‹ Œuvres de Spinoza (volume 2)Chapitre 49 sur 126 · Voyez les Notes de Spinoza f note · texte numérisé non relu

Voyez les Notes de Spinoza f note

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Ce qui demble dire que l'apparîtion de Dieu à Samuel ne fut autre chose que la manifestation de Dieu par la parole, en d'autres termes, que Samuel entendît Dieu qui lui parlait. Mais comme il faut de toute nécessité mettre une différence entre la prophétie de Moïse et celle des autres prophètes, il faut nécessairement aussi admettre que la voix qu'entendit Samuel était une voix imaginaire, surtout si l'on considère qu'elle ressemblait à la voix d'Héli que Samuel entendait tous les jours, et qui était par conséquent plus propre à frapper son imagination ; car Dieu l'ayant appelé T)ar trois fois, il crut toiijours que c'était Héli. Abimelech entendit aussi une voix, mais qui n'était qu'imaginaire , selon ce qui est marqué dans la Genèse (chap. xx, vers. 6) : Ft Dieu lui dit en songe, etc. Ce ne fut donc pas pendant la veille qu'il put se représenter la volonté de Dieu, mais pendant le sommeil; c'est-à-dire à ce moment où notre imagination est plus disposée que jamais à se représenter comme réel ce qui ne Test point.

Quant aux paroles du Décalogue, c'est le sentiment de quelques juifs que Dieu ne les prononça pas effectivement, mais que ce fut pendant un bruit confhs où aucune parole n'était articulée que les Israélites conçurent ces lois par la seule force de leur esprit. A voir la différence du Décalogue de VExode et de celui du Deutéro- Kwme, Dieu n'ayant parlé qu'une fois, j'ai cru quelque temps avec eux que le Décafogue ne contient pas les propres paroles de Dieu, mais seulement un ensemble de préceptes. Mais, à moins de violenter le sens de l'Écriture, il faut tomber d'accord que les Israélites entendirent une voix articulée et véritable; car il est dît expressément {Deutéron,, chap. v, vers. 4) : Dieu vous a parlé face à face, etc.; comme deux hommes se communiquent leurs pensées par l'intermédiaire de leurs corpô. Il semble donc bien plus conforme au sens de l'Écriture de penser que Dieu créa une voix corporelle par l'entremise de laquelle U révéla le Décalogue. On fera voir, du

reste, au chap. vin de ce Traité pourquoi les paroles et les peinsées de l'un de ces Décalogues et celles de l'autre diffèrent entre elles. Mais la difficulté ne dispai-aît pas tout entière ; car, enfin, il n'est pas médiocrement contraire à la raison de penser qu'une chose créée, et qui a avec Dieu le même rapport que toute autre chose, puisse exprimer, ou en réalité ou par des paroles, l'essence ou l'existence de Dieu, et représenter Dieu en personne en disant : je suis Jéhovah ton Dieu, etc. Sans doute, quand la bouche de quelqu'un prononce ces paroles : J'ai compris^ nul ne s'imagine que c'est la bouche de celui qui parle qui a compris , mais bien son âme. Mais comme la bouche de celui qui parle est rapportée à sa nature, dont elle fait partie, et que la personne à qui il s'adresse avait auparavant compris la nature de l'entendement, il lui est facile de comprendre la pensée de celui qui parle, en songeant que c'est un homme comme lui. Mais je ne comprends pas que des hommes qui ne connaissaient absolument rien de Dieu que son nom, et désiraient lui parler afin .d'être certains de son existence, aient pu trouver la satisfaction de leur vœu dans une créature qui prononça ces mots : je suis Dieu ; puisque cette créature n'avait pas avec Dieu un plus intime rapport que toutes lej autres, et ne représentait point sa nature. En vérité, je le demande, si Dieu avait disposé les lèvres de Moïse, que dis-je de Moïse, >d'un animal quelconque , de façon qu'il eût prononcé ces mots : je suis Dieu , cela aurait-il fait comprendre aux Israélites l'existence de Dieu ?

