TOUS DEUX
C est une musique charmante,
LE SERGENT
Fort bien répondu , sur ma foi ;
' ous êtes les soldats du roi.
LE CHOEUR
Fort bien répondu , sur ma foi ;
Nous sommes les soldats du roi.
Hourra ! hourra 1 bourra 1
Arrive NELLY.
NELLY
Bravo, mes enfans ! je suis enchantée de voir tant de gens de cœur dans le pays. — Vous m’avez dit, sergent, qu’un de yos conscrits me connaît.
Oui, Nelly; c’est un jeune homme du comté de Suffolk. Où est le conscrit de Suffolk? C’est ainsi que nous l’appelons. Oh! le voici!
Arrive NINETTE sous l’habit de soldat.
NINETTE
Eh bien! sergent, vous pensiez déjà m’avoir perdu, n’cst-ce pas? \ oulez-vous me laisser une minute avec Nelly ?
LE SERGENT
De tout mon cœur. - (Aux conscrits.) Venez, mes enfans,
414 LE CAMP
suivez-moi à l'enseigne du Cœur de chêne; nous y boirons à la santé de sa majesté.
Ils s'éloignent en chanlanl :
Fort bien répondu, surma foi;
Nous sommes les soldats du roi.
Hourra ! hourra ! hourra 1
NINETTE
Comment donc, Nelly, est-ce que tu ne me reconnais pas?
NELLY
Si je te reconnais? je ne sais vraiment si je dois dire oui ou non. — Est-il possible 1 — sûrement je n’ai pas la berlue. — C’est bien Ninette Granger que je vois.
NINETTE
C’est elle-même, ma chère Nelly, c’est elle qui t’embrasse, pénétrée de la plus vive gratitude pour les preuves de bienveillance et d’amitié que tu lui as données.
NELLT.
Ma chère enfant! — Mais, diantre ! il faut que je prenne soin de ma réputation. Au nom du ciel, qui t’amène ici, et pourquoi ce costume, mon enfant?
NINETTE
Peux-tu me faire cette question, Nelly? Tu n’ignores pas l’amour qui nous lie, William et moi; quelques jours encore, et nous allions être à jamais unis, quand le cruel destin nous a séparés. Le régiment ayant reçu l’ordre immédiat de marcher, il ne m’est resté d’autre ressource que de m’enfuir de la maison de mon père; j’empruntai les vêtemens de l’un des fils de notre voisin, et ce même amour qui m’a conduite à renoncer aux attributs de mon sexe, me soutient au milieu des plus rudes épreuves. Heureusement, sur ma route, j'ai rencontré le sergent qui, sur ma demande, m’a enrôlée et équipée comme tu vois... Qu’en dis-tu, Nelly ? Est-ce que mon costume ne me va pas bien?
NELLY
A merveille. Tu fais un fort joli soldat.
NINETTE
Je n’ai pas tout-à-fait la taille; mais quand il s’agira de combattre, si je ne me trompe, je ferai plus de besogne que ceux qui ont la stature plus haute et la voix plus forte. Mais dis-moi, ma chère Nelly, où est William? Il me tarde de le voir : parle-t-il quelquefois de sa pauvre Ninette? 11 n’est pas devenu infidèle, sans doute?
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