ACTE I, SCÈNE III
de voix.) O tu on i quel est ce tapage? Mon père et la duègne qui se querellent! Éloignons-nous.
H sort.
Entre DON JÉROME , tenant une lettre à la main et traînant après lui
LA DLÈtiNE.
JÉROME
Je suis étonné! stupéfait de surprise! voilà de, la trahison et de la perfidie si jamais il en fut. Vous, la créature d’Antonio et le principal agent du complot qui avait pour but l'enlcvement de ma fille! — Vous que j’avais placée ici comme un épouvantail pour éloigner les oiseaux de mon grain 1 LA DUÈGNE.
Que voulez-vous dire?
JÉROME
Et c’est vous qui livrez mon bien aux maraudeurs 1 Qu’avezvous à dire pour vous justifier ?
LA DUÈGNE
Eh bien, seigneur, puisque vous m’avez arraché cette lettre et découvert mes sentimens véritables, je n’en veux rien rétracter. Je favorise Antonio , et mon intention était que votre fille vous traitât comme méritent d’être traités tous îes sots tyrans de votre espèce. Rien ne me plaît comme les passions tendres, et je me sens portée à servir tous ceux qui sont sous leur influence.
JÉROME
Les passions tendres ! comme elles cadrent avec ces traits rigides! Hypocrite sorcière, je t’avais placée en sentinelle pour garder le trésor de la beauté de ma fille. Je pensais que cette physionomie de dragon suffirait pour tenir les galans à distance; '-'espérais que chacune de tes rides équivaudrait à une chaussefrape et à un piège à loup. Mais tu vas quitter ma maison à l’i liftant même. Les passions tendres, vraiment ! Va-t’en, sibylle tnpudique 1 amoureuse prophétesse d’Endor, va-t’en !
LA DUÈGNE
Vil et grossier vieillard, — mais je ne me ravalerai pas à dire :e que vous êtes. Oui, monstre sauvage, je quitterai votre tanière; miris votre intention n’est pas sans doute de retenir ma garde-robe. Je puis emporter mes effets, je pense
JÉROME
Quand je vous ai prise, ma princesse, vous portiez toute votre "arde-robe sur vous. A'nns avez donc bien fourragé depuis ?
ne
LA DUÈGNE
LA DUÈT.N'E.
Seigneur, il faut que je prenne congé de ma maîtresse; elle a des objets précieux à moi; d’ailleurs, mon manteau et mon voile sont dans sa chambre.
* JÉROME
Ton voile, dis tu? est-ec que tu redoutes les regards? ou crainstu pour ton temt? Va prendre congé; va chercher ton voile et ton manteau; mais fais en sorte que dans cinq minutes tu aies quitté la maison. Allons, vite ; qu’on se dépêche.
La Duègne tort.
Jérome, seul, continuant.
C’est là, j’espère, un complot scélérat! Voilà ce que c’est que d avoir des filles! voilà les agrémens qu’elles nous valent !
. * • Il chante.
Malheur, hélas ! malheur au père Qui d’une fille est affligé;
Au cercueil eût-il mis la mère.
Le repos de lui prend congé.
Soupirs et pleurs toute l’année.
Pas un seul instant de bonheur.
Ah ! quel malheur Qu’une fille obstinée I
. A vingt ans, elle est réfractaire ,
Et brisant le joug paternel,
A ses yeux un frein salutaire N’est plus qu’un supplice mortel.
Soupirs et pleurs toute l'année,
Pas un seul instant de bonheur.
Ah ! quel malheur Qu’une fille obstinée I Dès quinze ans, Dieu ! quelle tourmente 1 Amours, billets doux vont leur train ;
Mais le parti qu’on lui présente.
Elle l'écarte avec dédain.
Soupirs et pleurs toute l’année,
Pas un seul instant de bonheur.
Ah 1 quel malheur I
Qu'une fille obstinée 1
Entre LOI' ISA, sous les vêtemens de la duègne, dont elle a mis le voite et le manteau, et faisant semblant de pleurer. •
JÉROME
Par ici, ma princesse, par ici. La séparation a été douloureuse, j’imagine! Qu’il fait beau voir couler des larmes de térébenthine Air ce visage de sapin. Va, tu fais bien de cacher ton visage;