D'un autre côté, l'Écriture paraît bien aflarmer d'une manière expresse que Dieu lui-même parla aux Hébrerfx, puisqu'il ne descendit du ciel sur le Sinaïque pour cela, et que non-seulement les Hébreux l'entendirent parler, mais les principaux de la nation purent le voir {Exode^ chap. 24). Car il faut remarquer que la loi qui fut révélée à Moïse, cette loi à laquelle on ne pouvait rien ajouter, vi rien ôter^ et qui était comme le droit de la patrie,

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n'enseigne . en aucun endroit que Dieu soit incorporel, sans figure, et qu'on ne puisse le représenter par une image, mais seulement qu'il y a un Dieu, qu'il faut y croire, et n'adorer que lui ; et c'est seulement pour que le culte de Dieu ne fût point abandonné que la loi défendit de s'en former et d'en façonner aucune image. Car les Juifs, n'ayant jamais vu d'image de Dieu, n'en pouvaient façonner aucune qui fût ressemblante ; elle aurait été nécessairement copiée sur quelque- créature, et tandis qu'ils auraient adoré Dieu sous cette fausse image, leur pensée aurait été occupée de cette créature et non pas de Dieu, de sorte que c'est à elle qu'ils auraient rendu /les hommages et le culte qui ne sont dus qu'à Dieu. Mais, en réalité, l'Écriture dit clairement que Dieu a une figure, puisqu'elle dit que Moïse, au moment où il entendait parler Dieu , regarda sa figure , et sans être asse» heureux pour la voir, en aperçut toutefois les parties postérieures. Je suis donc convaincu que ce récit cache quelque mystère, et je me réserve d'en parler plus bas avec étendue, quand j'exposerai les passages de l'Écriture qui marquent les moyens dont Dieu s'est servi pour révéler aux hommes ses décrets.

Que la révélation ne se soit faite que par des images, c'est ce qui est évident par le premier livre des Paralipomènes, chap. 22, où Dieu manifeste sa colère à David par un ange qui tient une épée à la main. Il en arrive autant à Baîaam. Et bien que Maimonides se soit imaginé avec quelques autres que cette histoire, et toutes' celles où il est parlé de l'apparition des anges, comme celle de Manoa, d'Abraham, qui croyait immoler son fils, etc., sont des récits de songes, parce qu'il est impossible de voir un ange les yeux ouverts, cette explication n'est qu'un bavardage de gens qui veulent trouver /ton gré mal gré dans l'Écriture les billevesées d'Aristote et leurs propres rêveries ; ce qui est bien, selon moi, la chose du monde la plus ridicule.

C'est par des images sans réalité et qui ne dépens

daient que de rimagination du prophète, que Dieu révéla à Joseph sa future grandeur.

C'est par des images et par des paroles que Dieu révéla à Josué qu'il combattrait pour les Hébreux, en lui montrant un ange Tépée à la main, et comme à la tête de son armée : ce qu'il lui avait déjà fait connaître par des paroles que Josué» avait entendues de la bouche de l'ange. Ce fut aussi par des figures qulsaïe connut (ainsi qu'on en trouve le récit au chap. vi) que la providence de Dieu abandonnait le peuple ; savoir ; en se représentant le Dieu trois fois saint sur un trône fort élevé, et les Israélites noyés à une grande profondeur .dans un déluge d'iniquités, et souillés de la fange de leurs crimes. Voilà ce qui lui fit comprendre le misérable état où se trouvait alors le peuple, et ses calamités futures lui furent révélées de la sorte, comme si Dieu avait parlé. Je pourrais citer beaucoup d'exemples de cette nature, si je ne pensais qu'ils sont suffisamment connus de tout le monde.

