‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 62 sur 136 · Voyez les Notrt de Spinoza, note · texte numérisé non relu

Voyez les Notrt de Spinoza, note

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Quant aux paroles du Décalogue, c’est le sentiment de quelques juifs que Dieu ne les prononça pas effectivement; mais que ce fut pendant un bruit confus où aucune parole n'était articulée que les Israélites conçurent ces lois par la seule force de leur esprit. A voir la différence du Décalogue de l’Exode et de celui du Deutéronome, Dieu n’ayant parlé qu’une fois, j’ai cru quelque temps avec eux que le Décalogue ne contient pas les propres paroles de Dieu, mais seuleuient un ensemble de préceptes. Mais, à moins de violenter le sens de l’Écriture , il faut tomber d’accord que les Israélites entendirent une voix articulée et véritable ; car il est dit expressément ( Deutéron ., ehap, v, vers. 4) : Dieu vous a parlé face à face, etc.; comme deux hommes se communiquent leurs pensées par l’intermédiaire de leurs corps. Il semble donc bien plus conforme au sens de l’Écriture de penser que Dieu créa une voix corporelle par l'entremise de laquelle il révéla le Décalogue. On fera voir du reste , au chapitre vui de ce traité, pourquoi les paroles et les pensées de l’un de ces Décalogues et celles de l’autre diffèrent entre elles. Mais la difficulté ne disparaît pas tout entière; car, enfin, il n’est pas médiocrement contraire à la raison de penser qu’une chose créée, et qui a avec Dieu le même rapport que toute autre chose, puisse exprimer, ou en réalité ou par des paroles, l’essence ou l’existence de Dieu , et représenter Dieu en personne en disant : Je suis Jehova ton Dieu, etc. Sans doute , quand la bouche de quelqu’un prononce ces paroles : J'ai compris, nul ne s’imagine que c’est la bouche de celui qui parle qui a compris, mais bien son.àme. Mais, comme la bouche de celui qui parle est rapportée à sa nature, dont elle fait partie, et que la personne à qui il s’adressé avait auparavant compris la nature de l’entendement, il lui est facile de comprendre la pensée de celui qui parle, en songeant que c’est un homme comme lui. Mais je ne comprends pas que dos hommes qui ne connaissaient absolument rien de Dieu que son nom, et désiraient lui parler afin d’être certains de son existence, aient pu trouver la satisfaction de leur vœu dans une créature qui prononça ces mots : Je suis Dieu ; puisque cette créature n’avait pas avec Dieu un plus intime rapport que toutes les autres , et ne représentait point sa nature. En vérité, je le demande, si Dieu avait disposé les lèvres de Moïse, que disje de Moïse, d’un animal quelconque, de façon qu’il eût prononcé

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ces mots : Je suis Dieu, cela aurait-il fait comprendre aux Israélites l’existence de Dieu?

D'un autre côté, l’Écriture parait bien affirmer d’une manière expresse que Dieu lui-mème parla aux Hébreux : puisqu’il ne descendit du ciel sur le Sinaï que pour cela; et que non-seulement les Hébreux l’entendirent parler, mais les principaux de la nation purent le voir (Exode, chap. 24). Car il faut remarquer que la loi qui fut révélée à Moïse, cette loi à laquelle on ne pouvait rien ajouter, ni rien ôter, et qui était comme le droit de la pairie , n’enseigne en aucun endroit que Dieu soit incorporel, sans figure, et qu'on ne puisse le représenter par une image ; mais seulement qu’il y a un Dieu, qu’il faut y croire, et n’adorer que lui; et c’est seulement pour que le culte de Dieu ne fût point abandonné que la loi défendit de s’en former et d’en façonner aucune image. Car les Juifs n’ayapt jamais vu d’imago de Dieu, n’en pouvaient façonner aucune qui fût ressemblante ; elle aurait été nécessairement copiée sur quelque créature : et tandis qu’ils auraient adoré Dieu sous cette fausse image, leur pensée aurait été occupée de celte créature et non pas de Dieu, de sorte que c’est à elle qu'ils auraient rendu les hommages et le culte qui ne sont dus qu’à Dieu. Mais, en réalité, l’Écriture dit clairement que Dieu a une. figure , puisqu’elle dit que Moïse, au moment où il entendait parler Dieu, regarda sa figure, et, sans être assez heureux pour la voir, en aperçut toutefois les parties postérieures. Je suis donc convaincu que co récit cache quelque mystère ; et je me réserve d’en parler plus bas avec étendue, quand j’exposerai les passages de l’Écriture qui marquent les moyens dont Dieu s’est servi pour révéler aux hommes ses décrets.

