ACTE V, SCÈNE III
M1STH1SS DÉVUE.
Mais, barbare Vandyke1, ces lettres sont de moi. Quand vous aurez plus de gratitude pour mes bontés, peut-être consentiraije à encourager vos hommages.
SIR LUCIUS
Mistriss Bévue, je suis on ne peut plus sensible à votre cou-' descendance ; que ce tour m’ait été joué par Lydie ou par vous, je vous en ai la même reconnaissance. — Et pour vous montrer que je ne suis pas ingrat, capitaine Absolu, puisque vous m’avez enlevé mademoiselle, je vous donne ma Délia par-dessus le marché.
LE CAPITAINE
Je vous suis fort obligé, sir Lucius ; mais ( montrant Delâcre) voici mon ami, Robert le Bretteur, qui est disponible.
SIR LUCIUS
Ah ! mon petit Lavalëur, — tenez, voulez-vous faire un coup de fortune?
DELACRE.
Rides de Dieu ! non. — Mais donnez-moi votre main , sir Lucius ; pardonnez et oubliez : quoi qu’il en soit, si jamais je vous donne de nouveau l’occasion de m’embaumer, dites que Robert Delâcre est un sot ; voilà tout.
SIR ANTONY
Allons, mistriss Bévue, ne vous désespérez pas, — vous êtes encore dans votre fraîcheur.
O sir Antony ! les hommes sont tous des barbares !
Tous s'écartent à quelque distance , à l'exception de Jolie et de Faulkland.
Il a l'air non morose et chagrin, mais abattu et malheureui. — Toutefois, le conte qu’il m’a débité n’était pas tout-à-fait dénué de fondement. — O femme! combien ton jugement devrait être ferme et sûr, alors que tu es si faible de résolution !
faulkland.
Julie ! — comment oserai-je implorer ce que je mérite si peu ? Je n’ose me flatter, — cependant l’espérance est fille du repentir.
JULIE
O Faulkland! le traitement cruel que vous m’avez infligé n’est pas plus coupable que l’impuissance que j'éprouve d’en conserver du ressentiment. Comme en interrogeant mon cœur je mets franchement ma faiblesse sur le compte de l’amour , il
Tüidxle.
serait peu généreux à moi de ne pas admettre pour ia vôtre la môme excuse. Sir Anlonv s'avance et vient se placer entre eux.
FAULKLAND.
Pour moi maintenant va luire un bonheur ineffable.
S1U ANTON v.
Qu’est-ce qu’il y a donc ici î — Allons, je suis sûr que vous aussi, vous avez été en querelle. — Allons, Julie, jusqu’à présent je m’étais abstenu d'intervenir ; mais je vois bien qu’il faut à la fin que je m’en mêle. — Tous les torts que j’ai vus à mon ami Faulkland m’ont semblé provenir de ce qu’il appelle la délicatesse et la chaleur de son affection pour vous. — Croyez-moi , Julie, épousez-le sur-le-champ, et vous le verrez changer à son avantage d'une manière surprenante
Tons les autres personnages s'avancent.
Allons. J’espère qu’il n’y a ici personne de désappointé qui ne soit content; désappointé moi-même, ce serait bien le diable si je n'avais au moins le plaisir de voir les autres mieux réussir que moi.
DELÀCRE.
Vous avez raison, sir Lucius ; — vous, Jack, je vous offre mes félicitations; — vous, Faulkland, je vous en offre autant.— Mesdames,— allons, pour vous montrer que je ne suis ni contrarié, ni fâché, tambourins et flageolets de Dieul je vais d’ici à une demi-heure commander les violons, dans le grand salon, — et je vous y donne rendez-vous à tous.
SIR ANTONT.
Parbleu, mon cher, votre humeur me plaît; et ce soir, nous autres garçons , nous boirons une santé aux jeunes couples et a l'époux futur de mistriss Bévue.
FAULKLAND.
Nos compagnes se sont éloignées de nous , Jack ; — j’espère que c’est pour se féliciter mutuellement, — la vôtre , d’avoir réprimé à temps les erreurs d’une imagination mal dirigée qui aurait pu égarer un cœur innocent; — et la mienne d’avoir, par sa douceur et sa candeur loyale, réformé en moi ce malheureux caractère qui rendait misérable ce que j’aimais le plus, et torturait le cœur que j’aurais dû adorer.
LE CAPITAINE
11 est vrai, Faulkland ; nous avons tous deux goûté l’amertume de l’amour, aussi bien que scs délices — avec cette différence, cependant, que vous avez toujours préparé vous-même la coupe amère, tandis que moi, —