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déchirées par les lions, à cause de l’ignorance où elles étaient du culte des dieux de ce pays [Rois, liv. Il, chap. xvu, vers. 25, 26 et suiv.). Aben llesra pense que c’est aussi sous l’influence de cette opinion que Jacob dit à ses (ils, au moment de retourner dans sa patrie, de se préparer à un nouveau culte et d'abandonner celui des dieux étrangers, c'est-à-dire des dieux du pays qu’ils habitaient encore en ce moment [Genèse., chap. xxxv, vers. 2, 3). On peut citer encore David qui, voulant dire à Saül : Vos persécutions me forcent de vivre hors de la patrie, lui dit : Vous me chassez de l’héritage de Dieu et m’exilez vers les dieux étrangers (Samuel , liv. I, chap. xxvi, vers. 19). Enfin Moïse croyait que l'Être suprême ou Dieu avait sa demeure dans les cieux (I)eutéron. , chap. xxxhi , vers. 27), opinion tres-répandue parmi les païens.
Si maintenant nous examinons les révélations de Moïse, nous trouverons qu’elles furent accommodées à ses opinions. Croyant , en effet, Dieu assujetti aux conditions dont nous avons parlé, la miséricorde, la bonté, etc., Dieu se révéle à lui sous ces attributs et conformément à cette croyance (voyez Exode, chap. xxxiv, vers. 6, 7, où se trouve le récit de l’apparition de Dieu à Moïse; et le Décalogue, vers. 4, 5). Daus le récit du chap. xxx, vers. 18, Moïse demande à Dieu qu’il lui permette de le voir. Or, comme Moïse, ainsi qu’on l’a déjà dit, n’avait dans son cerveau aucune image de Dieu, et que Dieu ne se révèle (cela est démontré ci-dessus) à ses prophètes que selon la disposition de leur imagination, Dieu n’apparut à Moïse sous aucune image ; et il en arriva ainsi parce que Moïse était incapable d’en former aucune. Les autres prophètes , en effet, déclarent qu’ils ont vu Dieu : par exemple, Isaïe, Ézéchiel, Daniel, etc. Dieu répond donc à Moïse : « Tu ne pourras voir ma face. » Et comme Moïse était persuadé que Dieu était visible, c’est-à-dire qu’il n’y avait rien dans sa nature qui l’empèchàt de l’ètre (autrement il n’aurait pas demandé à voir Dieu), Dieu ajouta : « Car nul mortel ne peut vivre après m’avoir vu. » La raison quïl donne pour ne pas être vu est donc d’accord avec l’opinion que Moïse s’était formée de sa nature. C.ar il n’est pas dit qu’il y ait contradiction à ce que la nature divine devienne visible , mais seulement que la chose est impossible à cause de la fragilité de l'homme. On peut remarquer encore que Dieu , pour révéler à
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Moïse que les Israélites , en adorant un veau , s’étaient rendus semblables aux autres nations, lui dit (chap. xxxiii, vers. 2,3) qu’il enverra un ange aux Hébreux , c’est-à-dire un être qui prenne soin d’eux à sa place, ne voulant plus, quant à lui, être* au milieu d’eux; de cette façon, en effet, Moïse n’avait plus aucune raison de croire que les Israélites fussent chéris de Dieu plus que les autres nations, que Dieu livre aussi aux soins de ses anges. C’est ce qui résulte clairement du verset 46 de ce même chapitre. Enfin , comme on croyait alors que Dieu habite dans les cieux , Dieu se révélait en descendant du ciel sur la montagne , et Moïse montait sur la montagne pour parler à Dieu ; précaution parfaitement inutile, s'il avait été capable d'imaginer Dieu en tout lieu avec une égale facilité. En général, les Israélites ne savaient presque rien de Dieu, bien qu’il se fût révélé à eux; et ils firent bien voir leur extrême ignorance en transportant à un veau les mêmes honneurs et le même culte qu’ils avaient rendu à Dieu quelques jours auparavant, et s’imaginant que c’étaient là les dieux qui les avaient tirés d’Égvpte.
