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vers. 3 : « Mon esprit ne raisonnera plus (ou ne gouvernera plus) dans l'homme, parce qu'il est chair, » c’est-à-dire, l’homme désormais ne se gouvernera "plus que par les instincts de la chair, et. non par les décisions de la raison que je lui ai donnée pour discerner le bien du mal. De même, dans les Psaumes (ps. ti, vers, 42, 43) : # Créez en moi un cœur pur, 6 Dieu , et renouvelez en moi un esprit droit (c’est-à-dire une volonté bien réglée); ne me rejetez pas ils votre présence , et ne m ôtez pas f esprit de votre sainteté. » On croyait alors que les péchés avaient pour cause unique la chair, l'esprit ne conseillant jamais que le bien ; c’est pour cela que le Psalmiste invoque le secours de Dieu contre les appétits de la chair, et prie ce Dieu saint de lui conserver seulement l’àme qu'il lui a donnée. On remarquera aussi que l’Écriture représentant d’ordinaire Dieu à l’image de l’homme, et lui altr.buant une âme, un esprit, des passions, et en même temps un corps et un souffle, tout cela pour se proportionner à la grossièreté du vulgaire, Y Esprit de Dieu est souvent pris dans les. livres sacrés pour l’âme de Dieu , pour son esprit , ses passions, sa force, le souffle de sa bouche. Ainsi nous lisons dans Isaïe (chap. xl, vers. 43) : « Qui a disposé l'esprit de Di‘u? » c’est-à-dire son âme; ce qui signifie : Qui a pu déterminer l’àme de Dieu , si ce n’est Dieu lui-mème, à vouloir ce qu’il veut? et dans le chap. lxiii , vers. 40 : « Et ils ont accablé d'amertume et de tristesse l’esprit de sa sainteté. » Voilà pourquoi Esprtt de Dieu se prend ordinairement pour loi de Moïse, laquelle en effet exprime la volonté de Dieu. Ainsi on lit dans Isaïe (même chap., vers. 4 4) : # Où est celui qui a mis au milieu d'eux l'esprit de la sainteté ? » c’est-à-dire la loi de Moïse , comme cela résulte de toute la suite du discours; et dans Néhèmias (chap. ix, vers. 20): a Et vous leur avez donné votre bon esprit pour les rendre intelligents. n Le prophète parle ici du temps de la Loi, et fait allusion à ces paroles de Moïse dans le Deutéronome (chap. îv, vers. 6) : « Parce qu'elle est (la Loi) votre science, votre prudence, » etc. De même dans le psaume cxuu , vers. 4 4 : « Votre bon esprit me conduira dans un pays uni ; » c’est-à-dire , votre volonté qui nous a été révélée nous conduira dans une voie droite. Esprit de Dieu signifie aussi, comme on l’a déjà dit, le souffle de Dieu, lequel est attribué à Dieu dans le même sens grossier qui lui fait attribuer
TRAITÉ
dans l’Écriture une âme , une intelligence, un corps, comme dans le psaume xxxm , vers. 6. Esprit de Dieu se prend ensuite pour la puissance, la force, la vertu de Dieu, comme dans Job (chap. xxxm, vers. 4) : « L'esprit de Dieu m'a fait , » c’est-à-dire sa vertu, sa puissance, ou, si vous aimez mieux, sa volonté. Car le Psalmiste dit aussi, dans son langage poétique, que les deux ont été faits par l’ordre do Dieu , et que toute l’armée des astres est l’ouvrage de son esprit ou du souffle de sa bouche (c’est-à-dire de sa volonté , exprimée en quelque sorte par un souffle). De môme, dans le psaume cxxxix, vers. 7, il est dit : « Où irai-je (pour être) hors de ton esprit? Où fuirai-je (pour être) hors de ta présence ? » c’està-dire, d’après la suite même du discours où le Psalmiste développe cette pensée , où puis-je aller pour échapper à ta volonté et .