Que larévélation ne se soit faite que par des images, c’est ce qui est évident parle premier livre des Paralipomènes , chap. 22, où Dieu manifeste sa colère à David par un ange qui tient une épée à la main. 11 en arrive autant à Balaam. Et, bien que Maimonides se soit imaginé avec quelques antres que celte histoire, et loulrs celles où il est parlé de l’apparition des anges , comme celle de Manoa, d’Abraham, qui croyait immoler son fils, etc., sont des récits do songes, parce qu’il est impossible de voir un ange les yeux ouverts, celle explication n’est qu’un bavardage de gens qui veulent trouver bon gré mal gré dans l’Écriture les billevesées d’Aris-

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tote et leurs propres rêveries; ce qui est bien, selon moi, la chose du inonde la plus ridicule.

C’est par des images sans réalité, et qui ne dépendaient que de l’imagination du prophète, que Dieu révéla à Joseph sa future grandeur.

C’est par des images et par des paroles que Dieu révéla à Josué qu’il combattrait pour les Hébreux, en lui montrant un ange l’épée à la main, et comme à la tête de son armée ; ce qu’il lui avait déjà fait connaître par des paroles que Josué avait entendues de la bouche de l’ange. Ce fut aussi par des figures qu’Isaïe connut (ainsi qu’on en trouve le récit au chap. vi) que la providence de Dieu abandonnait le peuple; savoir : en se représentant le Dieu trois fois saint sur un trône fort élevé, et les Israélites noyés à une grande profondeur dans un déluge d’iniquités, et souillés de la fange de leurs crimes. Voilà ce qui lui fit comprendre le misérable état où se trouvait alors le peuple, et ses calamités futures lui furent révélées de la sorte , comme si Dieu avait parlé. Je pourrais citer beaucoup d’exemples de cette nature, si je ne pensais qu’ils sont suffisamment connus de tout le monde.

Mais la confirmation la plus claire de ce que j’ai avancé se trouve dans un texte des Nombres (chap. xii, vers. 6, 7 et 8) qui porte : S’il est parmi vous quelque prophète de Dieu, je me révélerai à lui en vision (c’est-à-dire par des figures et des hiéroglyphes, puisqu’il est dit de la prophétie de Moïse que c’est une vision sans hiéroglyphes), je lui parlerai en songe (c’est-à-dire sans paroles réelles, sans voix véritable). Mais je n'agis point ainsi avec Moïse; je lui parle bouche à bouche, et non par énigmes; et il voit la face de Dieu. En d’autres termes, Moïse me voit et s’entretient avec moi sans épouvante, et comme avec un égal, ainsi qu'on peut voir dans l 'Exode (chap. xxxm, vers. 17). Il n’y a donc pas le moindre doute que les autres prophètes n’ont jamais entendu de véritable voix , ce qui est confirmé encore par lo Deutéronome (chap. xxxiv, vers. 10) : Jamais prophète ne s'est rencontré (littéralement, levé) en Israël , que Dieu ait connu face à face, comme Moïse; ce qui doit s’entendre non de la face, mais seulement de la voix, puisque Moïse lui-même ne vit jamais la face de Dieu [Exode, chap. xxxni).

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Je ne vois point dans l’Écriture que Dieu se soit servi d'autres moyens que de ceux-là pour se communiquer aux hommes, et par conséquent il n’en faut imaginer ni admettre aucun autre. Et bien qu’il soit aisé de comprendre que Dieu se puisse communiquer immédiatement aux hommes, puisque sans aucun intermédiaire corporel il communique son essence à notre âme , il est vrai néanmoins qu’un homme, pour comprendre par la seule force de son âme des vérités qui ne sont point contenues dans les premiers principes de la connaissance humaine et n’en peuvent être déduites, devrait posséder une âme bien supérieure à la notre et bien plus excellente. Aussi je ne crois pas que personne ait jamais atteint ce degré éminent de perfection, hormis Jésus-Christ, à qui furent révélés immédiatement , sans paroles et sans visions , ces décrets de Dieu qui mènent l’homme au salut. Dieu se manifesta donc aux apôtres par l’àme de Jésus-Christ, comme il avait fuit à Moïse par une voix aérienne; et c’est pourquoi l’on peut dire que la voix du Christ, comme la voix qu’entendait Moïse, était la voix de Dieu. On peut dire aussi dans ce même sens que la sagesse de Dieu, j’entends une sagesse plus qu’humaine, s’est revêtue de notre nature dans la personne de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ a été la voie du salut.

