‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 32 sur 136 · CL\I · texte numérisé non relu

CL\I

Ici tous les efforts de Spinoza, toute la subtilité de son génie, tout l’artifice de ses raisonnements viennent échouer contre une impossibilité palpable. En vain il recueille toutes ses ressources et rassemble avec art les divers moyens que possède l’âme humaine de régler ses passions et sa destinée. Pas un de ces moyens prétendus ne résiste à une analyse un peu sévère. Les voici dans l’ordre où les expose Spinoza :

« La puissance de l’àme sur ses passions, dit-il (De la Liberté, Schol. de la Propos. XX), consiste : 1° dans la connaissance même des passions ( voyez ie Schol. de la Propos. IV , part. 5); 2° dans la séparation que l’àme effectue entre telle ou telle passion et la pensée d’une cause extérieure confusément imaginée ( voyez part. 5, Propos. II et son Schol., et Propos. IV) ; 3° dans le progrès du temps qui rend celles de nos affections qui se rapportent à des choses dont nous avons l’intelligence , supérieures aux affections qui se rapportent à des choses dont nous n’avons que des idées confuses et mutilées ( voyez la Propos. VII, part. 5); U" dans la multitude des causes qui entretiennent celles de nos passions qui se rapportent aux propriétés générales des choses ou à Dieu ( voyez les Propos. IX et XI, part. 1) ; 5° enfin, dans l’ordre où l’âme peut disposer et enchaîner ses passions (voyez le Schol. de la Propos. X et les Propos. XII , XIII et XIV, part. 5). »

Spinoza prouve à merveille, par les principes de sa doctrine, qu’une affection passive cesse d’être passive, et par conséquent d’être mauvaise, aussitôt que nous nous en formons une idée claire et distincte. Il explique d’une manière ingénieuse et élevée comment la joie succède à la tristesse , et l’amour à la haine , quand l’âme dégage tout sentiment de- haine et de tristesse de la pensée de sa cause extérieure et apparente pour le rapporter à son premier principe , c’est-à-dire à Dieu. « La I. o

Page 1