‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 41 sur 357 · ACTE III , SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE IV

jamais informés de quel côté était le bon droit? Non, sur mon âme; ils tiraient du fourreau leurs larges épées, et laissaient aux oisifs enfans de la paix le soin de discuter la justice de : leurs guerres.

DELACRE.

Jos paroles font à mon oreille l'effet d'une marche militaire ! Il faut que le courage soit contagieux 1 II est certain que je sens s'élever en moi une sorte de valeur, eomme qui dirait, — une espèce de courage qui, si j’ose le dire, — pierre à fusil, bassinet et batterie de Dieu! je vais sur-le-champ lui envoyer un cartel.

* . *t. SIR LUCIUS.

Ah! mon petit ami! si nous étions à mon château de Mousquetonville, je vous montrerais une rangée â fournir toute une galerie, des grands hommes de la race des Tètes-Chaudes, parmi lesquels il n’en est pas un qui n'ait tué son homme! — Quoique le château et les terres que je méprise soient sortis de mes mains, Dieu merci, notre honneur et les portraits de la famille ont conservé toute leur fraîcheur.

‘ „ DELACRE.

Oh! sir Lucius, j’eus des ancêtres aussi, — dont chacun était colonel ou capitaine dans la milice! — Canons et balles de Dieu! n’ajoutez plus rien,vt; j’y suis résolu. Le tonnerre de vos paroles a fait tourner dans mon cœur le lait de ma douceur naturelle. Par la sangbleu! comme le personnage de la comédie, il n’est rien dont je ne me sente capable.

- -1 SIR LUCIUS

Allons, allons, dans ces sortes d'affaires, la colère n’est point de mise; elles doivent toujours se faire poliment.

DELACRE.

Il faut que je sois en colère, sir Lucius , — il faut que je sois en fureur; — mon cher sir Lucius, si vous m’aimez, laissez-moi entrer en fureur. Allons, voilà une plume et du papier. ( Il s'assied. ) Je voudrais que l’encre fût rouge ! — Dictez, vous dis-je, dictez ! — Par quoi commencerai-je ? balles et lames de Dieu • , »£n tout cas, je veux que mon écriture soit nette et hardie.

SIR LUCIUS

Calmez-vous, je vous prie.

Il s'assied.

DELACRE.

Voyons, dois-je débuter par un jurement? Sir Lucius, laissczmoi commencer par un Dieu vous damne.

SIR LUCIUS

Allons, faites les choses décemment et comme un chrétien doit les faire. Commencez maintenant. — A/ons»'eur,

DELACRE.

C'est trop civil de moitié. .

SIR LUCIUS

Pour empêcher la confusion qui pourrait résulter —

DELACRE.

Rien.

SIR LUCIUS

De la présentation de nos hommages à la même femme —

DELACRE.

Oui, c'est là le motif; d la même femme, — bien —

SIR LUCIUS

Je vous invite à m'honorer de votre compagnie. —

DELACRE.

Diable! mais ce n’est pas une invitation à dîner que je veux lui adresser.

SIR LUCIUS. # k

Soyez tranquille, je vous prie.

DELACRE.

Eh bien donc, m'honorer de votre compagnie. — Compagnie s'écrit-il par un c ou par un k?

SIR LUCIUS. A

Pour régler nos prétentions. —

DELACRE.

Bien.

SIR LUCIUS

Voyons un peu, — oui, le Pré Royal fera l’affaire ; — je vous attends, — au Pré Royal.

x DELACRE.

Voilà qui est fait. Je vais plier la lettre; et je la scellerai du cachet de mes armes, une main tenant un poignard.

SIR LUCIUS

Vous le voyez, grâce à cette petite explication, il n’y aura plus entre vous ni méprise ni mésintelligence possible.

DELACRE.

C’est cela, nous nous battrons pour éloigner entre nous toute cause de mésintelligence.

SIR LUCIUS

Maintenant, je vous laisse fixer vous-méme l’époque du cem-

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