THÉO LOGI CO-POLITIQUE
Cependant plusieurs personnes qui ne veulent pas accorder qu’H puisse s’accomplir quelque changement dans les deux interprètent ce passage de façon qu’il ne contient plus en effet rien de semblable ; d’autres, qui sont meilleurs philosophes, sachant que la terre se meut et que le soleil, au contraire, est immobile, c’est-à-dire ne se meut pas autour de la terre, ont employé toutes leurs forces à lire cette doctrine dans l'Écriture, en dépit de l'Écriture ellemême ; et certes , j’admire ces commentateurs ; mais je leur demanderai si nous sommes tenus de croire que le soldat Josué fut un habile astronome, et si ce miracle n'a pu lui être révélé, ou si la lumière du soleil n'a pu rester sur l’horizon plus long-temps que d’ordinaire, sans que Josué en sût la cause? Pour moi, je trouve ces deux hypothèses également ridicules, et j’aime mieux croire, je le dis ouvertement, que Josué a ignoré la cause de cette lumière prolongée, et qu’il a cru, comme la foule qui l’environnait, que le soleil accomplissait un mouvement diurne autour de la terre, qu’il s’arrêta ce jour-là pendant quelque temps, et que ce fut la cause qui prolongea ce jour, sans remarquer qu’à cette époque de l’année la quantité extraordinaire de glace qui se trouvait dans la région de l’air (voy. Jusué, ehap. x, vers. 41) pouvait produire une réfraction plus forte que de coutume, ou telle autre circonstance du phénomène qu’il n’est pas de notre sujet de déterminer. C'est ainsi que le signe de la rétrogradation de l’ombre du soleil fut révélé à Isaïe suivant la portée de son esprit , je veux dire expliqué par la rétrogradation du soleil ; car il croyait, lui aussi, que le soleil se meut et que la terre est immobile , et il n’avait jamais entendu parler, même en songe, des parhélies. Et tout ceci ne doit exciter aucun scrupule ; car le signe pouvait apparailre et èlre prédit au roi par Isaïe, sans que ce prophète sût la cause véritable de son apparition. J’en dirai autant de la construction deSalomon, si elle lui fut effectivement révélée par Dieu ; je veux dire que toutes les mesures du temple lui furent révélées suivant sa portée et ses opinions. Nous ne sommes nullement forcés de croire que Salomon fût mathématicien , et il nous est parfaitement permis de dire qu’il ignorait le rapport du diamètre à la circonférence du cercle, et qu'il croyait, avec le vulgaire des ouvriers, que ce rapport était de 3 à 4 . Que s’il est permis de nous objecter ici que nous ne comprenons
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pas le texte des Rois (liv. 1, chap. vu, vers, 23) , je ne sais en vérité ce qu’il peut y avoir à comprendre dans l'Écriture ; puisqu'en cet endroit la construction du temple est racontée le plus simplement du monde et d’une façon purement historique. Dira-t-on que l’Écriture a eu d’autres idées que celles qu’elle exprime, et qu’elle n’a pas voulu les manifester par des raisons qui nous sont inconnues? je déclare que c’est là le renversement complet do l’Écriture; car chacun pourra en dire exactement autant de tous les passages de l’Écriture ; et tout ce que la perversité humaine peut imaginer d'absurde et de mauvais , il sera permis de le soutenir et de le mettre en pratique sur l’autorité de l’Écriture. Notre sentiment, au contraire, ne récèle aucune impiété ; car Salomon, Isaïe, Josué, etc., quoique prophètes, étaient hommes, et rien d’humaiu dès lors ne leur est étranger. La révélation qu’eut Noach de la destruction future du genre humain fut aussi proportionnée à son intelligence; car il croyait que, hors de la Palestine, le reste du monde n’était pas habité. Et les prophètes ont pu ignorer tout cela, et même des choses de plus grande conséquence, sans dommage pour la piété; et ils les ont effectivement ignorées , car jamais ils n’ont rien enseigné de particulier sur les attributs divins; mais leurs opinions sur Dieu ont toujours été celles du vulgaire; et ils ont toujours eu soin d’accommoder leurs révélations aux idées du peuple, comme je l'ai déjà démontré par un grand nombre de témoignages de l’Écriture. On voit donc que ce qui les a fait si célèbres et rendus si recommandables, ce n’est pas tant la sublimité et l’excellence de leur génie que leur force d’àme et leur piété.
