ACTE III , SCÈNE IV
Entre UN DOMESTIQUE.
f.F. DOMESTIQUE.
Monsieur, sir Lucius Tête-Chaude demande à vous parler. DELACRE.
Faites entrer.
Le domestique sort.
Entre SIR LUCIUS.
SIR LUCIUS
Monsieur Dclûcrc, je suis charmé de tous voir.
Mon cher Lucius, je vous baise les mains.
SIR LUCIUS
Puis je savoir, mon cher, quel motif vous a si soudainement amené à Bath ?
DELACRE.
Ma foi , j’ai suivi les feux follets de Cupidon , et j’ai fini par me trouver embourbé dans une fondrière. — En somme, j’ai été déloyalement traité, sir Lucius. Je ne crois pas devoir vous nommer les personnes, mais tenez pour certain que j’ai été déloyalement traité.
SIR LUCIUS
Dites-moi, je vous prie, à quel sujet? — Je ne vous demande pas les noms.
DELACRE.
Écoutez-moi, sir Lucius; je deviens amoureux autant qu'on peut l’être d’une jeune personne. — J’ai pour moi sa famille. — Je la suis à Bath , — je l'envoie prévenir de mon arrivée: et reçois pour réponse que la main de la demoiselle est destinée à un autre. Voilà, sir Lucius, ce que j’appelle un traitement peu loyal.
SIR LUCIUS
Très-peu loyal, en conscience l — Dites-moi, pouvez-vous en deviner la cause?
DELACRE* t
Voilà le fait : un autre lui fait la cour; un certain Bévcrley, qui, m’a-t-on dit, est maintenant à Bath. Calomnies et mensonges de Dieu ! sans nul doute c'est lui qui est au fond de tout cela.
sia Lucius.
Comment, il y a un rival, et vous le soupçonnez d’avoir agi déloyalement?
DELACRE.
Déloyalement? j'en suis sûr. Jamais il n’en serait venu à bout par des moyens loyaux.
SIR LUCIUS
Et vous savez sans doute la conduite que vous devez tenir en cette circonstance ?
DELACRE.
Je n’en sais rien, sur mon âme !
SIR LUCIUS
Nous n’avons point d’épée ici ; mais vous m’entendez? DELACRE.
Quoi! me battre avec lui?
SIR LUCIUS
Assurément : c’est ce que je veux dire.
DELACRE.
Niais il ne m’a fait aucune espèce de provocation.
SIR LUCIUS
A mon avis, il vous a fait la plus grande provocation possible. Deux hommes peuvent-ils s’offenser d’une manière plus grave qu’en s’amourachant de la même femme? Sur mon âme, c est la trahison la plus déloyale qu’un ami puisse commettre.
La trahison la plus déloyale! oui, certes. Mais je ne connais même pas cet homme; je ne l’ai vu de ma vie.
SIR LUCIUS
Ce n’est pas une raison , — Il n’est qué plus impardonnable de prendre avec nous de telles libertés.
. DELACRE.
C’est ma foi vrai. — La moutarde me monte au nez, sir Lucius!— Je commence à m’échauffer; poignées et lames de Dieu!
Je vois maintenant qu’un homme peut avoir une ample provision de courage, et ne pas même s'en douter. — Mais ne serait-il pas possible d'arranger les choses de manière à ce que j’eusse un peu de bon droit de mon côté ?
SIR LUCIUS
Qu'importe le bon droit quand il s’agit de votre honneur? Croyez-vous qu'Achille ou le petit Alexandre le Grand se soient