‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 298 sur 357 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

CROUTON.

Et puis le parc d'artillerie; je n’en viendrai jamais à bout. Que le diable le brûle, le parc d'artillerie !

LF. SERGENT.

Le scélérat! il veut brûler le parc d’artillerie.

CROUTON.

Allons, ce camp est plus facile à croquer que je ne le pensais.

LE SERGENT

Tu crois, coquin? tu verras qu’il n’en est rien ! O quelle dé couverte providentielle !

CROUTON.

Assurément, cela va singulièrement plaire au public, et cet hiver nous allons surprendre agréablement sa majesté.

LE SERGENT

O le scélérat! qu'on l’arrête sur-le-champ. — ( S'approchant de Croûton.) Drôle, tu es un homme mort si tu bouges; nous t’arrêtons comme espion.

' CROUTON.

Comme espion , — allons donc ; allez-vous-en et laissez-moi tranquille.

LE SERGENT

Garrottez-le, et bandez-lui les yeux s’il résiste.

DEUXIÈME PAYSAN

Oui, bandons-lui les yeux, et fouillons-le; ses poches doivent être pleines de poudre, d’amadou et de briquets.

CROUTON.

Mille bombes ! que me voulez-vous ?

PREMIER PAYSAN

Garrottez-le fortement.

CROUTON.

Je vois venir par ici des dames qui me connaissent; ce sont lady Sarah Pompon et lady Panache, qui étaient dernièrement à la fête champêtre, et qui peuvent répondre de moi.

LE SERGENT

Scélérat, tes papiers prouvent que tu es un espion envoyé par le prétendant.

CROUTON.

Mon Dieu ! mon Dieu ! je n'ai vu ce brave homme de ma vie.

LE SERGENT

Misérable! ne disais-tu pas tout-à-l’hcurc que le camp est plus facile à croquer que tu ne l’avais pensé?

LE CAMP

DEUXIÈME PAYSAN

Oui, nie cela, si tu l’oses.

LE SERGENT

N’as-tu pas ajouté que tu comptais brûler l'artillerie, et surprendre sa majesté? — Allons, voyons, tu ferais mieux d’avouer avant d’étre pendu.

CROUTON.

Pendu comme espion? — Ma foi, me voilà dans une jolie passe !

LE SERGENT

Emmcnons-le ; mais auparavant, qu’on lui bande les yeux; il faut que le scélérat cesse pour jamais d’y voir.

CROUTON.

Ëcoutez-moi, monsieur le soldat, ou monsieur le sergent, ou tout autre nom qu’il faille vous donner, je vous jure sur mon âme que je ne suis autre chose qu’un peintre irlandais, employé par monsieur Lanternbcrg.

LE SERGENT

Vous le voyez, il avoue lui-môme qu’il est étranger, et employé par le maréchal Lanternberg.

DEUXIÈME PAYSAN

Oh ! son langage même l'accuse ; on voit rien qu’à sa prononciation qu’il est étranger.

PREMIER PAYSAN

Emmenons-le ; il me tarde de le voir pendre.

CROUTON.

Mort de ma vie! si je suis pendu, que vont devenir le théâtre et le directeur? — Que le diable vous écorche tous, tas de marauds que vous êtes!

Ils l'en irai nent.

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