans la pièce voisine; — je suis persuadé que vous désirez aussi ardemment qu’elle une réconciliation.
SIR OLIVIER
Peut-être que ç’est ma présence qui l’empêche de venir auprès de vous. Allons, je laisse l’honnête Rollet interposer entre vous ses bons offices et vous servir de médiateur; mais il faut que tout-à-l'heure il vous amène chez monsieur Surface, où je retourne maintenant, sinon pour ramener au bien un mauvais sujet, du moins pour démasquer un hypocrite.
SIR PÉTRUS
J 'assisterai de grand cœur là-bas à votre reconnaissance, quoique ce soit pour les reconnaissances un lieu qui porte malheur.
ROLLET
Nous allons vous suivre.
Sir Olivier sorl.
SIR PÉTRUS
Vous voyez, Rollet, elle ne vient pas de ce côté.
ROLLET
Non ; mais vous pouvez voir qu'elle a laissée ouverte la porte de la pièce dans laquelle elle est entrée. Voyez, elle est tout en larmes.
SIR PÉTRUS
Certainement, un peu de mortification ne messied pas dans
une épouse. Ne pensez-vous pas qu’il serait salutaire pour elle
de la laisser s'affliger quelque temps ?
ROLLET
Oh t ce serait généreui à vous.
SIR PÉTRUS
Ma foi, je ne sais trop à quelle pensée m’arrêter. Vous vous rappelez la lettre que j’ai surprise, écrite de sa main, et évidemment adressée à Charles?
ROLLET
Cette lettre était fausse, sir Pétrus, et c est à dessein qu’on l'a fait tomber entre vos mains. C’est là l’un des points sur lesquels le témoignage de Vipère vous donnera, je l’espère, une conviction complète.
Je voudrais être fixé sur ce point-là. Elle regarde de ce côté-ci. Ouel air de tête admirable elle a ! — Rollet, je vais l’aborder.
ROLLET
Certainement.
SIR PÉTRUS
Et cependant, quand on nous saura réconciliés, on rira dix fois plus à mes dépens.
ROLLET
Laissez-les rire, et ne répondez à leur malice qu’en leur faisant voir que vous êtes heureux en dépit d’eui.
SIR PÉTRUS
Parbleu ! c’est ce que je ferai ! Et si je ne m’abuse, nous pouvons être encore le plus heureux couple du comté.
ROLLET
Oui, sir Pétrus, l’homme qui écarte de son esprit la défiance et le soupçon —
SIR PÉTRUS
Arrêtez, maître Rollet I Si vous avez quelque amitié pour mai. que je ne vous entende jamais débiter rien qui ressemble à une maxime de morale. J’en ai eu assez pour me servir le reste de mes jours.
Ils sortent.