‹ Œuvres de Shéridan traduitesChapitre 47 sur 357 · ACTE IV, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II

MISTIUSS BÉVUE.

Point de comparaisons, s’il vous plaît, mademoiselle; les comparaisons ne conviennent pas à une jeune personne. Certes ! le capitaine Absolu est un très-beau cavalier.

Lydie , à part.

Oui, le capitaine Absolu que vous avez vu.

MISTIUSS BÉVUE.

Et puis, il a si bon ton ; — il est si plein d’alacrité et d’adulation *. Il sait si bien s’exprimer, et en si beau langage. Sa physionomie est si grammaticale2; son déportement® est si noble. Je proteste que lorsque je l’ai vu, je me suis rappelé le passage d’Hamlct : « La chevelure bouclée d’IIesperion 4, le front de Jupiter lui-même, l’œil d’avril5, où se peint le commandement ou la menace, le port de Mercure, le métayer® céleste, alors qu’il vient déposer le pied sur yne cime qui , » — ici il est question de baisers et de nuages7: quoi qu’il en soit, la ressemblance m’a frappée à l’instant même.

. lydie t à part.

Dans quelle fureur elle va être, quand elle découvrira sa méprise 1

^ Entre UN DOMESTIQUE.

Madame, sir Antony Absolu et le capitaine Absolu sont en bas.

MiSTRISS BÉVUE.

Faitcs-les monter.

Xe domestique sort.

mistriss bévue, continuant.

Maintenant, Lydie, j’exige que vous vous comportiez comme il convient à une jeune personne. Si vous avez oublié votre devoir, montrez du moins le respect des bienséances.

LYDIE

Madame, Je vous ai fait connaître ma résolution; — non seulement je ne veux lui donner aucun espoir; je ne veux même ni lui parler ni le regarder.

Elle se jette dans un fauteuil , le dos tourne à la porte.

Entrent SIR ANTONY cl LE CAPITAINE ABSOLU.

SIR ANTON Y

Nous voici, mistriss Bévue ; nous venons désarmer les dédains

’ Si plein d'affabilité et do politesse. — * Si expressive. — * Son port. — * D'Hypérion. — * De Mars. — • Le messager. — 1 Alors qu’il vient de poser le pied sur une cime qui baise les nuages. Suaksteare , Uamlet acte 1U, seine lv.

6fi * LES RIVAUX.

d'une beauté inflexible ; — et ce n’est pas sans peine que j’ai pu amener ee drôle. Je ne sais ce que cela veut dire; mais si je ne l’avais pas retenu par force, il m’aurait échappé.

MISTR1SS BÉVUE.

Cette affaire, sir Antony, vous a donné bien des tracas. Je rougis pour celle qui en est cause. — ( Bas A Lydie.) Lydie, Lydie, levez-vous, je vous prie ! Présentez vos civilités.

SIR ANTONY

J’espère; madame, que miss Langueur a réfléchi au mérite de ce cavalier, et qu’elle apprécie comme elle le doit, le choix de sa tante, et mon alliance. — ( Bas au Capitaine .) Maintenant, Jack, parle-lui.

le capitaine, à part.

Que diable faut-il que je fasse? — {Haut.) Vous voyez, mon père, qu’elle ne daigne pas, même en votre présence, jeter les yeux sur moi ; je savais qu’il en serait ainsi I — Je vous l’ai dit.

— Je vous en supplie, mon père, sortons.

Il parle bas à son père ; scs gestes annoncent qu'K lui Tait les plus vives instances.

SIR ANTONY

Je te déclare que jusqu’à nouvel ordre je ne veux pas bouger ; d’un pas.

Je suis désolée de vous dire, sir Antony, que mon influence sur ma nièce est bien faible. — ( Bas d Lydie.) Tournez-vous, Lydie ; je rougis pour vous.

SIR ANTONY

Puis-je espérer que miss Langueur voudra bien nous faire connaître les motifs dç sa répugnance pour mon fils? — ( Bas au Car pitaine.) Pourquoi ne dis-tu rien, Jack? Parle, imbécile, — parle 1

HISTRISS RÉVUE.

Il est impossible, sir Antony, qu’elle "en ait aucune. Elle ne me démentira pas. — {Bas à Lydie.) Répondez, drôlesse ! pourquoi ne répondez-vous pas ?

SIR ANTONY

Cela étant, madame, je pense qu’une prédilection enfantine et irréfléchie ne mettra point obstacle au bonheur de Jack. — {Bas au Capitaine.) Eh bien ! maraud, pourquoi ne parles-tu pas? le capitaine, s’avançant*

Hum! hum! mademoiselle, — hum! (Après avoir fait pour parler d’inutiles efforts , il retourne prendre sa place auprès de sir Antony.) Ma foi! je suis tellement troublé, — mes idéçs

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