à ta présence? — Enfin, Esprit de Dieu s’emploie dans les livres saints pour exprimer les affections de Dieu, sa bonté, sa miséricorde, comme dans Michée (chap. n, vers. 7): « L’esprit de Dieu (c’est-à-dire sa miséricorde) a-t-il diminué , et ces pensées cruelles sont-elles son ouvrage ?» De même, dansZac/iori'e (chap. 4, vers. 7): « .Yon par une armée , non par la force, mais par mon seul esprit , » c’est-à-dire par la miséricorde de Dieu. C’est aussi dans ce sens que je crois qu’il faut entendre le même prophète (chap. vu, vers. 12) : « Et ils ont usé de ruse dans leur cœur pour ne pas obéir à la loi et aux ordres que Dieu leur a donnés dans son esprit (c’est-à-dire dans sa miséricorde) par la bouche des premiers prophètes. » J’entends aussi de la même façon Haggée (chap. n, vers. 5) : « Et mon esprit {c’està-dire ma grâce) demeure parmi vous. Cessez de craindre. » Quant au passage d’/sai'e (chap. xlviii', vers. 16) : a Et maintenant le Seigneur Dieu et son esprit m'ont envoyé, » on peut entendre l’âme , la miséricorde de Dieu, ou sa volonté révélée par la loi; car il dit : u Dès le commencement (c’est-à-dire dès que je suis venu vers vous pour vous annoncer la colère de Dieu et la sentence qu’il a portée contre vous) je n’ai point parlé en termes obscurs ; aussitôt quelle a été (prononcée), je suis venu (ainsi qu’il l’a témoigné au chap. vii) ; mais maintenant je suis un messager de joie, et la miséricorde de Dieu m’envoie vers nous pour célébrer votre délivrance. » On peut aussi entendre, je le répète, la volonté de Dieu révélée par la Loi , c’est-à-dire que le prophète est venu les avertir suivant l’ordre de
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la Loi, exprimé dans le Lévitique, au chap. xix, vers. 17. Il les avertit donc dans les mêmes conditions et de la même manière que faisait ordinairement Moïse. Et enfin il termine, comme Moïse, en leur prédisant leur délivrance. Toutefois la première explication me semble plus d’accord avec l’Écriture.
Pour en revenir enfin à notre objet, on voit par toute la discussion qui précède, ce qu’il faut entendre par ces phrases de l’Écriture : L'Esprit de Dieu a été donné aux prophètes; Dieu a répandu son Esprit sur les hommes; les hommes sont remplis de l'Esprit de Dieu, du Saint- Esprit. Elles ne signifient rien autre chose sinon que les prophètes se distinguaient par une vertu singulière et au-dessus du commun; qu’ils pratiquaient la vertu avec une constance supérieure ; enfin qu'ils percevaient l’âme, ou la volonté, ou les desseins de Dieu. Nous avons montré en effet que cet Esprit, en hébreu , signifie aussi bien l ame elle-même que les desseins de l’âme; et c'est pour cela que la Loi, qui exprime les desseins de Dieu , est appelée l’esprit ou l’âme de Dieu. L’imagination des prophètes, en tant que les décrets de Dieu se révélaient par elle, pouvait donc être appelée au même titre l’àme de Dieu ; et les prophètes, dans ce sens, avaient l’âme de Dieu. Mais quoique l’àme de Dieu et ses éternels desseins soient gravés aussi dans notre âme , et que nous percevions en ce sens l’âme de Dieu (pour parler comme l'Écriture) ; cependant, comme la connaissance naturelle est commune à tous les hommes, elle a moins de prix à leurs yeux, ainsi que nous l'avons déjà expliqué; surtout aux yeux des Hébreux, qui se vantaient detre au-dessus du reste des mortels, et méprisaient, en conséquence, les autres hommes et la science qui leur était commune avec eux. Enfin, les prophètes passaient pour avoir l'esprit de Dieu, parce que les hommes, dans l’ignorance des causes de la connaissance prophétique, avaient une grande admiration pour elle, et, la rapportant à Dieu lui-même , comme ils font toutes les choses extraordinaires, lui donnaient le nom de connaissance divine.