Mais la confirmation la plus claire de ce que j'ai avancé se trouve dans un texte des Nombres (chap. xii, vers. 6, 7 et S) qui porte : SHl est parmi vous quelque prophète de Dieu, je me révélerai à lui en vision (c'est-à-dire par des figures et des hiéroglyphes, puisqu'il est dit de la prophétie de Moïse que c'est une vision sans hiéroglyphes), je lui parlerai en songe {c*èsUèi'dire sans paroles réelles, sans voix véritable). Mais je n'agis point ainsi avec Moïse ; je lui parle bouche à bouche, et non par énigmes ; et il voit la face de Dieu. En d'autres termes, Moïse me voit et s'entretient avec moi sans épouvante, et comme avec un égal, ainsi qu'on peutvoirdansl'iFarorfe(chap,xxxiii, vers. 17). Il n'y a donc pas le moindre doute que les autres prophètes n'ont jamais entendu de véritable voix, ce qui est confirmé encore par le Deutéronome (chap. xxxiv, vers. 10) : Jamais prophète ne s'est rencontré (littéralement, levé) en Israël, que Dieu ait connu face à face^ comme Moïse; ce qui doit s'enteiïdre non de la face, mais seulement de

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la voix, puisque Moïse lui-même ne vit jamais la face de Dieu (Fxode, chap. xxxm).

Je ne vois point dans rÉcriture que Dieu se soit servi d'autres moyens que de ceux-là pour se communiquer aux hommes, et par conséquent il n'en faut imaginer ni admettre aucun autre. Et bien qu'il soit aisé de comprendre que Dieu se puisse communiquer immédiatement aux hommes, puisque sans aucun intermédiaire corporel il communique son essence à notre âme, il est vrai néanmoins qu'un homme, pour comprendre par la seule force de son âme des vérités qui ne sont point contenues dans les premiers principes de la connaissance humaine et n'en peuvent être déduites, devrait posséder une âme bien supérieure à la nôtre et bien plus excellente. Aussi je ne crois pas que personne ait jamais atteint ce degré éminent de perfection, hormis Jésus- Christ, à qui furent révélés immédiatement, sans paroles et sans visions, ces décrets de Dieu qui mènent l'homme av salut. Dieu se manifesta donc aux apôtres par l'àme de Jésus-Christ, comme il avait fait à Moïse par une voix aérienne ; et c'est pourquoi Ton peut dire que la voix du Christ, comme la voix qu'entendait Moïse, étiait la voix de Dieu. On peut dire aussi dans ce même sens que la sagesse' de Dieu, j'entends une sagesse plus qu'humaine, s'est revêtue de notre nature dans la personne de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ a été la voie du salut.

Je dois avertir ici que je ne prétends ni soutenir ni rejeter les sentiments de certaines Églises touchant Jésus- Christ ; car j'avoue franchement que je ne les comprends pas ' . Tout ce que j'ai soutenu jusqu'à ce moment, je l'ai tiré de l'Écriture elle-même; car je n'ai lu en aucun endroit que Dieu ait apparu à Jésus-Christ ou

qu'il lui ait parlé, mais bien que Dieu s'est manifesté par

1 . Spinoza s^exprime plus ouyertement encore dans une lettre à Oldenburg : ■ Non minus abswrde mifUloqui videntu/r quam si qws «m'Ai dicertt quod ctVctf* ItM ttaêwam qua4raU induerit. » (Yoyex Lettres de Spinoza. Lettre Y.}

lésus-Christ aux apôtres et qu'il est la voîe du salut, et enfin que Dieu ne donna pas l'ancienne loi immédiatement, mais par le ministère d'un ange, etc. De sorte que si Moïse s'entretenait avec Dieu face à face, comme un homme avec son égal (c'est-à-dire par l'intermédiaire de deux coi*ps), c'est d'âme à âme-que Jésus-Christ communiquait avec Dieu.

Je dis donc que personne, hormis Jésus-Christ, n'a Ijeçu dès révélations divines que par le secours de l'imagination, c'est-à-dire par le moyen de paroles ou d'images, et qu'ainsi, pour prophétiser, il n'était pas besoin de posséder une âme plus parfaite que celle des autres hommes, mais seulement une imagination plus vive, ainsi que je le montrerai plus clairement encore dans le chapitre suivant. D s'agit maintenant d'examiner ce que les saintes lettres entendent par ces mots : l'esprit de Dieu descendu dans les prophètes, les prophètes parleront selon l'esprit de Dieu. Pour cela, nous devons premièrement rechercher ce que signifie le mot hébreu ruâghy que le vulgaire interprète par le mot esprit.

