‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 31 sur 136 · Spinoza résume ainsi sa doctrine sur l’amour de Dieu · texte numérisé non relu

Spinoza résume ainsi sa doctrine sur l’amour de Dieu

■< Il es t donc utile au suprême degré, dans la vie, de perfectionner autant que possible l'entendement , la raison; et c’est en cela seul que consiste le souverain bonheur, la béatitude. La béatitude, en effet, n'est pas autre chose que cette tranquillité de l’dme qui naît de la connaissaticc intuitive de Dieu; et la perfection de é entendement consiste à comprendre Dieu, les attributs de Dieu et les actions qui résultent de la nécessité de la nature divine. La fin suprême de l’homme que la raison conduit, son désir suprême , ce désir par lequel il s'efforce de régler tous les autres, c’est donc le désir qui le porte à se connaître soi-même d’une manière adéquate, et toutes les choses qui tombent sous son intelligence. » (De i Esclavage, Appendice, cli. IV.)

* De l'Esclavage, Propos. XXXVI.

3 De l'Esclavage, Propos. XXXVII.

INTRODUCTION

Spinoza, ne peut être souilié par aucun sentiment d’envie ni de jalousie , et il est entretenu en nous avec d’autant plus de force que nom nous représentons un plus grand nombre d’hommes comme unis avec Dieu d’un même lien d’amour. 1 »

Il ne faut pas croire <fue l’amour de Dieu uous impose rieu de contraire à notre nature, étant fondé au contraire sur le développement le plus complet de notre être.

« La superstition , dit Spinosa , semble ériger en bien tout ce qui amène la tristesse , et en mal tout ce qui procure la joie. Mais il n’appartient qu’à un envieux de se réjouir de mon impuissance et du mal que je souffre. A mesure , en effet , que nous éprouvons une joie plus grande , nous passons à une plus grande perfection, et, par conséquent, nous participons davantage de la nature divine ; la joie ne peut donc jamais être mauvaise, tant qu’elle est réglée par la loi de notre utilité véritable. Ainsi , celui qui ne sait obéir qu’à la crainte et ne fait le bien que pour éviter le mal n’est pas conduit par la raison î. »

On nous présente trop souvent , suivant Spinoza , (a vie ver- , tueuse comme une vie triste et sombre, une vie de privation et d’austérité , où toute douleur est une grâce et toute jouissance un crime. Mais comment la Divinité, s’écrie Spinoza, prendrait-elle plaisir au spectacle de ma faiblesse , et m’imputerait-elle à bien les larmes , les sanglots , la crainte , tous ces signes d’une âme impuissante î « Oui, ajoute- t-il avec force, il est d’un homme sage d’user des choses de la vie et d’en jouir autant que possible, de se réparer par une nourriture modérée et agréable, de charmer ses sens du parfum et de V éclat verdoyant des plantes, d’orner

1 De la Liberté, Propos. XX.

1 Appendice de la part. 4 de VElhique, clt. XXXI.

(lAMIl

IXTHODUCTION.

même son vêtement, de jouir de ta musique, des jeux, des spectacles et de tous les divertissements que chacun peut se donner sans dommage pour personne *. »

On nous exhorte sans cesse au repentir, à l’humilité, à la mort. Mais le repentir n’est point une vertu, il ne provient pas de la raison ; et au contraire, celui qui se repent d’une action est deux fois misérable et deux fois impuissant *. L’hurailité n’est pas plus une vertu que le repentir ; car c’est une tristesse qui naît pour l’homme de l’idée de sou impuissance s. Quant à la pensée de la mort, elle est fille de la crainte, et c’est dans les âmes faibles qu’elle fait son séjour. « La chose du monde à laquelle un homme libre pense le moins, c'est la mort ; et la sagesse n’est point une méditation de ta mort, mais de la vie. * »

Spinoza vient de nous tracer le tableau de la vie libre et raisonnable. Mais de quel usage peut-il être aux hommes si leur destinée ne leur appartient pas, si elle est réglée d’avance par une nécessité que rien ne peut fléchir? Les âmes bien douées n’ont pas besoin qu’on leur apprenne la vertu , puisqu’elles y vont par la pente même de leur nature. Quant aux âmes impuissantes, incapables de s’affranchir d’un abaissement qui n’est pas leur ouvrage, condamnées par un arrêt sans appel h une vie agitée et stérile, l’idéal d’une vie parfaite les afflige sans les relever, les désespère au lieu de les soutenir, et appesantit le poids de leurs chaînes en leur ôtant l’espoir de s’en jamais dégager.

1 Ethique, de l’Esclavage, Schol. de la Propos. XLY.

1 De V Esclavage, Propos. LIV.

5 Ibid., Propos. LUI.

1 C’est la Proposition LXV1I de l 'Ethique, part. 4.

INTRODUCTION

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