Je dois avertir ici que je ne prétends ni soutenir ni rejeter les sentiments de certaines Églises touchant Jésus-Christ; car j’avoue frarichement que je ne les comprends pas ' . Tout ce que j’ai soutenu jusqu'à ce moment, je l’ai tiré de l’Écriture elle-même ; car je n’ai lu en aucun endroit que Dieu ait apparu à Jésus-Christ ou qu'il Lut ait parlé, mais bien que Dieu s’est manifesté par Jésus-Christ aux apôtres et qu’il est La voie du salut, et enfin que Dieu ne donna pas l’ancienne loi immédiatement, mais par le ministère d’un ange , etc. De sorte que si Moïse s'entretenait avec Dieu face à face, comme un homme avec son égal (c’est-à-dire par l’intermédiaire de deux corps) , c’est d’âme à âme que Jésus-Christ communiquait avec Dieu.

je dis donc que personne, hormis Jésus-Christ, n’a reçu des

1. Spinoza s'exprime plus ouvertement encore dans une lettre 4 Oldenburg : « Non minus absurde mifti loqui vldenlur quant r.i guis mihi diceret, quod cireulus naturam quadrali induerit. n (Voyez Lettres de Spinoza, Lettre V.)

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révélations divines que par le serours de l'imagination, c'est-àdire par le moyen de paroles ou d'images; etqu'ainsi, pour prophétiser, il n’était pas besoin de posséder une àme plus parfaite que celle des autres hommes, mais seulement une imagination plus vive, ainsi que je le montrerai plus clairement encore dans le chapitre suivant. Il s’agit maintenant d'examiner ce que les saintes lettres entendent par ces mots : l’Esprit de Dieu descendu dans les prophètes, les prophètes parleront selon l’Esprit de Dieu. » Pour cela, nous devons premièrement rechercher ce que signifie le mot hébreu ruat/h, que le vulgaire interprète par le mot esprit.

Dans le æns naturel, le mot Ruagh signifie, comme on sait, vent, et bien qu’il ait plusieurs autres significations, toutes se ramènent à celle-là; car il se prend pour signifier : 1° le souffle, comme dans le psaume cxxxi, vers. 17 : « ytussi il n'y a point d’esprit dam leur bouche. » 2° La respiration , comme dans Samuel (I, chap. xxx, vers 12) : « Ht l'esprit lui revint, » c’est-à-dire il respira. 3" Le courage et les forces, comme dans Josué (chap. il, vers. 2) : « Et aucun homme ne comerva l'esprit. » De même dans Ézéchiel (chap. h, vers. 2) : « Et l'esprit me revint (c’est-àdire la force), et me fit tenir ferme sur mes pieds. » 4° La vertu et l’aptitude, comme dans Job (chap. xxxn , vers. 9) : « Et certes l’esprit est dam tous les hommes, » c’est-à-dire il ne faut pas chercher exclusivement la science dans les vieillards, car je trouve qu’elle dépend de la vertu et de la capacité particulière de chaque homme. De même dans les Nombres (chap. xxvm, vers. 18) ; « Cet homme en qui est l'esprit. » 5u L’intention dp l’Ame, comme dans les Nombres (chap. xiv, vers. 34) : « Parce qu'il a eu un autre esprit, » c’est-à-dire une autre pensée, une autre intention. De même dans les Proverbes (chap. i, vers. 23) : « Je cous dirai mon esprit, » c’est-à-dire mon intention. Il se prend encore dans ce même sens pour signifier la volonté, le dessein, l’appétit, le mouvement de l'âme, comme dans Ézéchiel (chap. i, vers. 12) : « lis allaient où ils avaient lespiit (c’estTà-dire la volonté) d aller. » De même dans haie (chap. xxx, vers. 1) : a El vos entreprises ne viennent point de mon esprit. » Et plus haut (chap. xxix, vers. 40) : « Parce que Dieu a répandu sur eux l esprit (c’est-à-dire le désir) de dormir. * Et dans les Juges (chap. vin, vers 3) : « Et alors leur

