ACTE I, SCÈNE II
NELLY
A dire vrai, Ninette, j’ai des doutes à cet égard.
MINETTE
Juste ciel! est-il possible?
NELLY
Ah ! mon pauvre petit soldat, ce que j'en ai dit n'était que pour éprouver ton affection. Ton William est fidèle et digne de ton amour.
NINETTE
Tu m’as causé une frayeur plus grande que n'aurait pu faire toute une armée de Français.
Elle chante.
Le jour où des combats la trompette sonore Entraîna William loin de moi ,
Me réveillant avant l’aurore ,
Je pleurai , le cœur plein de tristesse et d’effroi.
Par ta cruelle indifférence ,
Pourquoi , malheureuse , pourquoi Ainsi rebuter sa constance ,
Et le bannir d’auprès de loi ?
Mais comme la colombe , en ma douleur muette ,
Je ne veux pas gémir toujours ;
Avant lo chant de l’alouette,
Demain , je veux aller rejoindre mes amours.
Parmi les foudres de la guerre ,
Affrontant le glaive ennemi,
Oui , fût-il au bout de la terre ,
J’irai chercher mon doux ami.
NELLY
Mais réfléchis, ma chère enfant; crois-tu que tu pourras supporter gaiement les fatigues de la guerre et ne pas regretter le bien-être que tu as quitté?
NINETTE
Oh! je l’aime; il faut que j’obéisse au sentiment de l’amour, tout en regrettant les obstacles que nous rencontrons.
NELLY
Des obstacles! épouse-le au son du tambour, et tous les obstacles seront aplanis.
Elle chante.
Ce qu'à l’enfant dont on raffole D’une mère charmante idole ,
On peut souhaiter de meilleur ,
C’est un époux au cœur de flamme,
LE CAMP
Qui l’aime de toute son ime ,
Et qu'elle aime de tout son cœur.
Par maint baiser suave et tendre ,
Maint propos qu’il est doux d’entendre,
Flattant sou cœur émerveillé ,
Ou bien caressant son oreille ,
Tous les matins elle l’éveille ,
Tous les soirs le tient éveillé.
Au nom d’amour une orgueilleuse Fait quelquefois la dédaigneuse.
Mais dans un secret entretien Avec celui qu’elle préfère ,
La plus revêche et la plus fière ,
Allez , s’en dédommage bien.
On a beau faire , on a beau dire ,
Ici-baé tout ce qui respire Relève du Dieu des amours ;
Et quoi qu’en dise la vieillesse.
C'est lui qui fait de la jeunesse Un printemps tissu de beaux jours.
Allons, ma chère Ninette, il faut tâcher de quitter ce costume le plus tôt possible. Écoute, il y a ici dans le camp de belles dames qui ont daigné me remarquer; je ferai en sorte de te présenter à elles, et il est possible qu’elles te soient fort utiles. En attendant, si tu venais par hasard à rencontrer William, aie soin de ne pas te découvrir à lui. — Chut ! voici le sergent.
Arrive LE SERGENT.
Eh bien, Nelly, qu'est-ce que cela veut dire? Votre conversation a été bien longue; je commençais à craindre qjue vous n’eussiez décampé avec ma nouvelle recrue.
NELLY
Oh! il n’y a pas de danger, sergent; ce soldat-là ne me conviendrait pas. Comment fait-il l’exercice ?
LE SERGENT
Avec beaucoup d'aplomb, je vous assure. Voyons, jeunehomme, donnez-lui-en la preuve.
Il commande l'exercice à Ninelte, qni exécute tous les mouvemens avec beaucoup de précision.
NELLY
C’est, en vérité, fort bien ; je vous serai obligée, sergent, d’avoir pour lui, à ma considération, tous les égards possibles.