ACTE II, SCÈNE II
SIR WALTER RALEIGH et SIR CHRISTOPHE UATTON s’avaucent sur la scène.
SIR CHRISTOPHE
Il est vrai , cher Raleigh.—
Comment ! ils causaient donc déjà avant d’arriver?
POUF
Oui, chemin faisant. — (Aux acteurs.) Vous voudrez bien m'excuser, messieurs ; ces messieurs sont mes amis ; leurs observations pourront nous être utiles. — [A Mordant et à Desloges.) Messieurs, ne vous faites pas faute de les interrompre quand quelque chose vous frappera.
sir cnRiSTOPHF, , reprenant.
Il est vrai , cher Raleigh. Cependant permets-moi.
Appui de ton pays , et soutien de ton roi ,
Permets-moi de te faire une demande encore ,
Et daigne m’éclairer sur un point que j’ignore.
Et je ne conçois pas par quel enchantement J’oubliais jusqu’ici ce grand événement.
La main des dieux sur moi si long-temps suspendue Semble ôter le bandeau qu'ils mettaient sur ma vue.
Pourquoi dans nos remparts tous ces chefs rassemblés?
Pourquoi sous leurs drapeaux ces soldats rappelés?
MORDANT
Monsieur Pouf, comment sc fait-il que sir Christophe Hatton ne lui ait pas fait cette question depuis long- temps?
POUF
Quand cela ? avant que la pièce commençât? Comment diable l'aurait-il pu ?
DESLOGES
11 a raison, ma foi.
Mais écoutez-le lui-même s’expliquer à ce sujet.
SIR CHRISTOPHE
Noble ami, quand je vois dans la plaine tremblante D'innombrables soldats abrités sous la tente ;
Quand j’entends, se mêlant à la voix des guerriers,
Résonner la trompette et hennir les coursiers ;
Enfin lorsque je vois , de pied en cap armée ,
La reine se montrer à la foule charmée;
Quand tout ce que j'entends et tout ce que je voi Semble annoncer la guerre , ami , pardonne-moi D'un doute si hardi la singulière audace,
Mais il me semble enfin qu’un danger nous menace.
MORDANT
Voilà une conjecture bien réservée.
POUF
Oui, c’est là son caractère; quand il exprime une opinion, c’est avec pleine connaissance de cause. Continuons.
SIR W. RALEIGH
Eh bien 1 mon cher Christophe, —
POUF
Il l’appelle par son nom de baptême, pour montrer qu’ils sont sur le pied de la plus complète intimité.
sm w. RALEICB.
Eh bien ! mon cher Christophe , apprends la vérité.
Je vois que rien n’échappe à ta sagacité ,
Et que dans le passé , qu'un voile épais recouvre ,
A tes regards perçans l’avenir se découvre.
POUF
Style figuré!
SIR W. IULEICU.
Ta crainte est juste , ami ; l’État est en péril.
StR CHRISTOPHE.
Où ? Depuis quand ? Comment 1 Ce danger, quel est-il î
SIR W. RALEIGH
Je m’en vais satisfaire à ton impatience ;
Entends-moi donc , ami. Tu sais que l’astre -immense ,
L’astre qui nous mesure et les nuits et les jours ,
Par deux fois de l’année a parcouru le cours ,
Et la lune trois fois achevé sa carrière Depuis que , menaçant la superbe Angleterre,
Philippe contre nous arma tout son pouvoir.
SIR CHRISTOPHE
Je le sais.
SIR W. RALEIGH
Et tu sais , ou du moins dois savoir Que Philippe est le roi qili règne en Ibérie.
SIR CHRISTOPHE
C’est connu.
SIR W. RALEIGH
Ses sujets pleins de bigoterie ,
Sont catholiques. Mous, nous sommes protestans.
SIR CHRISTOPHE
Protestans. Je le sais.
SIR W. RALEIGH
Tu sais en même temps , Ami , que l'Armada , cette flotte terrible,
Par le pape , en naissant, baptisée invincible, Dans l’espoir d’envahir nos rivages surpris, —