‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 103 sur 136 · THÉ0L0GIC0-P0LIT1QUE · texte numérisé non relu

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cussion , ni même ce que nous avons exposé en troisième lieu dans le chap. vi , au sujet des miracles. Une simple indication de ces passages suffit pour faire mieux entendre ce que nous voulons dire ici sur ce sujet, à savoir : que la parole de Dieu appliquée à un sujet qui n’est pas Dieu lui-même, marque proprement cette loi divine dont nous avons parlé au chap. rv; c’est-à-dire la religion universelle du genre humain , ou la religion catholique : voyez sur cette matière le chap. i, ver3. 10, A' haie, où ce prophète enseigne la vraie manière de vivre, qui, loin de consister dans le3 cérémonies , est fondée sur l’esprit de charité et de vérité ; et c’est là ce qu’il appelle indistinctement loi de Dieu , verbe de Dieu. Ensuite ce mot est pris métaphoriquement pour l’ordre de la nature et pour le fatum ( qui dépend réellement et résulte d’un décret éternel de la nature divine ), et principalement pour ce que les prophètes avaient prévu au sujet de cet ordre; car ils ne concevaient point les choses à venir comme devant se produire par des causes naturelles , mais comme des volontés ou des décrets de Dieu. Enfin ce mot est pris aussi pour toute prédiction des prophètes, en tant que chacun d’eux l’avait perçue par une vertu singulière qui lui était propre, ou par un don prophétique , et non par les voies ordinaires de la lumière naturelle ; et surtout parce que les prophètes, comme nous l’avons démontré au chap. iv, avaient coutume de se représenter Dieu comme un législateur. Voici donc les trois causes pour lesquelles l’Écriture est appelée parole de Dieu, savoir : parce qu’elle enseigne la vraie religion, dont Dieu est l’éternel auteur ; ensuite parce qu’elle expose les événements de l’avenir, comme des décrets de Dieu ; et enfin parce que ceux qui en furent effectivement les auteurs l’ont enseignée généralement, non par le moyen vulgaire de la lumière naturelle , mais par une lumière qui leur était particulière et de la même façon que si Dieu lui-même eût parlé |>ar leur bouche. Et bien qu’il y ait en outre dans l’Écriture grand nombre de choses purement historiques et perçues par la lumière naturelle, elle reçoit cependant son nom des objets plus relevés qu’elle contient. On voit facilement par là en quel sens il faut regarder Dieu comme auteur de la Bible : c’est évidemment parce que la vraie religion y est enseignée , et non pas parce que Dieu a voulu communiquer aux hommes un certain nombre de livres. Nous pou-

TRAITÉ

vons aussi apprendre de là pourquoi la Bible est divisée en livres de l’ancien et du nouveau Testament : c’est indubitablement parce qu’avant la venue du Christ, les prophètes avaient coutume de prêcher la religion comme étant la loi de la patrie et le pacte contracté du temps de Moïse ; et que , depuis l’avénement du Christ, les apôtres l’ont prèchée à toutes les nations , comme la loi catholique et en se fondant sur la seule vertu de la passion du Christ : non pas que ces livres soient divers en doctrine, ni qu’ils aient été écrits comme s’ils étaient les originaux de l’alliance , ni enfin que la religion catholique , qui est la plus naturelle de toutes, fût quelque chose de nouveau, si ce n'est au regard des hommes qui ne la connaissaient pas : Il était dans le monde, dit Jean l'évangéliste ( chap. i, vers. 10), et le monde ne l'a point connu. Ainsi , lors même qu’il nous resterait un plus petit nombre de livres de l’ancien que du nouveau Testament , nous ne serions pas cependant dépourvus de la parole de Dieu ( et par cette parole on doit entendre, comme nous l’avons déjà dit, la vraie religion); de même que nous ne pensons pas en être privés, quoiqu’il nous manque d’autres écrits d’une haute importance , par exemple le Livre de la Loi , qui était gardé religieusement dans le temple comme l’original de l’alliance; les livres des guerres, des chronologies , et un très-grand nombre d’autres d’où ont été tirés et recueillis ceux de l’ancien Testament que nous possédons encore. Et cela peut se confirmer encore par plusieurs raisons , savoir : 4° parce que les livres de l’un et de l'autre Testament n’ont pas été écrits en même temps , par un mandat exprès, pour tous les siècles , mais dans des circonstances accidentelles , pour quelques hommes , selon leur constitution particulière et l’esprit du temps , comme le prouvent clairement les vocations des prophètes (qui furent appelés pour réprimander les impies de leur temps), et aussi les Épîtres des apôtres; 2° parce qu’autre chose est entendre l’Écriture et la pensée des prophètes, autre chose est comprendre la pensée de Dieu, c’est-à-dire la vérité même de la chose, comme cela résulte de nos démonstrations du chap. n , touchant les prophètes : et nous avons prouvé au chap. vi , que cela doit encore avoir lieu dans les histoires et dans lesmiéacles. Bien entendu qu’il ne s’agit pas des passages où il est question de la vraie religion et

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