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de la vraie verlu ; 3° parce que les livreâ de l’ancien Testament ont été choisis entre plusieurs, et ont été enfin recueillis et approuvés par le concile des pharisiens , comme nous l’avons établi au chap. x. Mais les livres du nouveau Testament ont été aussi déclarés canoniques par les décrets de certains conciles, qui ont en même temps rejeté comme apocryphes plusieurs autres livres regardés comme sacrés par un grand nombre de personnes. Or les membres de ces conciles ( tant des pharisiens que des chrétiens ) n’étaient pas composés de prophètes, mais seulement de docteurs et de savants ; et cependant il faut avouer que dans ce choix la parole de Dieu leur a servi de règle : ainsi donc , avant d’approuver tous ces livres, ils ont dû nécessairement connaître la parole de Dieu; 4° parce que les apôtres ont écrit, non en tant que prophètes, mais en tant que docteurs ( comme nous l’avons dit dans le chapitre précédent), et que, pour enseigner, ils ont choisi la voie qu’ils 1 jugeaient la plus facile pour les disciples qu’ils voulaient alors éclairer : d’où il suit (comme nous l’avons aussi conclu à la fin du chapitre précité) que ces livres contiennent bien des choses dont nous pouvons nous passer par rapport à la religion; 5° enfin, parce que le nouveau Testament contient quatre évangélistes : qui croira en effet que Dieu ait voulu raconter quatre fois l’histoire du Christ et la communiquer quatre fois aux hommes par écrit? et quoique l’on trouve dans l’un ce qui ne se rencontre pas dans l'autre et que l’un serve souvent à l’intelligence de l’autre, il faut cependant se garder d’en conclure que tout ce qui est exposé dans ces quatre évangélistes ait été nécessaire à connaître , et que Dieu . les ait élus pour écrire, afin que l’histoire du Christ fût mieux comprise ; car chacun d’eux a prêché son Évangile en différents lieux, chacun a écrit ce qu’il avait prêché, et cela simplement pour exposer nettement l’histoire du Christ , et non pour expliquer les versions des autres apôtres. Que si le rapprochement de leurs textes les fait mieux comprendre chacun en particulier, c’est un effet du hasard ; et cela ne se rencontre que dans un petit nombre de pas- • sages, qui pourraient rester ignorés sans que l’histoire y perdit sa clarté et que les hommes fussent moins heureux. Nous avons montré, par tous ces faits, que l’Écriture n’est, à proprement parler, appelée parole de Dieu que par rapport à la religion ou à la 1. 2»
loi divine universelle. 11 nous reste maintenant à prouver que, considérée sous cet aspect, elle n’est ni trompeuse, ni corrompue, ni mutilée. Or j’appelle ici mensonger, corrompu et mutilé ce qui a été si mal écrit et si mal construit que le sens du discours ne peut se déduire de l’usage de la langue ou de la seule Écriture ; car je ne veux pas prétendre que l'Écriture , en tant qu’elle renferme la loi divine , ait toujours gardé les mêmes accents , les mêmes lettres et enfin les mêmes mots ( c’est un point dont je laisse la démonstration aux masorétes et aux adorateurs superstitieux de la lettre ) , mais seulement que le sens, en vertu duquel seul un discours peut être appelé divin , est venu jusqu’à nous sans altération , encore que l’on suppose que les mots qui ont d’abord servi à l'exprimer aient été souvent changés. C’est qu’en effet, comme nous l’avons dit, cela n ote rien à la divinité de l’Écriture ; car l’Écriture serait également divine, quand on l’aurait écrite en d'autres termes ou en une autre langue. Ainsi , que la loi divine nous soit arrivée à cet égard pure et sans altération , c’est ce dont personne ne peut douter. Car l’Écriture elle-même nous fait percevoir sans difficulté ni ambiguité que le but qu’elle nous propose, c’est d'aimer Dieu par-dessus toutes choses, et notre prochain comme nous-mêmes: or cette parole ne peut être apocryphe, elle ne peut résulter d’une erreurde plume ou d’une trop