XXII
INTRODUCTION
de mérite et de démérite, seule garantie vraiment solide de nos espérances d’une vie future. Otez en effet ces idées sublimes, quelle force reste-t-il à la raison pour nous assurer un avenir au delà du tombeau? S'appuiera-t-elle sur la nature de l’àme humaine, sur sa simplicité, son indivisibilité? Dira-t-elle que les composés seuls peuvent périr, n’étant pas de véritables substances, mais de purs phénomènes, et que l’annihilation d’un être, comme sa création , sont choses naturellement impossibles? Cela est solide et profond sans doute : mais mesurez la juste portée de ces principes, ils établissent parfaitement ce qu’on peut appeler l’immortalité métaphysique de l’àme humaine ; mais sur son immortalité morale, ils ne nous apprennent rien.
En d'autres termes, ces principes m’assurent que la substance, l’être de mon âme, ne sera point anéanti quand mon corps viendra à se dissoudre ; mais que deviendra ma personne , ma conscience d’être moral, ma vie? Voilà ce qu’elles ne médisent pas, et voilà cependant ce que je veux savoir. Que m’importe que mon Sine survive, si elle doit s’endormir pour toujours de ce lourd sommeil qui dès cette vie m’arrache par instants à moimême ? Encore, un sommeil passager, ce n’est que le repos ; mais un sommeil éternel, c’est le néant. Qu’importe même que mon âme, renouvelée par la mort, passe à des destinées nouvelles ? Si brillantes que l’imagination les rêve, dès que ma personne y doit être étrangère elles cessent de m’intéresser. Consultez le genre humain : l’immortalité dont il nourrit la sainte espérance, celle que lame religieuse demande à la divine bonté , celle qui relève le faible , l’opprimé, en jetant sur leur misère présente le reflet consolateur. d’une meilleure destinée, c’est l’immortalité de la personne. L’immortalité métaphysique de l’âme est un problème à occuper les philosophes ; le genre humain ne le connaît pas, et pour lui, mourir à la conscience, c’est mourir tout entier.
INTRODUCTION