Et certes on aurait grand tort de croire que des hommes accoutumés aux superstitions égyptiennes, grossiers, misérables, aient eu quelque idée saine de Dieu , ni que Moïse leur ail enseigné autre chose que la manière de bien vivre, non en philosophe et par la liberté de l’àme, mais en législateur et par la force de la loi. La règle de la vie vertueuse , c’est-à-dire la vie véritable , le culte et l’amour de Dieu , furent donc pour eux une servitude, bien plutôt qu’une vraie liberté, une grâce et un don de Dieu. Il leur ordonne en effet d’aimer Dieu et d’observer la loi, afin de rendre ainsi grâce à Dieu des biens qu’il leur a rendus (la liberté , que les Égyptiens leur avaient ravie), les effrayant par des menaces terribles s’ils transgressent ses ordres, et leur promettant, s’ils y sont dociles, une foule de biens. C’était, comme on voit, leur enseigner la vertu comme les pères font aux enfants encore privés de raison. Il est donc parfaitement certain qu’ils ignoraient l’excellence de la vertu et la véritable béatitude. Jonas crut échapper à la présence de Dieu, ce qui fait croire qu'il pensait aussi que Dieu avait laissé le soin de toutes les contrées placées hors de la Judée à d’autres puis-^sanees déléguées |>ar lui. Certes personne, dans l’ancien Testament.
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n'a mieux parlé de Dieu selon la raison que Salomon, dont les lumières naturelles surpassaient celles de tous les hommes de son temps; aussi se crut-il supérieur à la Loi (qui n’était faite effectivement que pour des hommes privés de raison et des lumières naturelles de l’entendement); et il fit peu de cas des lois qui concernaient les rois, lesquelles se réduisaient principalement à trois principales (voyez Deutéron., chap. xvii, vers. IG, 17) ; il viola même ces lois ouvertement (en quoi il fit une faute, et montra un attachement à la volupté, peu digne d’un philosophe), et enseigna que tous les biens de la fortune ne sont que vanité (voyez Y Ecclésiaste) , que rien dans l’homme n’a plus de prix que l’entendempnt , et que la plus grande des punitions , c’est d’en être privé ( Proverbes , chap. xvi, vers. 23). Mais revenons aux prophètes, et continuons de marquer les contrariétés qui se rencontrent dans leurs opinions. La différence des pensées d’Ézéchiel et de celles de Moïse a tellement frappé les rabbins , de qui nous tenons ceux des livres des prophètes qui nous sont restés (voyez le traité du Sabbat, chap. ier, feuille 13, page 2), qu’ils ont balancé s’ils ne retrancheraient pas le livre d’Ézéchiel d’entre les canoniques ; et ils l’auraient même entièrement supprimé , si un certain Chananias ne s’était chargé de l’expliquer, ce qu’il fit avec un grand zèle et des peines infinies (ainsi qu’on le raconte dans le livre cité plus haut). De quelle façon s’y prit-il? C’est ce qu’on ne sait pas bien. Fit-il un simple cpmmentaire, qui s’est perdu depuis; ou bien eut-il la hardiesse de changer les propres paroles d’Ézéchiel et d’orner ses discours"? Quoi qu’il en soit, le chap. xvih ne semble pas bien d’accord avec le vers. 7 du chap. xxxiv de V Exode, ni avec le vers. 18 du chap. xxxh de Jérémie, etc. — Samuel croyait que Dieu, après avoir pris une résolution, ne s’en repentait jamais (voyez Samuel, liv. Ier, chap. 1o, vers. 29); car il dit à Saiil, qui se repentait de sa faute et voulait supplier Dieu de lui accorder son pardon , que Dieu ne changerait pas le décret porté contre lui. Au contraire, il fut révélé à Jérémie (chap. xvm, vers. 8, 10) que Dieu, quand il avait pris un dessein favorable ou contraire à quelque nation, s'en repentait ensuite si, avant l’accomplissement de son décret, les hommes de cette nation changeaient pour dégénérer ou devenir meilleurs. Mais la doctrine de Joël , c’est que Dieu ne se repent I. .9
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que du tort qu'il a fait (cliap. u, vers. 13). — Enfin il suit clairement du cliap. iv de la Genèse, vers. 7, que l'homme peut dompter les tentations de pécher, et bien agir. Dieu lui-mème le déclare à Knïn, qui cependant, suivant l'Écriture elle-même et le témoignage de Josèphe , ne dompta jamais ses tentations. On trouve la même doctrine dans Jérémie , au chapitre cité plus haut ; car il dit que Dieu se repent d’avoir porté un décret favorable ou contraire aux hommes quand ils veulent changer leurs mœurs et leur manière de vivre. Or, c’est le principe ouvertement professé par Paul que les hommes n’ont d’empire sur les tentations de la chair que par l’élection de Dieu et par sa grâce. Voyez Épitre aux Romains , cliap. ix, vers. 10 et suiv. Puis dans les cliap. ni, vers. 5; vt, vers. 19, où il attribue à Dieu la justice, il se réprend, et avertit qu’il ne parle ainsi qu’en homme et à cause de la fragilité de la chair.