Nous pouvons donc maintenant dire sans scrupule que les prophètes ne connaissaient ce qui leur était révélé par Dieu qu'au moyen de l'imagination, c’est-à-dire par l’intermédiaire de paroles ou d’images, vraies ou fantastiques. Ne trouvant en effet dans l’Écriture que ces moyens de révélation, nous n’avons pas le droit
d'en supposer aucun autre. Maintenant , par quelle loi de la nature ces révélations se sont-elles accomplies? j’avoue que je l’ignore. Je pourrais dire, comme beaucoup d’autres, que tout s’est fait par la volonté de Dieu; mais j’aurais l’air de parler pour ne rien dire. Car ce serait comme si je voulais expliquer la nature d’une chose particulière par quelque terme transcendental. Tout a été fait par la puissance de Dieu ; et comme la puissance de la nature n’est rien autre que la puissance même de Dieu *, il s’ensuit que nous ne connaissons point la puissance de Dieu, en tant que nous ignorons les causes naturelles des choses. Il y a donc une grossière absurdité à recourir à la puissance de Dieu quand nous ignorons la cause naturelle d’une chose, c’est-à-dire la puissance de Dieu elle-même. Mais il n’est pas nécessaire pour notre dessein d’assigner la cause de la connaissance prophétique ; car nous avons expressément averti que nous nous bornerions ici à examiner les principes renfermés dans l’Écriture , afin d’en tirer, comme nous ferions de données naturelles, certaines conséquences, sans rechercher d'ailsleurs d’où sont venus ces principes, ce qui ne nous intéresse en rien.
Ainsi donc, puisque les prophètes ont perçu par l’imagination les révélations divines, il en résulte que leur faculté perceptive s'étendait bien au delà des limites de l’entendement; car avec des paroles et des images il est possible de former un plus grand nombre d’idées qu’avec les principes et les notions sur lesquels toute notre connaissance naturelle est assise.
On voit en outre clairement pourquoi les prophètes ont toujours perçu et enseigné toutes choses par paraboles et d’une manière énigmatique, et exprimé corporellement les choses spirituelles; tout cela convenant à merveille à la nature de l’imagination. Nous ne nous étonnerons plus maintenant que l’Écriture et les prophètes parlent en termes si impropres et si obscurs de l’esprit ou de l’àme do Dieu , comme dans les Nombres, chap. xi, vers. 17, et le premier livre des Rois, chap. xxii , vers. 2., etc.; que Michée nous représente Dieu assis, que Daniel nous le peigne comme un vieillard couvert de blancs vêtements, Éxéchiel comme un feu ; enfin que les personnes qui entouraient le Christ aient vu le Saint-Esprit sous
1. Ethique, )>art. 1. Rchol. de. la P.opns. XV : Propos. XVIII, XXV, XXVI , XXIX, «te.
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ta forma d’une colombe, les Apôtres comme des langues de feu , et Paul , au moment de sa conversion , comme une grande flamme ; tout cela s’accorde en effet parfaitement avec les images vulgaires qu’on se forme de Dieu el des esprits. D’un autre côté, l’imagination étant volage et inconstante, le don de prophétie ne restait pas attaché constamment aux prophètes; ce don n'était donc pas commun, mais très-rare, je veux dire accordé à trèspeu d’hommes , et dans ceux-là même , s’exerçant très-rarement. Or, puisqu’il en est ainsi, nous devons rechercher maintenant d’où a pu venir aux prophètes la certitude qu’ils avaient touchant des choses qu’ils percevaient, non par des principes certains, mais par l'imaginat on. Et tout ce qui peut être dit à ce sujet, il ne faut le demander qu’à l’Écriture elle-même, puisque nous n’avons de ces objets, je le répète, aucune science vraie, et ne pouvons les expliquer par leurs premières causes. Cherchons donc ce qu’apprend l’Écriture sur la certitude des prophètes; c’est le sujet du chapitre suivant.