ACTE IV, SCENE II
MISTIUSS BÉVUE.
Point de comparaisons, s’il vous plaît, mademoiselle; les comparaisons ne conviennent pas à une jeune personne. Certes ! le capitaine Absolu est un très-beau cavalier.
Lydie , à part.
Oui, le capitaine Absolu que vous avez vu.
MISTIUSS BÉVUE.
Et puis, il a si bon ton ; — il est si plein d’alacrité et d’adulation *. Il sait si bien s’exprimer, et en si beau langage. Sa physionomie est si grammaticale2; son déportement® est si noble. Je proteste que lorsque je l’ai vu, je me suis rappelé le passage d’Hamlct : « La chevelure bouclée d’IIesperion 4, le front de Jupiter lui-même, l’œil d’avril5, où se peint le commandement ou la menace, le port de Mercure, le métayer® céleste, alors qu’il vient déposer le pied sur yne cime qui , » — ici il est question de baisers et de nuages7: quoi qu’il en soit, la ressemblance m’a frappée à l’instant même.
. lydie t à part.
Dans quelle fureur elle va être, quand elle découvrira sa méprise 1
^ Entre UN DOMESTIQUE.
Madame, sir Antony Absolu et le capitaine Absolu sont en bas.
MiSTRISS BÉVUE.
Faitcs-les monter.
Xe domestique sort.
mistriss bévue, continuant.
Maintenant, Lydie, j’exige que vous vous comportiez comme il convient à une jeune personne. Si vous avez oublié votre devoir, montrez du moins le respect des bienséances.
LYDIE
Madame, Je vous ai fait connaître ma résolution; — non seulement je ne veux lui donner aucun espoir; je ne veux même ni lui parler ni le regarder.
Elle se jette dans un fauteuil , le dos tourne à la porte.
Entrent SIR ANTONY cl LE CAPITAINE ABSOLU.
SIR ANTON Y
Nous voici, mistriss Bévue ; nous venons désarmer les dédains
’ Si plein d'affabilité et do politesse. — * Si expressive. — * Son port. — * D'Hypérion. — * De Mars. — • Le messager. — 1 Alors qu’il vient de poser le pied sur une cime qui baise les nuages. Suaksteare , Uamlet acte 1U, seine lv.
6fi * LES RIVAUX.
d'une beauté inflexible ; — et ce n’est pas sans peine que j’ai pu amener ee drôle. Je ne sais ce que cela veut dire; mais si je ne l’avais pas retenu par force, il m’aurait échappé.
MISTR1SS BÉVUE.
Cette affaire, sir Antony, vous a donné bien des tracas. Je rougis pour celle qui en est cause. — ( Bas A Lydie.) Lydie, Lydie, levez-vous, je vous prie ! Présentez vos civilités.
SIR ANTONY
J’espère; madame, que miss Langueur a réfléchi au mérite de ce cavalier, et qu’elle apprécie comme elle le doit, le choix de sa tante, et mon alliance. — ( Bas au Capitaine .) Maintenant, Jack, parle-lui.
le capitaine, à part.
Que diable faut-il que je fasse? — {Haut.) Vous voyez, mon père, qu’elle ne daigne pas, même en votre présence, jeter les yeux sur moi ; je savais qu’il en serait ainsi I — Je vous l’ai dit.
— Je vous en supplie, mon père, sortons.
Il parle bas à son père ; scs gestes annoncent qu'K lui Tait les plus vives instances.
SIR ANTONY
Je te déclare que jusqu’à nouvel ordre je ne veux pas bouger ; d’un pas.
Je suis désolée de vous dire, sir Antony, que mon influence sur ma nièce est bien faible. — ( Bas d Lydie.) Tournez-vous, Lydie ; je rougis pour vous.
SIR ANTONY
Puis-je espérer que miss Langueur voudra bien nous faire connaître les motifs dç sa répugnance pour mon fils? — ( Bas au Car pitaine.) Pourquoi ne dis-tu rien, Jack? Parle, imbécile, — parle 1
HISTRISS RÉVUE.
Il est impossible, sir Antony, qu’elle "en ait aucune. Elle ne me démentira pas. — {Bas à Lydie.) Répondez, drôlesse ! pourquoi ne répondez-vous pas ?
SIR ANTONY
Cela étant, madame, je pense qu’une prédilection enfantine et irréfléchie ne mettra point obstacle au bonheur de Jack. — {Bas au Capitaine.) Eh bien ! maraud, pourquoi ne parles-tu pas? le capitaine, s’avançant*
Hum! hum! mademoiselle, — hum! (Après avoir fait pour parler d’inutiles efforts , il retourne prendre sa place auprès de sir Antony.) Ma foi! je suis tellement troublé, — mes idéçs