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esprit (c’est-à-dire le mouvement de leur âme) fut adouci. » De même dans les Proverbes (chap. xvi, vers. 32) : « Celui qui dompte son esprit (c’est-à-dire son appétit) vaut mieux que celui qui prend une ville. » Et plus haut (chap. xxv, vers. 27) : « Homme qui ne réprime point son esprit. » Et dans Isaïe (chap. xxxm , vers. H) : « Votre esprit est un feu qui vous consume. » Enfin, ce mot ruagh, en tant qu’il signifié l'âme , sert à exprimer toutes les passions de lame et aussi toutes ses qualités, comme : esprit haut pour signifier l’orgueil, esprit bas pour l’humilité, es prit mauvais pour la haine et la mélancolie, esprit bon pour la douceur. On dit encore : un esprit de jalousie, un esprit (c’est-à-dire un appétit) de fornication , un esprit de sagesse, de conseil, de force, c'est-à-dire un esprit sage, prudent, fort (car nous nous servons en hébreu de substantifs plutôt que d’adjectifs), une vertu de sagesse, de conseil, de force. On dit encore : un esprit de bienveillance. 6° Ce mot signifie encore l’âme, comme dans l’ Ecclésiaste (111, vers. 1 9) : « L'esprit (c'est-à-dire l’âme) est le même en tous les hommes, et l'esprit retourne à Dieu. » 7° Enfin, les parties du monde (à cause des vents qui soufflent de divers côtés), et aussi les parties d’une chose quelconque relatives à ces différentes régions. (Voy. Ëzéchiel, ch. xxxvii, vers. 9; ch. xlii, vers. 16, 17, 18, 19, etc.)

Remarquons maintenant qu’une chose se rapporte à Dieu et est dite chose de Dieu : 1° quand elle appartient à la nature de Dieu et en est comme une partie , comme la puissance de Dieu , les yeux de Dieu. — 2° Quand elle est en la puissance de Dieu , et agit suivant ses volontés. C’est ainsi que les cieux sont appelés les deux de Dieu, parce qu’ils sont le char et la demeure de Dieu. Dans le même sens, l’Assyrie est appelée fléau de Dieu, et Nabuchodonosor le serviteur de Dieu, etc. — 3° Quand elle est consacrée à Dieu, comme le temple de Dieu, le Nazaréen de Dieu, le pain de Dieu, etc. — 4° Quand elle nous est révélée par les prophètes, et non par la lumière naturelle. C’est ainsi que la loi de Moïse est appelée loi de Dieu. — o° Quand on veut exprimer d’une chose le plus haut degré d’excellence, comme les montagnes de Dieu, c’està-dire de très-hautes montagnes; un sommeil de Dieu, c’est-àdire très-profond; et c’est dans ce sens qu’il faut entendre Amos (chap. iv, vers. I l) quand il met dans la bouche de Dieu ce lan-

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gage : « Je vous ai détruits, comme la destruction de Dieu (a détruit) Sodome et Gomorrhe; » destruction de Dieu marque ici une mémorable destruction ; car puisque c’est Dieu qui parle , cela ne peut s’entendre autrement. La science naturelle de Salomon est aussi appelée science de Dieu , c’est-à-dire science divine , science extraordinaire. Les Psaumes parlent aussi des cèdres de Dieu pour en exprimer la prodigieuse hauteur. Dans Samuel (chap. xi, vers. 7), pour signifier une crainte extrême, il est dit : « Et une crainte de Dieu tomba sur le peuple. » C’est ainsi que les Juifs rapportaient à Dieu tout ce qui passait leur portée, tout ce dont ils ignoraient alors les causes naturelles. Ils appelaient la tempête un discours menaçant de Dieu; les tonnerres, les éclairs étaient les flèches de Dieu, car ils s’imaginaient que Dieu tient les vents enfermés dans des cavernes qu’ils appelaient les trésors de Dieu ; ne différant en cela des païens qu’en ce point, qu’au lieu d’Éole c’est Dieu qui est le maître des vents. C'est encore pour cette raison que les miracles sont appelés ouvrages de Dieu; ce qui veut dire des choses très-merveilleuses, puisque toutes les choses naturelles sont des ouvrages de Dieu , et n’oxistent et ne se développent que par la seule puissance de Dieu. Un doit donc prendre dans ce sens le Psalmiste quand il appelle les miracles d’Égypte des effets de la puissance de Dieu; ce qui veut dire que les Hébreux, qui ne s’attendaient à rien de semblable, ayant trouvé dans les plus extrêmes périls un moyen de salut, en furent frappés d’étonnement.