grande précipitation ; car si l’Écriture a jamais enseigné autre chose , elle a du aussi nécessairement changer tout le reste de son enseignement , puisque cette maxime est le fondement de toute la religion, et que l’enlever c’est ruiner d’un seul coup tout l’édifice. Une telle Écriture ne serait plus alors celle dont nous parlons, mais un tout autre livre. Il reste donc solidement établi que l’Écriture a toujours enseigné ce précepte , et conséquemment qu’il n’a pu s’y glisser aucune erreur capable d’en corrompre l’esprit sans que chacun s’en aperçût aussitôt et que la malice du corrupteur ne fût reconnue. Donc , puisqu’il faut établir que ce précepte a été incorruptible , il faut reconnaître nécessairement la même chose de tous les autres qui en découlent indubitablement, et qui sont eux-mêmes fondamentaux, savoir : qu’il existe un Dieu, que sa providence est universelle ; qu’il est tout-puissant, qu’il veut que les bons soient récompensés et les méchants punis , et que notre salut ne dépend que de sa grâce. Car l’Écriture répété partout et enseigne claire-
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ment ces maximes ; et elle a dû toujours les enseigner, sans quoi tout le reste serait vain et manquerait de fondement. Il ne faut pas tenir pour moins authentiques les autres maximes morales , puisqu’elles s’appuient bien évidemment sur ce fondement général : ainsi défendre la justice , secourir les pauvres , ne tuer personne, ne pas convoiter le bien d’autrui , etc., voilà, dis-je, des enseignements que n’a pu corrompre la malice des hommes, et que le temps n’a pu effacer. Car , quelle que fût celle de ces maximes qui eût été détruite , on s’en fût aussitôt aperçu en se reportant à leur fondement universel, et surtout à ce précepte de charité qui est partout si fortement recommandé dans les deux Testaments. Ajoutez à cela que, bien qu’on ne puisse imaginer d’exécrable forfait dont quelqu’un ne se soit souillé , il n’y a personne cependant qui, pour justifier ses crimes, essaie de détruire les lois ou de faire passer une maxime impie, pour un enseignement éternel et salutaire: telle est en effet la nature humaine que chacun (roi ou sujet), s’il a commis une action honteuse, cherche à l’environner soigneusement de telles circonstances, qu’on puisse croire qu’il n’a forfait en rien ni à la justice ni à l’honneur. Nous concluons donc d’une manière absolue que toute la loi divine universelle, enseignée par l’Ecriture, est arrivée sans tache jusque dans nos mains. Il est encore d’autres choses qui , à n’en pouvoir douter , nous ont été transmises do bonne foi, telles que le fond des récits historiques de l’Écriture, parce qu’ils étaient bien connus de tous. Le peuple juif avait coutume autrefois de chanter en psaumes les antiquités de sa race. Outre cela , le gros des actions du Christ et aussi sa passion furent immédiatement divulgués dans tout l’empire romain. Il ne faut donc pas croire ( à moins d'admettre , ce qui est incroyable, que la plus grande partie des hommes se soit entendue pour répandre l’erreur) que, pour ce qu’il y a d’important dans ces histoires, les générations postérieures l’aient transmis autrement qu’elles ne l’avaient reçu des premières. Ainsi tout ce qui est défectueux ou altéré ne peut se trouver que dans le reste , par exemple dans une ou deux circonstances d’une histoire ou d’une prophétie , pour exciter plus vivement la dévotion populaire , ou dans un ou deux miracles , pour déconcerter les philosophes ; ou enfin , dans les choses spéculatives, depuis que les schismatiques les ont introduites
dans la religion pour autoriser leurs fictions , en les appuyant abusivement sur l’autorité divine. Mais il importe peu au salut que de telles choses aient été altérées ou non , comme je vais le démontrer spécialement dans le chapitre qui suit , bien que j’estime que , ce point résulte déjà assez clairement de ce qui précède, et surtout du chapitre second. •.