CHAPITRE XVI
Note XXVIIl (page 256 de la traduction). •— Personne ne promeitra sinc^ement de renoncer au droit naturel qu*il a sur toutes choses.
Dans rétat social où le droit commun établit ce qui est bien et ce qui est mal, on a raison de distinguer les ruses légitiipes de celles qui ne le sont pas. Mais dans Vétat naturel, où chacun est à soi-même son juge, et dispose d'an droit absolu pour se donner des lois, pour les interpréter à son gré, ou les abroger s'il le juge convenable, on ne conçoit pas que la ruse puisse être considérée comme coupable
Note XXIX (page 259 de la traduction). — Chacun y peut, quand il le veut, être libre.
Dans quelque état social que Thomme puisse se trouver, il peut être libre. L'iîomme est libre, en effet, en tant qu'il agit selon la raison. Or la raison {remarquez que. ce n'est point id la tfjiéorie de Hobbes), la raison, dis-Je, conseille à l'homme la paix, et la paixn'eat possible que dans l'obéissance au droit commun. ]Ên conséquence, plus un homme se gouverne selon la raison, c'est-à-dire plus il est libre et plus il est fidèle au droit commun» plup il ae conibr.me aux ordres du souverain dont il est le sujet.
Note XXX (page 268 de la traduction). — - la nature n'a appris à personne qu'il doive à Dieu quelque obéissance.
Quand Paul nous dit que les hommes n'ont eu eux-içêmea aucun refuge, il parle à la façon des hommes; car, au chapitre ixde cette même ÉpUre où il tient ce langage, il enseigne expressém^ent que Dieu &it miséricorde à qui il lui plaît, et endurcit à son gré les ûnpiea, et que la
byGQogle
IfdrES tfÂRGIIfAl^lES. 343
raiaon qui 9fnâ les hopunes ineiciuablds, ce n'eftt pas qu'ils aient été avertis d'aVïmce, mais c'est qu'ils sont dans la puissance de Dieu comme l'argile entre les mains du potier, qui tire de la même matière des ?ases destinés à un noble usage, et d'autres à un usage vulgaire.
Pour ce qui est de la loi divine naturelle, dont la substance est, selon moi, qu'il faut aimer Dieu, je lui ai donné le nom de loi, dans le même sens où les philosophes appellent de ce nom les règles universelles selon lesquelles toutes choses se produisent dans la nature. L'amour de Dieu, en effet, ce n'est pas l'obéissance : c'est une vertu que possède nécessairement tout homme qui connaît Dieu. Or l'obéissance a rapport à la volonté de celui qui commande, et non pas ^ la nécessité et à la vérité des choses. Or, comme, d'une part, nous ne connaissons pas la nature de la volonté de Dieu, et que, de l'autre, nous sommes certains que tout ce qui arrive arrive par la seule puissance de Dieu, il s'ensuit que la révélation seule peut nous dire si Dieu entend recevoir certains honneurs de la part des hommes à titre de souverain.
Ajoutez à cela que nous avons démontré que les ordres divins nous apparaissent sous le caractère d'un droit et d'une institution positive tant que nous en ignorons la cause ; mais aussitôt que nous la connaissons, ces ordres, ce droit deviennent pour nous des vérités éternelles, et l'obéissance devient l'amour de Dieu ; amour qui découle de la vraie connaissance de Dieu aussi néc^sairement que la lumière émane du soleil. La raison nous apprend donc à aimer Dieu, elle ne peut nous apprendre à lui obéir; puisque, d'un côté, nous ne pouvons comprendre les commandements de Dieu comme divins tant que nous en ignorons la cause, et que, de Tautre, la raison est incapable de nous faire cdncevoir Dieu comme un prince qui établit des lois.