Ainsi donc , puisque ce sont les ouvrages extraordinaires de la nature que l’on appelle ouvrages de Dieu , et que les arbres d’une hauteur prodigieuse sont nommés arbres de Dieu , il ne faut point s’étonner que dans la Genèse les hommes d’une grande force, d’une grande stature soient appelés fils de Dieu, quoique impies du reste, ravisseurs et libertins. C’est donc une coutume antique, non-seulement des Juifs, mais aussi des païens, de rapporter à Dieu tout ce qui donne à un objet un caractère d’excellence et de supériorité. Aussi nous lisons que Pharaon, dès qu’il eut entendu l'interprétation du songe qu’il avait fait, dit à Joseph que l’esprit des dieux était en lui. Nabuchodonosor en dit autant à Daniel. Rien de plus fréquent chez les Latins, qui disaient d’un ouvrage fait avec art. : Cela est fait de main divine. Ce qu’il faudrait traduire ainsi en

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hébreu (comme tous les hébraisants le savent fort bien) 1 Cela eut fait de la main de Dieu. ■

On voit donc qu’il est aisé de comprendre et d’interpréter les passages de l’Écriture où il est question de l’esprit de Dieu. Car l’esprit de Dieu, l’esprit de Jéhova ne signifient en certains endroits rien autre chose qu’un vent très-violent, très-sec, un vent funeste; ainsi dans Isaïe (cbap. xl, vers. 7 ) : « Et un esprit de Jéhova souffla sur lui, » c’est-à-dire un vent sec et funeste; et dans la Genèse (chap. i , vers. 2 ) : « Et le vent de Dieu ( c'est-à-dire un vent très-violent) souffla sur les eaux. » — Esprit signifie encore un grand courage. Ainsi le courage de Gédéon, celui de Samson sont appelés, dans les saintes lettres, esprit de Dieu, c’est-à-dire cœur intrépide et prêt à tout. C’est encore dans ce sens qu’une vertu ou une force extraordinaire , de quelque espèce qu’elle soit , est appelée esprit ou vertu de Dieu, comme dans l’Exode (chap. xxxi, vers. 3) : « Et je le remplirai (Beizaléel) d'un esprit de Dieu , » c'est-à-dire, ainsi que l’Écriture elle-même l’explique, d’une intelligence et d’une adresse au-dessus du commun. De même, dans Isaïe (chap. xi, vers. 2) : « Et l'esprit de Dieu reposera sur lui, » c’est-à-dire, suivant l’usage de l’Écriture et les explications que donne Isaïe lui-même un peu plus loin , un esprit de sagesse , de conseil, de force, etc. — De même, la mélancolie de Saiil est appelée mauvais esprit de Dieu , c’est-à-dire une mélancolie trèsprofonde; car les serviteurs de Saiil, qui appelaient sa mélancolie une mélancolie de Dieu, furent justement ceux qui lui conseillèrent de faire venir un musicien qui le pût distraire en jouant de la lyre; ce qui prouve bien que par mélancolie de Dieu ils entendaient une mélancolie naturelle. — Enfin l’esprit de Dieu signifie l’âme ou l’intelligence de l’homme, comme dans Job (chap. xxxvu, vers. 3) : « Et l’esprit de Dieu était dans mes narines, » faisant allusion à ce qui est écrit dans la Genèse, savoir : que Dieu souilla aux narines de l’homme une âme vivante. Ainsi Ézéchiel, prophétisant aux morts , leur dit (chap. xxxvu . vers. 1 4) : « Je vous donnerai mon esprit , et vous vivrez, » c’est-à-dire je vous rendrai la vie. C’est dans ce sens qu’il faut entendre Job (chap. xxxiv, vers. 14) : « Quand il voudra (Dieu), il retirera à soi son esprit et son souffle » (c’est-à-dire la vie qu’il nous a donnée) ; et la Genèse (chap. vi.

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