Dans le sens naturel, le mot ruagh signifie, comme on sait, vent', et bien qu'il ait plusieurs autres significations, ' toutes se ramènent à celle-là; car il se prend pour signifier : 1° le soufîle, comme dans le psaume cxxxiy vers. 17 \ « Aussi il ny a point d'esprit dans leur bouche ; » 2* la res piration, cpmme dans Samuel (I, chap. xxx, vers. 12) € Et l'esprit lui revint^ » c'est-à-dire il respira; 3® le courage et les forces, comme dans Josué (chap. ii, vers. 2) € Et aucun homme ne conserva V esprit \ » de même dans Ézéchiel (chap. n, vers. 2): nEttesprit me revint (c'est-àdire la force), et me fit tenir ferme sur mes pieds; > 4<» la vertu et l'aptitude, comme dans Job (chap. xxxii, vers. 9) : « Et certes l'esprit est dans tous les hommes^ » c'est-à-dire il ne faut pas chercher exclusivement la science dans les vieillards, car je trouve qu'elle dépend de la vertu et de la capacité particuhère de cLaque homme; de même dans les Nombres (chap. xxviii, vers. 18) : « Cet homme en qui

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est Vesprit; » 5® Tintention de l'àme, comme dans les Dfomàres (chap. xiv, vers. 34) : « Parce qu'il a eu un autre esprit, » c'est-à-dire une autre pensée, une autre intention. De même dans les Proverbes (chap. i, vers. 23) : <c Je vous dirai morf esprit, » c'est-à-dire mon intention. H -se prend encore dans ce même sens pour signifier la volonté, le dessein, l'appétit, le mouvement de l'âme, comme dans Ézéchiel (chap. i, vers. 12) : « Ils allaient m ils avaient l'esprit (c'est-à-dire la volonté) d'aller, » De même dans haïe (chap. xxx, vers. 1) : « Et vos entreprises neviennent point de mon esprit. «Et plus haut (chap. xxix, vers. 10) : « Parce que Dieu a répandu sur eux l'esprit (c'est-à-dire le désir) de dormir. » Et dans les Juges (chap. VIII, vers. 3): « Et alors leur esprit (c'est-à-dire le mouvement de leur âme) fut adouci. » De môme dans les Proverbes (chap. xvi, vers. 32); « Celui qui dompte <ofi esprit (c'est-à-dire son appétit) vaut mieux que celui qui prend une ville. » Et plus haut (chap. xxv, vers. 27) : « Homme qui ne réprime point son esprit. » Et dans Isaîe (chap. xxxiu, vers. 11) : a Votre esprit est un feu qui vous consume. » Enfin, ce mot ruagh, en tant qu'il signifie l'âme, sert à exprimer toutes les passions de l'âme et aussi toutes ses qualités, comme : esprit haut pour signifier l'orgueil, esprit bas pour l'humilité, esprit mauvais pour la haine et la mélancolie , esprit bon pour la douceur. On dit encore : un esprit de jalousie, un esprit (c'est-àdire un appétit) de fornication, un esprit de sagesse, de con^ seil, de force, c'est-à-dire un esprit sage, prudent, fort (car nous nous servons en héhreu de substantifs plutôt que d'adjectifs), une vertu de sagesse, de conseil, de force. On dit encore : un esprit de bienveillance. 6* Ce mot signifie encore l'âme, comme dans VEcclésiaste (ÏII, vers. 19): « L'esprit (c'est-à-dire l'âme) gs^ le même en tous les hommes, et l'esprit retourne à Dieu; » 7» enfin, les parties du monde (à cause des vents qui soufflent de divers côtés), et aussiles parties d'une chose quelconque relatives à cp» difiPérentes régions. (Voy. Ézéchiel ^ lU . 3

