‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 101 sur 126 · La parole donnée à autrui, quand quelqu'un s'ea · texte numérisé non relu

La parole donnée à autrui, quand quelqu'un s'ea

^ûge, de bouche seulement, à faire telle ou telle chose qu'il était dans son droit de ne pas faire, ou à ne pas faire telle ou telle chose qu'il était dans son droit de faire, cette parole ne reste valable qu'autant que celui qui l'a donnée ne change pas de volonté. Car, s'il aie ' pouvoir de reprendre sa promesse, il n'a en réalité rien cédé de son droit, il n'a donné que des paroles. Si donc l'individu, qui est son propre juge par droit de nature, a jugé, à tort ou à raison (car l'homme est sujet à l'erreur), qu'il résulte de l'engagement contracté plus de dommage que d'utilité, il estimera qu'il y a lieu de la violer, et en vertu du droit naturel (par l'article 9 du présent chapitre) il le violera. •

13. Si deux individus s'unissent ensemble et associent leurs forces, ils augmentent ainsi leur puissance et par ^ conséquent leur droit; et plus il y aura d'individus ayant aussi formé alUance, plus fous ensemble auront de droit.

^14. Tant que les hommes sont en proie à la colère, à l'envie et aux passions haineuses , ils sont tiraillés en divers sens et contraires les uns aux autres, d'autant plus redoutables qu'ils ont plus de puissance, d'habileté et de ruse que le reste des animaux ; or les hommes dans la plupart de leurs actes étant sujets par leur nature aux passions (comme nous Tavons dit à l'article 3 du chapitre précédent), il s'en^t que les hommes sont naturellement (^' ennemis. Car mon plus grand ennemi, c'est celui que j'ai le plus à craindre et dout j'ai le plus à me garder.

15. Nous avons vu (à l'article 9 du présent chapitre) que chaque individu dans l'état de nature s'appartient à lui-môme tant qu'il peut se mettre à l'abri de l'oppression d'autrui; or, comme un seul homme est incapable de se garder contre tous, il s'ensuit que le droit naturel dèlliomme, tant qu'il est déterminé parla puissance de chaque individu et ne dérive que de lui, est nul ; c'est f un droit d'opinion plutôt qu'un droit réel, puisque rien n'assure qu'on en joufra avec sécurité. Et il est certain

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que chacun a d'autant moins de puissance, par conséquent d'autant moins de droit, qu'il a un plus grand sujet de ^ crainte. Ajoutez i cela que les hommes sans un secours mutuel pourraient à peine sustenter leur vie el cultiver leur àme. D'où nous concluons que le droit naturel, qui est le propre du genre humain, ne peut guère se concevoir que là où les hommes ont des droits communs, possèdent ensemble des terres qu'ils peuvent habiter et cultiver, sont enfin capables de se défendre^ de se fortifier, de repousser toute violence, et de vivre comme ils l'entendent d'un consentement commun. Or (par l'article I3du présent chapitre), plus il y a d'hommes qui forment ainsi un seul corps, plus tous ensemble ont de droit, et si e'est pour ce motif, savoir, que les hommes dans Tétat de nature peuvent à peine s'appartenir à eux-mômes, si e'est pour cela que les scolastiques ont dit que l'hpmme est un animal sociable, je n'ai pas à y contredire.

16. Partout où les hommes ont des droits communs et sont pour einsi dire conduits par une seule àme, il est certain (par l'article 13 du présent chapitre) que chacun d'eux a d'autant moins de droits que les autres ensemble sont plus puissants que lui, en d'autres termes^ il n'a d'autre droit que celui qui lui est accordé par le droit commun. Du reste, tout ce qui lui est commandé par la volonté générale, il est tenu d'y obéir, et (par l'article 4 du présent chapitre) on a le droit de l'y forcer.

17. Ce droit, qui est défini par la puissance de la •^multitude , on a coutume de' l'appeler l'État. Et celuilà est en pleine possessioti de ce droit qui, du conségtemetit commun , prend soin de la chose publique , c'està-dire établit les loîsj les interprète et les abolit, fortifie les villes, décide de lé. guerre et de la paix, etc. Que si tout cela se fait par une assemblée sortie de la masse du peuple, l'État S'appelle démocratie; si c'est par quelques hommes choisis, l'Etat s'appelle aristocratie; par un seul enfin, monarchie,

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