SCÈNE I
Uqc rue de Seville.
Arrive LOPEZ, tenant a la main une lanterne sourde
LOPEZ
Trois heures sont sonnées ! C’est chose étrange, pour un homme de mes habitudes régulières , que d'être à pareille heure occupé comme un bravo à battre le pavé de Séville. Ma foi, de toutes les conditions, la pire est de servir un jeune amoureux; — non que je sois ennemi de l’amour; mais mon amour, à moi, et celui de mon maître, ne se ressemblent guère. — Don Ferdinand est trop galant pour manger, boire et dormir; moi, au contraire, l’amour me donne de l’appétit... et puis, j’aime à rêver à ma maîtresse, j’aime à boire à sa santé ; pour cela un bon somme et du bon vin sont indispensables; de là mon goût décidé pour un lit de plume et pour la bouteille. Quel dommage que je n'aie pas le temps de prolonger ces réflexions! Mais ton maître t’altçud, honnête Lopez, sans doute pour protéger sa retraite de
104 LA DUÈGNE
dessous les croisées de doua Clara. ( On entend des instrumens de musique.) Oh ! oh! j’entends de la musique 1 Qui est-ce que j’aperçois? Ah ! c’est don Antonio, l’ami de mon maître, qui, accompagné d’une troupe de masques, vient sans doute de donner une sérénade à ma jeune maîtresse, dona Louisa. Maintenant, notre vieillard ne saurait tarder à se lever; dans la crainte qu'il ne s’aperçoive de l'absence de son fils, il faut que sans délai je me rende à mon poste.
Il s'eloigue.
Arrive ANTONIO, suivi d’une troupe de Masques et de Musiciens. antonio chante.
Aux oreilles de mon amie.
Soupire, luth harmonieux ;
Et de ton maître malheureux Peins-lui la poignante agonie.
Mais ne hâte pas son réveil;
Résonne comme un songe à son âme ravie,
Et que ta douce mélodie Verce mollement son sommeil.