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chap. XXXVII, vers. 9; chap. xui, vers. 16, 17, 18, 19, etc.) Remarquons maintenant qu'une chose se rapporte à Dieu et est dite chose de Dieu : 1<* quand elle appartient à la nature de Dieu et en est comme une partie, comme la puissance de Dieu^les yeux de Dieu; — 2* quand elle est en la puissance de Dieu, et agit suivant ses volontés ; c'est ainsi que les cieux sont appelés les deux de Dieu^ parce qu'ils sont le char et la demeure de Dieu; dans le même sens, l'Assyrie est appelée fléau de Dieuy et Nabuchodonosor \q serviteur de Dieu, etc.; — 3° quand elle est consacrée à Dieu, comme le temple de Dieu^ le Nazaréen de Dieuy le pain de Dieu, etc.; — 4*» quand elle nous est révélée par les prophètes, et non par la lumière naturelle; c'est ainsi que la loi de Moïse est appelée loi de Dieu; — 5° quand on veut exprimer d'une chose le plus haut degré d'excellence, comme les montagnes de DieUy c'est-à-dire de très-hautes montagnes ; un sommeil de Dieu, c'est-à-dire très-profond ; et c'est dans ce sens qu'il faut entendre Amos (chap. iv, vers. 11), quand il met dans la bouche de Dieu ce langage : « Je vous ai détruits, comme la destruction de Dieu (a détruit) Sodome et Gomorrke; » destruction de Dieu marque ici une mémorable destruc* tion ; car puisque c'est Dieu qui parle, cela ne peuft s'entendre autrement. La science naturelle de Salomon est aussi appelée science de Dieu , c'est-à«dire science di* vine, science extraordinaire. Les Psaumes parlent aussi des cèdres de Dieu pour en exprimer la prodigieuse hauteur. Dans Samuel ((^ap. xi, vers. 7), pour signifier une crainte extrême, il est dit : « Et une crainte de Dieu tomba sur le peuple. » C'est ainsi que les Juifs rapportaient à Dieu tout ce qui passait leur portée, tout ce dont ils ignoraient alors les causes naturelles. Ils appelaient la tempête un discours menaçant de Dieu; les tonnerres, les éclairs étaient lés flèches de Dieu; car ils s'imaginaient que Dieu tient les vents enfermés dans des cavernes qu'ils appelaient les trésors de Dieu, ne différant en cela des païens qu'en ce point qu'au lieu d'Éole, c'est Dieu qui

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est le maître des vents. C'est encore pour cette raison que les. miracles sont appelés ouvrages de Dieu, ce qui veut dire des choses très-merveilleuses, puisque toutes les choses naturelles sont des ouvrages de Dieu, et n'existent et ne se développent que par la seule puissance de Dieu. On doit donc prendre dans ce sens le Psalmiste quand il appelle les miracles d'Egypte des effets de la puissance de Dieu ; ce qui veut dire que les Hébreux, qui ne s'attendaient à rien de semblable, ayant trouvé dans les plus extrêmes périls un moyen de salut, en furent frappés d'étonnement.

Ainsi donc, puisque ce sont les ouvrages extraordinaires de la nature que Ton appelle ouvrages de Dieu, et que les arbres d'une hauteur prodigieuse sont nommés arbres de Dieu, il ne faut point s'étonner que dans la Genèse les hommes d'une grande force, d'une grande stature soient appelés fils de Dieu, quoique impies du reste, ravisseurs et libertins. C'est donc une coutume antique, non-seulement des Juifs, mais aussi des païens, de rapporter à Dieu tout ce qui donne à un objet un caractère d'excellence et de supériorité. Aussi nous lisons que Pharaon, dès qu'il eut entendu Tinterprétation du songe qu'il avait fait, dit à Joseph que l'esprit des dieux était en lui. Nabuchodonosor en dit autant à Daniel. Rien de plus fréquent chez les Latins, qui disaient d'un ouvrage fait avec art : cela est fait de main divine ; ce qu'il faudrait traduire ainsi en hébreu (comme tous les hébraïsants le savent fort bien) : cela est fait de la main de Dieu,