Il résulte donc avec une pleine évidence de l’ensemble des passages que nous avons cités, que Dieu a proportionné ses révélations à l’intelligence et aux opinions des prophètes ; que les prophètes ont pu ignorer les choses qui touchent la spéculation et n ont point rapport à la charité et à la pratique de la vie; qu’ils les ont effectivement ignorées, et ont eu sur ces objets des opinions contraires, il ne faut donc point leur demander la connaissance des choses naturelles et spirituelles. Il faut conclure au contraire que nous ne sommes tenus de croire aux prophètes que dans les choses qui sont l'objet et le fond de la révélation ; en tout le reste, libre à chacun de croire co qu'il lui plaît. Pour prendre encore un exemple, la révélation faite à Kaïn nous apprend seulement que Dieu rappela Kaïn a la vie véritable. C’est là en effet l’objet et le fond de celte révélation , et non pas de nous faire connaître la liberté de la volonté , et de toucher aux questions philosophiques. Ainsi donc, bien que le libre arbitre soit impliqué dans les paroles et dans les raisons de l’avertissement donné à Kaïn, il nous est permis d'admettre la doctrine contraire 4, Dieu ayant seulement voulu dans ses paroles et dans ses raisons se proportionner à l’intelligence de Kaïn. C'est ainsi que l’objet de la révélation faite à Miellée, c’est seulement d’apprendre à Michée le succès du combat d’Achab contre Aram; voilà ce que nous sommes obligés de croire; mais hormis cela ,
1. Voyez Ethique, part. l,Prop. XXXIf ; et l’Appendice, part. 2, Prop.XLVIII.
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tout ce que contient la révélation de Michée ne louche en rien à la foi, comme ce qui est dit de l’esprit de vérité et de l’esprit de mensonge , de l’armée céleste rangée de chaque côté de Dieu , et des autres circonstances de cette prophétie; et chacun peut croire là-dessus ce qui est plus ou moins d'accord avec sa raison. De même , les raisons par lesquelles Dieu explique à Job sa puissance sur toutes choses, s’il est vrai qu’il les lui ait révélées et que l’auteur du livre de Job, au lieu de nous faire un récit, ne s'amuse point (comme plusieurs l’ont cru) à orner ses propres idées, ces raisons, dis-je, doivent être considérées comme proportionnées à l’intelligence de Job , et non comme des raisons universelles destinées à convaincre tous les hommes. C'est encore ainsi qu’il faut prendre les raisons dont se sert le Christ pour convaincre les pharisiens d’ignorance et d’entêtement, et pour exhorter ses disciples à la vie véritable. 11 est clair que le Christ accommode ici son discours aux opinions et aux principes de ceux qui l’écoutent. Ainsi, il dit aux pharisiens (voyez Matthieu, chap. xi, vers. 26) : « Et si Satan chasse Satan , le voilà divisé avec soi-même. Comment donc son règne pourra-t-il se maintenir? » Le Christ veut ici convaincre les pharisiens par leurs propres principes , et non pas nous apprendre qu’il y a des démons et un règne des démons. De même il dit à ses disciples ( Matthieu , chap. xvm, vers. 40) : « Prenez garde de ne pas mépriser un seul de ces petits, car je vous dis que leurs anges sont dans le ciel. » Le Christ n’a ici .d’autre objet que d’apprendre à ses disciples à ne pas être superbes, à ne mépriser personne; et non pas à leur enseigner aucune des choses qu’il ajoute à ce conseil alin de les mieux persuader. J’entends absolument de la même façon la doctrine et les signes des apôtres , et je ne crois pas nécessaire d’insister davantage sur ce point; car, si je voulais citer tous les endroits de l’Écriture qui n’ont été écrits qu’en vue de l’homme et pour se mettre à sa portée, et qui ne peuvent être considérés comme des points de doctrine divine sans grand dommage pour la philosophie, je m’écarterais beaucoup de la règle de brièveté que je m’etîorce de suivre. Qu'il me sutlise donc d'avoir cité quelques passages , et d'avoir touché les points les plus généraux; la curiosité du lecteur fera le reste.
! Les deux précédents chapitres sur les prophètes et les prophéties
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se rapportent étroitement à l’objet fondamental de ce traité, qui est de séparer la philosophie de la théologie ; mais n’avant traité cette question jusqu’à présent que d’une manière très-générale, je veux me demander encore si le don de prophétie a été exclusivement propre aux Hébreux, ou s’il leur a été commun avec les autres nations, et, en même temps, ce qu’il faut penser de la vocation des Hébreux. C'est l’objet du chapitre suivant.