‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 287 sur 357 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

CROUTON.

Comment cela ?

JAUCE.

J’avais entrepris de fournir un régiment de poudre à poudrer.

CROUTON.

De poudre à poudrer! Et vous leur avez sans doute envoyé de la farine?

JAUGE

De la farine! Non, non, je n’aurais rien gagné à ce commercelà ; j’ai été à la source, à la plàtrière, et je leur ai fourni une abondante quantité de chaux.

CROUTON.

Quoi ! de la chaux à mortier?

JAUGE

Oui, de la chaux à mortier.

CROUTON.

La supercherie n’a pas tardé sans doute à être découverte ?

JAUGE

Au commencement, la chose a parfaitement réussi ; tant qu’il a fait beau, tout a été on ne peut mieux ; mais un jour de manœuvre, le régiment ayant été surpris par une averse, on vit une fumée épaisse s’élever dans tous les rangs; toutes les têtes prirent feu, et avant qu’on fût de retour au camp, les soldats n'avaient pas plus de cheveux que sur ma main.

CROUTON.

Voilà un accident bien malencontreux.

JAUGE

Oui, ce jour-là j’ai frisé de près la potence ; mais je m’excusai en disant qu’auparavant ces messieurs ressemblaient à des conscrits, tandis que maintenant, ils avaient l’air de vétérans vieillis au service.

CROUTON.

Vous avez sans doute perdu votre fourniture?

JAUGE

Oui ; mais je ne tardai pas à m’en procurer une autre ; je souscrivis l’entreprise de la barbe d'une compagnie de grenadiers.

CROUTON.

Je ne vous savais pas ce talent.

JAUGE

Je n’ai de ma vie manié un rasoir; je rase par procureur ; j’ai engagé les services de Samuel Lafaucille, que j’ai fait venir exprès de Londres. C’est lui qui a la main habile! il vous manie

(10 LE CAMP

un rasoir comme une faux; il tous rasera tout un régiment dans ie temps nécessaire pour battre le réveil.

CROUTON.

En conscience, c’est fort agréable de travailler ainsi par l’intermédiaire des autres. Je ne serais pas fâché moi-même d’exécuter quelques travaux par procureur.

JAUGE

Mais voyons, que vous semble de manger un morceau, de goûter le vin de mon ami Bouillard, et de boire à la santé de sa majesté?

CROUTON.

Volontiers ; je suis prêt, s’il le faut, à boire la santé des deux camps.

JAUGE. '

Et quels sont les deux camps dontvous voulex parler?

CROUTON.

Celui de Coxheath, et celui de Drury-Lanc.

Ils s’éloignent.

Une plaine A proximité du camp.

Arrivent DEUX PAYSANS.

PREMIER PAYSAN

Je te dis que je veux absolument m’engager; j’y suis résolu.

/ DEUXIÈME PAYSAN

Bien, bien, je ne dis plus rien.

PREMIER PAYSAN

D’ailleurs, le camp est à deux pas ; je n’aurai de long-temps une aussi bonne occasion.

DEUXIÈME PAYSAN

Allons, tout est pour le mieux. Moi, si je m’engageais, je voudrais entrer dans un régiment de cavalerie ; il en est arrivé un véritablement superbe. J’ai vu deux des officiers qui avaient la plus belle mine du monde; ils étaient vêtus d’une manière différente de tous les autres ; la veste est à peu près la même; mais ils portent une espèce de jupon avec un grand chapeau surmonté de plumes, et une immense quantité de cheveux. Ils appartiennent sans doute aux troupes étrangères, aux régimens Hessois par exemple.

PREMIER PAYSAN

C’est probable. Voici le sergent qui vient. Parbleu, quand il

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