On voit donc qu'il est aisé de comprendre et d'interpréter les passages de l'Écriture où il est question de l'esprit de Dieu. Car Vesprit de Dieu, V esprit deJéhovah ne signifient en certains endroits rien autre chose qu'un vent très- Violent, très-sec, un vent funeste; ainsi dans haïe, chap. XL,'vers. 7) : « Et un esprit de Jehovah souffla sur luif n c'est-à-dire un vent sec et funeste ; et dans la Genèse (chap. i, vers. 2): (c Et le vent de />îeM (c'est-à-dire un vent très-violentf souffkt sur les eaux. » — Esprit signi-

fie enoore un grand courage. Ainsi le courage de Gédéoh , celui de Samson sont appelés , dans les saintes lettres, esprit de Dieu, c'est-à-dire cœur intrépidé et prêt à tout. C'est encore dans ce sens qu'une vertu ou une force extraordinaire, de quelque espèce qu'elle soit, est appelée esprit ou vertu de Dieu, comme dans VExode (chap. XXXI, vers. 3) : « Et je le remplirai (Beizaléel) d'un esprit de Dieu, » c'est-à-dire, ainsi que l'Écriture ellemême l'explique, d'une intelligence et d'une adresse au-dessus du commun. De même, dans Isaïe (chap. xi, vers, 2) : « Et l'esprit de Dieu reposera sur lui, » c'est-àdire, suivant l'usage de l'Écriture et les explications que donne Isaje lui-même un peu plus loin, un esprit de sagesse, de conseil, de force, etc. — De même, la mélancolie de Saiil est appelée mauvais esprit de Dieu, c'est-àdire une mélancolie très-profonde ; car les serviteurs de Saiil», qui appelaient sa mélancolie une mélancolie de Dieu, furent justement ceux qui lui conseillèrent de faire venir un musicien qui le pût distraire en jouant de la lyre ; ce qui prouve bien que par mélancolie de Dieu ils entendaient une mélancolie naturelle. — Enfin l'esprit de Dieu signifie l'àme ou l'intelligence de l'homme, comme dans Job (chap. xxxvii, vers. 3) : « Et l'esprit de Dieu était dans mes narines, » faisant allusion à ce qui est écrit dans la Genèse, savoir : que Dieu souffla aux narines de l'homme une âme vivante. Ainsi Ézéchiel, prophétisant aux morts, leur dit (chap. xxxvii, vers. 14) : « Je vous donnerai mon esprit, et vous vivrez, » c'est-à-dire je vous rendrai la vie. C'est dans ce sens qu'il faut entendre Job (chap. XXXIV, vers. 14) : « Quand il voudra (Dieu), il retirera à soi son esprit et son souffle » (c'est-à-dire la vie qu'il nous a donnée) ; et la Genèse (chap. vi, vers. 3) : « iVon esprit ne raisonnera plus (ou ne gouvernera plus) cM7is l'homme, parce qu'il est chair, » c'est-à-dire l'homme désormais ne se gouvernera plus que par les instincts de la chair, et non par les décisions de la raison que je lui ai donnée pour discerner le bien du n^al. De môme, dans