Adam, le premier à qui Dieu se soit révélé, ignorait son omniprésence, son omniscience; car il voulut se cacher à Dieu, et il s’efforça d’excuser son péché devant Dieu comme il aurait fait devant un homme. Aussi Dieu se révéla à lui suivant la portée de son intelligence, comme s’il n’eût pas existé partout et s’il eût ignoré le lieu où se cachait Adam et son péché. Adam entendit en effet ou crut entendre Dieu qui se promenait dans le jardin et » le cherchait en l’appelant à haute voix et, témoin de sa honte, lui demandait s’il n’aurait pas mangé du fruit défendu. Tout ce qu’Adam connaissait des attributs de Dieu, c'était donc que Dieu est l’artisan de toutes choses. Die» se mit aussi à la portée de
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Kaïn en se révélant à lui, eornme s’il ignorait les actions des hommes; et Kaïn, en effet, n’avait pas besoin, pour se repentir de son péché, d’une connaissance de Dièu plus sublime. Dieu se révéla aussi à Laban comme Dieu d’Abraham , parce que Laban croyait que chaque nation avait son Dieu particulier. On verra aussi dans la Genèse (chap. xxxi, vers. 29) qu'Abraham ignorait que Dieu est partout et que sa prescience s’étend à toutes choses; car dés qu'il entendit la sentence portée contre les Sodomites, il pria Dieu, avant de l’exécuter, de rechercher s’ils étaient tous dignes de ce châtiment (voyez Genèse , chap. xxxi, vers. 29) : « Peut-être se rencontrera-t-il cinquante justes dans cette ville. » Et Dieu se révéla à lui tel qu’il en était connu; car il parla ainsi, dans l'imagination d’Abraham : « Je descendrai maintenant pour voir si leur conduite est d'accord avec la plainte qui est venue jusqu’à moi; et s'il n'en est pas ainsi, je le saurai. » Le témoignage de Dieu sur Abraham ne parle que de son obéissance, de son zèle à encourager ses serviteurs à la justice et au bien ; et il n’y est pas dit qu’Abraham eut des pensées plus sublimes sur Dieu que le reste des hommes (voyez Genèse, chap. xvm, vers. 19). Moïse ne comprit pas non plus très-bien que Dieu sait tout et qu’il dirige toutes les actions des hommes par un seul décret. Car quoique Dieu lui eût dit (Exode, chap. ni, vers. 18) que les Israélites lui obéiraient, il en doute cependant et fait à Dieu cette difficulté (Exode, chap. iv, vers. 1) : « Que ferai-je, s'ils ne croient pas en moi et è' ils ne m'obéissent pas? » Dieu lui avait donc été révélé comme ne prenant point de part aux actions humaines et ne les connaissant pas à l’avance. Il donne à Moïse deux signes et lui dit (Exode, chap. iv, vers. 8) : « S’il arrive qu'ils ne croient pas en toi au premier signe, ils te croiront au second; et si alors même ils ne veulent pas croire, prends de l’eau du fleuve, » etc. Assurément, si quelqu’un veut peser mûrement et sans “préjugé ces paroles de Moïse,. il reconnaîtra clairement que Moïse pensait de Dieu qu’il est un être qui a toujours existé, qui existe et qui existera toujours (et c’est pour cela qu’il le nomme Jéhova, mot qui exprime en hébreu ces trois moments de l'existence) ; mais qu’il n’a rien enseigné sur sa nature sinon qu’il est miséricordieux, bienveillant, etc., et surtout jaloux, comme on peut le voir dans plusieurs passages du Penta-
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teuque. Il croyait aussi que cet être diffère de tous les autres êtres, de telle sorte qu’il ne peut être exprimé par aucune image, ni être vu, non pas tant par l’impossibilité même de la chose qu’à cause de la faiblesse humaine. Sous le rapport de la puissance , il enseignait que Dieu seul la possède en propre; car quoiqu'il reconnaisse d’autres êtres qui remplissent les fonctions divines (sans aucun doute, par l’ordre de Dieu et la mission qu’ils en ont reçue), je veux dire des êtres à qui Dieu a donné l’autorité, le droit et le pouvoir, pour diriger les nations, veiller sur elles et en prendre soin; toutefois, cet être que tous les autres sont obligés d’honorer est le Dieu suprême, et, pour parler le langage des Hébreux, le Dieu des dieux. C’est dans ce sens qu’il dit dans l’/t. code (chap. xv, vers. Il) : « Qui entre les dieux est semblable à toi, Jèhova? » Et de même .létro (chap. xvm, vers. H) : « C'est alors que j’ai connu que Jéhnva est plus ç/rand que tous les dieux, » c’est-à-dire, je suis forcé maintenant de dire avec Moïse que Jéhova est plus grand que tous les autres dieux, et qu’il a une puissance singulière. Maintenant , Moïse a-t-il considéré ces êtres qui remplissaient les fonctions divines comme des créatures de Dieu? On peut en douter. Il n’a rien dit, en effet, que je sache, de leur création ni de leur origine. La doctrine qu’il enseigne, la voici en quelques mots : L’Etre suprême a fait passer ce monde visible ( (ienèse , chap. i, vers. 2) du chaos à l’ordre, et y a déposé les germes des choses naturelles. Il a sur toutes choses un droit souverain et une souveraine puissance, et c’est en vertu de cette puissance et de ce droit qu'jl s’est choisi pour lui seul la nation hébraïque ( Deutéron. , chap. x, versv 14-15), ainsi qu’une certaine contrée de l’univers, laissant les autres nations et les autres contrées aux soins de dieux subordonnés. C’est pourquoi il est le Dieu d'Israël, le Dieu de Jérusalem ( Paralipom ., liv. II, chap. xxxii, vers. 19), et les autres dieux sont les dieux des autres nations. C’est pour cette même raison que les Juifs étaient persuadés que cette région que Dieu avait choisie demandait un culte particulier, très-différent de celui des autres peuples; et même qu elle ne pouvait souffrir le culte des dieux étrangers, exclusivement propre aux régions étrangères. Aussi croyait-on que les nations que le roi d’Assyrie conduisit sur les terres des Juifs étaient