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les Psaumes (ps. li, vers. 12, 13) : « Créez en mm un cœur pur, ô Dieu, et renouvelez en moi un esprit droit (c'est-àdire une volonté bien réglée) ; ne me rejetez pas de votre présence, et ne m'ôtez pas Vesprit de votre sainteté, » On croyait alors que les péchés avaient pour cause unique la chair, Tesprit ne conseillant jamais que le bien; c'est pour cela que Je Psalmiste invoque le secours de Dieu contre les appétits de la chair, et prie ce Dieu saint de lui conserver seulement l'âme qu'il lui a donnée. On remarquera aussi que l'Écriture représentant d'ordinaire Dieu à l'image de l'homme, et lui attribuant une âme, un esprit, des passions, et en même temps un corps et un souflOie, tout cela pour se proportionner à la grossièreté du vulgaire, Vesprit de Dieu est souvent pris dans les livres sacrés pour l'âme de Dieu, pour son esprit, ses passions, sa force, le souffle de sa bouche. Ainsi nous lisons dans haïe (chap. xl, vers. 13) : « Qui a disposé Vesprit de Bieuîn c'est-à-dire son âme ; ce qui signifie : Qui a pu déterminer l'âme de Dieu, si ce n'est Dieu lui-même, à vouloir ce qu'il veut? et dans le chap. Lxni, vers. 10 : « Et ils ont accablé d'amertume et de tristesse l'esprit de sa sainteté. Voilà pourquoi esprit de Dieu se prend ordinairement pour loi de Moïse, laquelle en effet exprime la volonté' de Dieu. Ainsi on lit dans Isaïe (même chap., vers. H) : c( Où est celui qui a mis au milieu d'eux l'esprit de la sainteté? » c'est-à-dire la loi de Moïse, comme cela résulte de toute la suite du discours ; et .dans Néhémias (chap. ix, vers. 20) : « Et vous leur avez donné votre bon esprit pour les rendre intelligents. » Le prophète parle ici du temps de la Loi, et fait allusion à ces paroles de Moïse dans le Deutérohome (chap. iv, vers. 6) : « Farce quelle est (la Loi) votre science, votre prudence, » etc. De même dans le psaume cxliii, vers. 11 : « Votre bon esprit me conduira dans un pays uni;ln c'est-à-dire, votre volonté, qui nous a été révélée, nous conduira dans une voie droite. Esprit de Dieu signifie aussi, comme on Ta déjà dit, le souffle de Dieu, lequel est attribué à Dieu dans le même sens gro$«*

sier qui lui fait donner dans TÉcriture une âme, une intelligence, un corps, comme dans le psaume xxxiii, vers. 6. Esprit de Dieu se prend ensuite pour la puissance, la force, la vertji de Dieu, comme dans Job (chap. XXXIII, vers. 4) : nL^espritde Dieu m'a fait, » c'est-àdire sa vertu, sa puissance, ou, si vous aimez mieux, sa volonté.' Car le Psalmiste dit aussi, dans son langage poétique, que les cieux ont été faits par Tordre de Dieu, et que toute Tarmée des astres est l'ouvrage de son esprit ou du souffle de sa bouche (c'est-à-dire de sa vo* lonté, exprimée en quelque sorte par un souffle). De même, dans le psaume cxxxix, vers. 7, il est dit : « Oh irai'je (pour être) hors de ton esprit 1 Ou fuirai-je (pour être)Aorscfe ta présence'^ » c'est-à-dire, d'après la suite môme du discours où le Psalmiste développe cette pensée, où puis-je aller pour échapper à ta volonté et à ta présence? — Enfin, esprit de Dieu s'emploie dans les livres saints pour exprimer les affections de Dieu, sa bonté, sa miséricorde, comme dans Michée (chap. n, vers. 7) : « L'esprit de Dieu (c'est-à-dire sa miséricorde) a-t-il diminuéy et ces pensées cruelles sont-elles son ouvrage ? » De même, dans Zacharie (chap. 4, vers. 7): « Non par une armée ^ non par la force, mais par mon seul esprit y » c'est-àdire par la miséricorde de Dieu. C'est aussi dans ce sens que je crois qu'il faut entendre le même prophète (chap. vn, vers. 12) : « Et ils ont usé de ruse dans leur cœur pour ne pas obéir à la loi et aux ordres que Dieu leur a donnés dam son esprit (c'est-à-dire dans sa miséricorde) par la bouche des premiers prophètes. » J'entends aussi de ]a môme façon Haggée (chap. n, vers. S) : « Et mon esprit (c'est-à-dire ma grâce) demeure parmi vous. Cessez de craindre. » Quant au passage à'haîe (chap. xlviii, vers. 16) : « Et maintenant le Seigneur Dieu et son esprit m'ont envoyé, » on peut entendre l'âme, la miséricorde de Dieu, ou sa volonté révélée par la loi ; car il dit : « Dès le commencement (c'est-à-dire dès que je suis venu vers vous pour vous annoncer la colère de Dieu et la sentence

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